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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Point quotidien de la présidentielle : les retraites ouvrent le premier clivage de la campagne

Illustration éditoriale générée par IA : dossier cartonné, horloge mécanique ancienne, compas et enveloppe scellée sur un bureau de bois patiné. Illustration, non documentaire.
Illustration éditoriale générée par IA : dossier cartonné, horloge mécanique ancienne, compas et enveloppe scellée sur un bureau de bois patiné. Illustration, non documentaire.

Quatre séquences ont marqué la journée du mercredi 30 septembre 2026 sur la présidentielle. Deux jours après avoir dévoilé son projet de retraites, Édouard Philippe a essuyé les critiques de ses deux principaux concurrents, l’un dans son propre camp, l’autre à gauche. La colère des lycées est entrée dans la campagne, avec une prise de parole d’Emmanuel Macron depuis Madrid et la réponse de Jean-Luc Mélenchon. L’affaire des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella a gagné le sommet de l’État. Enfin, le budget 2027 arrive en Conseil des ministres sur fond de taux d’intérêt au plus haut.

Retraites : le premier clivage entre camps se dessine

La proposition d’Édouard Philippe, dévoilée mardi dans une vidéo d’une vingtaine de minutes, prévoit de reprendre d’abord la réforme de 2023, qui plaçait l’âge légal à 64 ans et la durée de cotisation à 43 annuités, puis de poursuivre « en moins de dix ans » jusqu’à 65 ans et 45 annuités. Des départs anticipés sont maintenus à 55, 60 et 62 ans pour le handicap, l’incapacité permanente et l’invalidité, et son équipe affirme qu’« un Français sur trois pourra partir avant 65 ans, entre 60 et 64 ans ». Le détail des deux seuils, et ce qu’ils supposent, a été analysé ici : Retraites : 65 ans et 45 annuités, ce que la proposition d’Édouard Philippe suppose.

Ce que la journée ajoute, c’est la réaction de ses deux principaux concurrents. Sur Europe 1 et CNews, Gabriel Attal a jugé que le projet de son rival était « exactement la proposition qu’a faite Emmanuel Macron en 2022 dans sa campagne présidentielle », avant de trancher : « on n’en est plus à prendre des mesures de soins palliatifs pour permettre à un système de survivre alors que ce système objectivement ne tient plus ». Le candidat de Renaissance propose de supprimer l’âge légal et de faire de la durée de cotisation le seul levier, avec « une vraie décote si vous partez tôt, une vraie surcote si vous partez tard », dans un régime qu’il présente comme universel, avec les mêmes règles pour les salariés, les fonctionnaires et les indépendants. Il résume l’écart par une phrase : « C’est une vraie différence qu’on a avec Édouard Philippe. »

À gauche, Raphaël Glucksmann a réagi le même jour sur RMC et BFMTV, qualifiant la réforme de « profondément inacceptable » et d’« injuste ». Le candidat de Place publique, donné favori de la primaire social-démocrate, n’a pas encore détaillé son propre projet, mais il en pose la base : revenir « comme base à l’âge de 62 ans, mais avec un système de décote qui permet en fait simplement la justice », en repartant de la pénibilité. « L’enjeu de la réforme des retraites, c’est qu’elle soit juste, et que donc on prenne en compte l’inégalité face au travail et l’inégalité face à la retraite », a-t-il ajouté.

Une précision de méthode s’impose : il s’agit, à ce stade, de propositions de campagne, non de textes déposés. Les deux projets du bloc central divergent sur l’architecture plus que sur l’objectif, tous deux cherchant à faire travailler plus longtemps, et leur mise en oeuvre dépendrait d’une loi et d’une majorité. Les portraits d’Édouard Philippe, de Gabriel Attal, de Raphaël Glucksmann et de Jean-Luc Mélenchon détaillent leurs positions et leurs bilans.

Lycées : Macron fixe une limite, Mélenchon répond

Le mouvement de blocage des lycées, commencé la semaine du 21 septembre en Île-de-France et étendu depuis à d’autres régions, a changé d’ampleur mardi. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé 440 interpellations dans la journée, « principalement de mineurs », dont environ deux tiers ont donné lieu à des gardes à vue, pour des dégradations et des violences sur agents. Le ministère de l’Éducation nationale recensait en fin de journée 338 établissements encore affectés, dont 45 bloqués, sur un total de 416 établissements touchés depuis le matin, et 31 blessés parmi les élèves et les personnels. Le ministre de l’Intérieur a fait état de son côté de 48 membres des forces de sécurité intérieure blessés, et a qualifié l’intervention des forces de l’ordre d’« extrêmement proportionnée ». Le cadre juridique de cette intervention, organisé par une circulaire du 26 septembre, a été détaillé ici : Blocus de lycées : ce que la circulaire du 26 septembre organise, et ce qu’elle ne règle pas.

En visite d’État en Espagne, Emmanuel Macron a pris la parole mercredi depuis Madrid. Le chef de l’État dit entendre et comprendre « les angoisses, parfois les colères, que notre jeunesse peut avoir », et reconnaît les motifs du mouvement, des classes surchargées au manque de professeurs. Mais il a ajouté qu’« aucun de ces débats ou de ces craintes ne légitime la violence », jugeant « grave » que des responsables politiques aillent « devant les lycées pour exciter des élèves », sans les nommer. « Les lycées sont faits pour transmettre un savoir, pas pour être bloqués », a-t-il ajouté. Son Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait accusé la veille La France insoumise d’encourager le mouvement.

Jean-Luc Mélenchon a répondu le même jour. Il rappelle que son parti « a appelé à des méthodes de lutte non violentes » et estime que « le gouvernement doit cesser de chercher à pourrir la situation », en répondant aux revendications plutôt qu’en menant une bataille partisane. De son côté, Raphaël Glucksmann a dit comprendre « la colère » des lycéens tout en condamnant « toute forme de violence ». Les deux lectures du mouvement, répression d’un côté et instrumentalisation de l’autre, restent à ce stade des appréciations politiques opposées, non des faits établis.

Affaire Bardella : Macron sort du silence

L’affaire des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella par Mediapart, révélés lundi et que le président du Rassemblement national conteste, a déjà été traitée dans nos colonnes : Écrits antisémites attribués à Bardella : ce que la justice peut réellement juger. La journée y ajoute deux éléments.

Depuis Madrid, Emmanuel Macron a qualifié les propos rapportés de « gravissimes et insupportables » et a appelé, sans le nommer, les responsables du RN à « clarifier » la situation. Marine Le Pen, qui reste donnée favorite de plusieurs sondages, a exprimé à Jordan Bardella sa « confiance absolue ». Celui-ci dénonce « les prémices d’une guerre totale » contre son parti, affirme que ces écrits ne sont pas les siens et indique qu’une plainte en diffamation a été déposée par son avocat. Mediapart, de son côté, annonce la suite de ses révélations : son coresponsable des enquêtes, Fabrice Arfi, a déclaré mercredi sur franceinfo être « sûr à 200 % » des informations publiées. Les faits attribués restent contestés, et aucune décision de justice n’est intervenue.

Budget 2027 : « Le réel nous rattrape »

La veille de la présentation du projet de loi de finances pour 2027, prévue jeudi 1er octobre en Conseil des ministres, Sébastien Lecornu a prévenu mercredi que « le réel nous rattrape », en référence au niveau des taux d’intérêt, remontés à un niveau qu’il faut faire remonter à 2008 pour retrouver, et a invité les forces politiques à ne pas ajouter « de l’instabilité » aux difficultés du pays. Le gouvernement met en avant un effort de 54 milliards d’euros pour ramener le déficit public à 5 % du PIB, après 5,4 % attendus en 2026, sans hausse générale d’impôts. Le dépôt du texte à l’Assemblée nationale vaut au plus tard le 6 octobre, pour un examen en séance à partir du 13 octobre.

Le budget 2027 est le dernier de la mandature actuelle, et les oppositions en ont fait un terrain de campagne : c’est l’angle retenu dans notre analyse du 29 septembre, et le circuit Budget en suit les mesures, comme le pacte Dutreil ce mercredi. Le Parti socialiste doit présenter son contre-budget la semaine prochaine à Blois.

Ce que le calendrier impose désormais

  • 1er octobre : projet de loi de finances 2027 en Conseil des ministres ; dépôt à l’Assemblée nationale au plus tard le 6 octobre ; examen en séance à partir du 13 octobre.
  • 1er octobre : deuxième débat de la primaire de gauche, sur France 2 et France Inter ; 4 octobre : troisième débat, sur BFMTV.
  • 5 octobre, 23 h 59 : date limite d’inscription ou d’adhésion pour voter au premier tour de la primaire ; pour le second tour, inscription jusqu’au 12 octobre.
  • 9 et 10 octobre : premier tour du vote de la primaire ; 16 et 17 octobre : second tour.
  • 25 octobre : congrès du Rassemblement national à Orléans, présenté par ses organisateurs comme le lancement de la campagne.
  • 2027 : premier tour de l’élection présidentielle le 18 avril, second tour le 2 mai, dates fixées par le Conseil des ministres du 1er juillet 2026.

Le point quotidien de la veille, consacré à l’entrée de l’énergie en campagne, est consultable ici : Point quotidien du 29 septembre 2026.

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