Trois séquences ont marqué la journée du mardi 29 septembre 2026 sur la présidentielle. À la mi-journée, Édouard Philippe a dévoilé son projet de réforme des retraites. À 15 h 30, le Syndicat des énergies renouvelables et La Tribune réunissaient les candidats à la Cité des sciences et de l’industrie pour l’un des premiers grands débats de la campagne consacrés à l’énergie. Le même jour, huit organisations syndicales de la fonction publique appelaient à la grève et à plus de 170 manifestations, à la veille du dépôt du projet de budget 2027.
Retraites : une proposition de campagne, deux projets rivaux dans le même camp
Le candidat d’Horizons propose de reprendre la réforme de 2023, suspendue jusqu’au 1er janvier 2028 par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, puis de porter en moins de dix ans l’âge légal de départ à 65 ans et la durée de cotisation à 45 annuités. Il annonce qu’« un Français sur trois » pourra partir entre 60 et 64 ans, en maintenant les dérogations prévues pour le handicap, l’incapacité permanente et l’invalidité, et confirme un volet de capitalisation sans en fixer publiquement, à ce stade, le taux ni le véhicule.
Cette annonce était attendue, et elle a déjà été analysée ici : Retraites : 65 ans et 45 annuités, ce que la proposition d’Édouard Philippe suppose détaille les deux seuils, le coût de la suspension de la réforme de 2023, estimé par le Conseil d’orientation des retraites à 1,8 milliard d’euros par an en année pleine jusqu’en 2032, et l’écart entre un âge légal et un âge moyen de départ, qui s’établissait à 62 ans et 9 mois fin 2023 selon la DREES.
Ce que la journée ajoute à la campagne tient à la comparaison interne au bloc central. Gabriel Attal, dont nous avons publié le portrait-bilan, défend la suppression de l’âge légal et fait de la durée de cotisation le critère central du départ, avec décote et surcote. Édouard Philippe, dont le portrait a été publié le 24 septembre, juge cette voie « financièrement intenable » et « socialement incroyablement injuste », car elle pénaliserait selon lui les carrières hachées. Deux projets désormais assumés publiquement dans le même camp, en attente d’un arbitrage. Ni l’un ni l’autre ne constitue un texte déposé : ces mesures dépendraient d’une loi et d’une majorité.
L’énergie entre en campagne
Le 27e colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables se tenait mardi à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris, sur le thème « 2027 : construire aujourd’hui le futur de l’énergie ». Sa séquence politique, la « Grande Tribune présidentielle 2027 sur l’énergie », organisée avec La Tribune et animée par Bruno Jeudy, directeur de la publication délégué de La Tribune Dimanche, devait réunir à 15 h 30 « les principaux candidats déclarés ou pressentis » pour exposer leur vision, leurs priorités et leurs engagements sur l’avenir énergétique du pays. Le SER attendait près de 1 000 participants, et son programme annonçait notamment une intervention de Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’énergie, ainsi qu’une conférence inaugurale de Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission européenne, sous réserve de confirmation.
Le sujet commande la facture des ménages, la trajectoire industrielle et une part de la souveraineté nationale. Les clivages, eux, sont documentés depuis les premiers débats de juin 2026, à l’invitation du think tank Terra Nova puis de l’Union française de l’électricité. Les Écologistes proposent de prolonger le parc existant tout en déployant les renouvelables « le plus rapidement possible », le nucléaire étant jugé trop lent et trop cher pour atteindre la neutralité carbone. Le Parti socialiste assume une prolongation du parc jusqu’à 60 ans sans trancher le nombre d’EPR2. Les Républicains défendent la prolongation, six EPR2 et la relance des réacteurs à neutrons rapides. Le Rassemblement national veut relancer la filière nucléaire et arrêter les projets renouvelables.
La filière est venue avec ses propositions : le SER en a présenté vingt-sept le 24 septembre, dont un « bouclier énergétique universel » destiné aux ménages, qu’il propose de financer par les recettes attendues du futur marché européen de quotas d’émission, estimées par l’organisation « entre 7 et 15 milliards d’euros par an sur la période 2026-2032 ». Ce montant est une estimation de syndicat professionnel, pas une prévision publique validée par un document budgétaire.
Une limite doit être dite clairement : à l’heure où ce point quotidien est publié, aucun compte rendu nominatif des prises de parole de la tribune n’était disponible. L’article s’en tient donc au programme publié par les organisateurs et aux positions documentées avant la journée. Aucune déclaration n’est attribuée ici à un participant de mardi.
Une journée de grève à la veille du budget
Les huit organisations représentatives de la fonction publique, CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP, appelaient à la grève et à plus de 170 manifestations pour la revalorisation du point d’indice et le pouvoir d’achat des agents, après l’annonce d’un nouveau gel du point en septembre. La question des pensions s’y est invitée : le Premier ministre Sébastien Lecornu a écrit le 29 septembre aux syndicats pour promettre une « amélioration de la retraite des femmes » dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale ; la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a jugé cette lettre « hors sujet » et redemandé l’abrogation de la réforme de 2023.
Le calendrier politique est directement concerné : le projet de loi de finances 2027 doit être présenté en Conseil des ministres le 1er octobre, puis déposé à l’Assemblée nationale (le gouvernement visait le 30 septembre, l’échéance légale étant fixée au 6 octobre), sans majorité acquise, dans un contexte où la masse salariale publique atteint 362 milliards d’euros et où sa hausse doit moins au point d’indice qu’aux mesures catégorielles et aux carrières, comme nous l’avons documenté dans notre dossier sur la fonction publique et dans notre analyse du budget 2027. Les pistes de rendement fiscal qui circulent, elles, ont été chiffrées ici.
Primaire de gauche : le compte à rebours se resserre
La primaire organisée par le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste retient cinq candidats : Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal. Le vote est fixé aux 9 et 10 octobre, avec un second tour les 16 et 17 octobre. Après le premier débat du 23 septembre sur LCI, deux autres sont programmés, le 1er octobre sur France 2 et le 4 octobre sur BFM-TV. Philippe Brun, écarté de la compétition après des accusations de violences qu’il conteste, n’y participe pas et conteste en justice sa mise à l’écart, ce qui a nourri une polémique interne au parti.
L’enjeu est clair : la primaire doit désigner un candidat social-démocrate face à Jean-Luc Mélenchon, qui a déjà annoncé sa quatrième candidature. Nos portraits de Jean-Luc Mélenchon et de Raphaël Glucksmann détaillent l’état de leurs forces, et nos deux articles sur les débuts de la primaire, le premier débat télévisé puis la question des parrainages et de Mélenchon, en retracent les étapes.
Ce que le calendrier impose désormais
- 1er octobre : présentation du projet de loi de finances 2027 en Conseil des ministres, pour un dépôt à l’Assemblée nationale au plus tard le 6 octobre et un examen du budget en séance à partir du 13 octobre.
- 1er octobre : deuxième débat télévisé de la primaire de gauche, sur France 2 ; 4 octobre : troisième débat, sur BFM-TV.
- 9 et 10 octobre : premier tour du vote de la primaire ; 16 et 17 octobre : second tour.
- 25 octobre : congrès du Rassemblement national à Orléans, présenté par ses organisateurs comme le lancement de la campagne présidentielle.
- 2027 : premier tour de l’élection présidentielle le 18 avril, second tour le 2 mai, dates fixées par le Conseil des ministres du 1er juillet 2026.
Sources
- Syndicat des énergies renouvelables, programme du 27e colloque annuel, 29 septembre 2026 (organisateur de la tribune).
- La Tribune, « La transformation de nos ressources énergétiques sera la bataille du siècle », 28 septembre 2026.
- Les-energies-renouvelables.eu, « Présidentielle 2027 : ce que les candidats devront dire sur l’énergie », 2 juillet 2026 (positions des partis relevées lors des débats de juin 2026).
- Batiweb, les 27 propositions du SER pour 2027 présentées le 24 septembre, article du 25 septembre 2026.
- TF1 Info, direct sur la grève du 29 septembre dans la fonction publique.
- franceinfo, lettre de Sébastien Lecornu aux syndicats sur la retraite des femmes, 29 septembre 2026.
- franceinfo, cinq candidats à la primaire de la gauche et exclusion de Philippe Brun.
- franceinfo, calendrier parlementaire du projet de loi de finances 2027.
- LCP, le projet de retraites d’Édouard Philippe, 29 septembre 2026.
- Le HuffPost, « Édouard Philippe dévoile son projet de réforme des retraites », 29 septembre 2026.
- L’Opinion, la rentrée du Rassemblement national et le congrès d’Orléans, septembre 2026.
- Gouvernement, « Élection présidentielle 2027 », mis à jour le 15 septembre 2026 (dates du scrutin).
- Service-public.fr, « Les dates de l’élection présidentielle 2027 sont annoncées » (Conseil des ministres du 1er juillet 2026).
- BFM-TV, examen du budget 2027 à l’Assemblée nationale à partir du 13 octobre, 22 septembre 2026.



