Le 25 juin 2026, le tribunal administratif de Paris a résilié un marché de l’INSEP : la plateforme qui centralise les données médicales, physiques et techniques de près de 6 000 athlètes français de haut niveau. Contrat notifié le 17 juin 2024, sans publicité ni mise en concurrence. La décision n’est devenue publique que le 26 octobre, dans Nice-Matin. Avant : ni communiqué de l’établissement, ni reprise nationale.
4 mois de silence sur un contrat annulé : la question n’est pas de savoir si l’outil fonctionne, mais qui a confié 6 000 dossiers de sportifs de haut niveau à un fournisseur unique.
Plan
- Ce que l’INSEP a signé en juin 2024
- Ce que contient Athlète 360
- Le gré à gré que l’établissement n’a pas justifié
- 37 mois, dont 4 sans témoin
- Ce que la décision ne règle pas
Ce que l’INSEP a signé en juin 2024
Le marché a été passé le 17 juin 2024 avec Teamworks Innovation, société américaine, pour la plateforme « Athlète 360 »
(Nice-Matin, 26 octobre 2026).
Aucune publicité, aucune mise en concurrence. L’INSEP l’a confirmé par écrit le 10 octobre 2024, dans un courriel cité par le quotidien :
« L’INSEP a passé un marché […] sans publicité ni mise en concurrence […] notifié le 17 juin 2024 à la société TeamWorks Innovation. »
Un acheteur public peut y déroger pour urgence, exclusivité technique ou prestation que seul un opérateur peut fournir. L’INSEP a invoqué des « raisons techniques et l’existence de droits d’exclusivité ». Le tribunal a répondu que « l’INSEP n’établit pas que le marché litigieux pouvait être passé sans publicité ni mise en concurrence ».
Le montant du marché n’est pas public : j’ignore s’il portait sur des milliers ou des millions d’euros. Le mécanisme se répète, comme sur
cette commission d’appel d’offres suspendue par l’État quand elle refusait de choisir.
Ce que contient Athlète 360
Il recueille chaque jour le bien-être (fatigue, sommeil, humeur, stress, cycles menstruels), le suivi médical, les blessures, le poids, la nutrition, les tests physiques et les séances
(INSEP Le Mag, novembre-décembre 2022).
Pour l’essentiel, des données de santé au sens du RGPD, donc sensibles. Le même déplacement s’observe sur
le fournisseur DNS de l’administration, d’EDF et de la SNCF, dont le retrait oblige l’État à improviser.
L’échelle, selon l’INSEP : plus de 3 000 athlètes utilisateurs, 300 entraîneurs, 33 fédérations et 21 établissements du réseau
(présentation Athlète 360, 2021),
et une équipe de 3 personnes pour l’accompagnement
(rapport d’activité 2023).
Hébergement, transfert vers les États-Unis, sort des données : absents des pièces publiques. Une inconnue, pas une accusation.
Le gré à gré que l’établissement n’a pas justifié
Le recours vient de MyCoach Pro, éditeur niçois, arrivé deuxième en 2019 avec 72 points sur 100, dont 45 sur 45 sur le prix, derrière Fusion Sport, devenue Teamworks. Le 22 septembre 2023, son président écrivait à l’INSEP pour annoncer qu’il concourrait au renouvellement. Neuf mois plus tard, le marché était notifié sans procédure. Le tribunal a résilié le contrat ; aucun appel n’a été interjeté. L’éditeur réclame une réparation, sans montant public.
La décision ne dit pas que Teamworks a mal travaillé. Elle dit qu’un établissement public n’a pas rapporté la preuve qui l’autorisait à écarter la concurrence. C’est une faute de procédure, et la procédure protège l’argent public d’un choix d’habitude.
37 mois, dont 4 sans témoin
Entre la relance du concurrent et la notification, 9 mois. Entre la notification et l’aveu écrit de l’INSEP, 4 mois. Entre cet aveu et le jugement, 20 mois. Entre le jugement et sa publication, 4 mois encore.
37 mois entre la relance du concurrent et la publication de la décision
Durées en mois, calculées à partir des dates citées par Nice-Matin le 26 octobre 2026 : relance du 22 septembre 2023, marché notifié le 17 juin 2024, aveu écrit du 10 octobre 2024, jugement du 25 juin 2026, publication du 26 octobre 2026.
Le sujet n’est pas la lenteur, c’est le silence : un contrat résilié, portant sur les données de santé de l’élite, n’a produit aucun débat pendant 4 mois. Une décision inconnue corrige un acte, pas une pratique.
Ce que la décision ne règle pas
Quatre questions restent ouvertes. Le montant du marché et celui de la réparation : inconnus. Le sort des données versées pendant 24 mois : ni restitution ni destruction mentionnées. Le prestataire qui fera tourner l’outil demain : aucune information publique. Une procédure de remplacement : aucune trace, comme pour
ces 300 chambres payées 30 millions par Pékin et vides depuis 3 ans.
Le contrôle a fonctionné : un concurrent écarté a obtenu l’annulation, mais par sa plainte, 20 mois après la signature, non par une publicité préalable.
La souveraineté se mesure à ce qui casse quand le fournisseur s’en va. Ici, un établissement public a confié la mémoire médicale de ses athlètes à un prestataire unique, sans concurrence ni preuve écrite de l’exclusivité invoquée. Le jour où le contrat tombe, ni second fournisseur rodé, ni référence de prix. Ce n’est pas un accident : c’est l’absence d’antifragilité, la capacité de gagner à être secoué plutôt que de s’effondrer.
Le droit a corrigé un gré à gré. Mais un contrôle qui n’arrive que par la plainte d’un évincé, 2 ans après la signature, et reste 4 mois sans être connu, enregistre plus qu’il ne protège. La question n’est pas le choix d’un logiciel : elle est de savoir qui décide de la nationalité des données de santé des sportifs français, et sur quelle pièce il l’écrit.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Le tribunal administratif de Paris a résilié, le 25 juin 2026, le marché de l’INSEP avec la société américaine Teamworks pour la plateforme Athlète 360.
- Notifié le 17 juin 2024, le contrat n’avait été précédé d’aucune publicité ni mise en concurrence ; le tribunal juge que l’INSEP n’établit pas que c’était permis.
- La plateforme centralise les données médicales, physiques et techniques de près de 6 000 athlètes de haut niveau, dont des données de santé sensibles.
- Aucun appel ; le montant, le sort des données déjà versées et le prestataire de remplacement ne sont pas publics.
À observer : la vitrine institutionnelle de l’INSEP, antérieure à la décision, dit l’expertise française et tait le logiciel qui la porte. Vitrine nationale, infrastructure non.
À prolonger : la souveraineté a désormais son fonds privé.



