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L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

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Point quotidien de la présidentielle : faute de banque, Le Pen veut autoriser les prêts de particuliers

Guichet bancaire au rideau baissé, dossier scellé au cachet de cire sur un comptoir
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Marine Le Pen affirme qu’aucune banque française n’a accepté de financer sa campagne présidentielle. Faute d’emprunt, elle propose d’autoriser les prêts de particuliers pour les candidats à l’Élysée, ce qui suppose de changer la loi. Le même jour, Jean-Luc Mélenchon annonce un meeting au Havre, et la primaire de la gauche entre dans ses dernières heures avant un premier tour auquel 140 282 inscrits sont appelés à participer vendredi et samedi.

Financement de campagne : « Elles ont toutes refusé »

Lors de la conférence de presse de présentation du contre-budget de son parti, mardi 6 octobre à Paris, la candidate du Rassemblement national a affirmé que les banques françaises avaient toutes décliné ses demandes de prêt : « Nous (les) avons toutes contactées. Elles ont toutes refusé », a-t-elle déclaré, ajoutant avoir « fait part de ces difficultés au gouvernement ». Ces propos, rapportés par l’Agence France-Presse et repris par plusieurs rédactions, n’ont pas été confirmés par un établissement bancaire nommé.

Mercredi 7 octobre, en marge d’un déplacement au Sommet de l’élevage près de Clermont-Ferrand, Marine Le Pen a proposé une solution : « Autoriser les prêts de particuliers pour la présidentielle, comme ils sont autorisés pour l’intégralité des autres élections, me paraît être la mesure la plus rapide qui puisse être mise en oeuvre et la plus simple ». Elle reconnaît elle-même qu’« il faudrait changer la loi ». La proposition vise les candidats à l’élection présidentielle, quel que soit leur bord.

Il s’agit d’une déclaration attribuée à la candidate et d’une proposition de réforme. Le refus opposé par les banques est rapporté par la candidate elle-même ; aucune pièce bancaire publique ne l’atteste à ce stade.

Ce que la loi autorise et interdit déjà

L’élection présidentielle occupe une place à part dans le financement de la vie politique. C’est la seule élection pour laquelle les prêts consentis par des particuliers sont interdits, alors que les dons des personnes physiques y sont plafonnés à 4 600 euros par donateur. Dans les autres scrutins, le recours aux prêts de particuliers est possible dans un cadre très encadré.

Les candidats peuvent par ailleurs compter sur un remboursement public de leurs frais de campagne : jusqu’à 8 millions d’euros pour ceux qui obtiennent plus de 5 % des suffrages exprimés au premier tour, et jusqu’à 10,7 millions d’euros pour ceux qui se qualifient pour le second tour. Ces sommes sont des remboursements forfaitaires versés après le scrutin, et non des financements accordés à l’avance. Les dépenses de campagne doivent être comptabilisées à partir du 1er avril 2026. Pour la présidentielle de 2027, le Rassemblement national cherche à emprunter l’équivalent du plafond du second tour, environ 10,7 millions d’euros, et démarche depuis plusieurs mois des établissements français et européens.

Trois notions doivent être distinguées : le don (plafonné et assimilé à un soutien), le prêt (une somme à rembourser) et le remboursement public des frais de campagne (une somme forfaitaire versée après le vote).

Ce que Matignon avait tenté

Le gouvernement n’est pas resté inactif sur le sujet. Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait reçu des représentants des principales banques françaises le 20 juillet 2026, avec un objectif affiché : éviter que des réseaux financiers étrangers n’entrent dans la campagne. Devant les banques, Matignon avait évoqué l’idée d’un accord entre plusieurs établissements dans lequel l’État couvrirait une partie du risque de non-recouvrement, présentée comme « reprendre un bout de la banque de la démocratie ».

Le président de la Fédération bancaire française, Daniel Baal, également président du Crédit mutuel, avait proposé pour sa part que l’État se porte garant des prêts accordés aux candidats ou leur verse une avance. Selon la France Inter, aucun dispositif de ce type n’a finalement été inscrit dans le projet de loi de finances pour 2027. Les banques interrogées invoquent des décisions « rationnelles » et un risque de conformité autant que d’image ; un éditorialiste de France Inter relevait fin septembre que ces difficultés de financement concernaient au moins deux candidats, Marine Le Pen et Bruno Retailleau.

Ces éléments relèvent de l’annonce ou de la proposition, et non de l’exécution : à la date de ce point, aucun dispositif législatif n’a été adopté.

Le Rassemblement national, ses dettes et les procédures en cours

Le refus bancaire s’inscrit dans une histoire longue. Le Rassemblement national a régulièrement eu recours aux prêts de particuliers pour financer ses campagnes, et le parti doit désormais rembourser des dettes accumulées, ce qui réduit ses ressources propres. Il a aussi emprunté par le passé auprès d’établissements étrangers : une banque russe en 2014 pour plus de 9 millions d’euros, une banque émirienne en 2017, puis une banque hongroise en 2022 pour un peu plus de 10 millions d’euros. Depuis, la loi interdit tout financement hors Union européenne.

Deux procédures distinctes pèsent sur ce dossier et ne doivent pas être confondues avec le débat sur le financement à venir. Marine Le Pen a été condamnée en appel pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens, avec un remboursement de 2,8 millions d’euros au Parlement européen si la peine était confirmée en cassation ; cette décision n’est pas définitive. La Cour d’appel de Paris a par ailleurs jugé que la peine ne la privait pas de ses droits électoraux, ce qui lui permet de se présenter. Séparément, le financement de sa campagne de 2022 fait l’objet d’une enquête pour soupçons de financement illicite portant sur une vingtaine de prêts de particuliers d’un montant total supérieur à 2 millions d’euros : à ce stade, aucune mise en accusation ni condamnation n’est intervenue sur ce point, et la présomption d’innocence s’applique.

Primaire de la gauche : 140 282 inscrits avant le premier tour

Le premier tour de la primaire de la gauche social-démocrate s’ouvre vendredi 9 octobre à 8 heures et se referme samedi 10 octobre à 20 heures. Les organisateurs ont annoncé un corps électoral définitif de 140 282 inscrits, un chiffre supérieur à leurs prévisions. Selon le décompte publié par la commission d’organisation, présidée par Patrick Mennucci, environ 68 000 inscrits viennent du Parti socialiste, 28 000 de Place publique, un millier de la Gauche républicaine et socialiste et 42 000 de la plateforme « Choisir 2027 ».

Cinq candidats sont en lice : Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel. Le vote est électronique et uninominal à deux tours ; il est ouvert aux adhérents des partis organisateurs et aux personnes ayant cotisé, 15 euros ou 10 euros en tarif social, avant le 5 octobre. Le vote blanc est possible, et une partie des électeurs pourra voter sur tablette dans des points de vote physiques. Si aucun candidat n’atteint la majorité absolue au premier tour, un second tour réunira les deux finalistes les 16 et 17 octobre ; de nouveaux électeurs peuvent encore s’inscrire jusqu’au 12 octobre.

Les trois débats télévisés de la primaire, sur LCI le 23 septembre, sur France 2 et France Inter le 1er octobre, puis sur BFMTV le 4 octobre, n’ont pas permis de dégager un vainqueur clair, les échanges portant surtout sur les alliances avec La France insoumise. Ce vivier de 140 282 personnes reste très loin des quelque 2,6 millions d’électeurs de la primaire socialiste de 2011, un écart de contexte plus qu’un pronostic sur la participation.

Les autres faits du jour

Le mouvement lycéen poursuit sa mobilisation. Une nouvelle journée d’action, présentée comme l’« acte IV », se tenait ce jeudi 8 octobre, avec un rassemblement entre la place de la République et la place de la Bastille à Paris ; le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray reçoit les principales organisations lycéennes. Sur les carburants, enjeu devenu central dans la campagne, Sébastien Lecornu a dit vouloir « assurer une baisse rapide et concrète » du prix à la pompe, après s’être engagé le 7 octobre sur la stabilité du prix de l’électricité pendant l’hiver. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé jeudi, au Sommet de l’élevage, le déploiement de prêts à taux zéro pour les trésoreries agricoles, des aides conditionnées à l’adoption du budget.

Sur le terrain des candidatures, Jean-Luc Mélenchon tiendra un meeting au Havre le 5 décembre 2026, ville où Édouard Philippe est maire, a annoncé La France insoumise à l’Agence France-Presse jeudi 8 octobre. Ce rendez-vous succédera au meeting de Clermont-Ferrand du dimanche 11 octobre et à la convention du parti au Bourget, le 7 novembre, où le programme sera présenté. Jordan Bardella, président du Rassemblement national, est par ailleurs l’invité du « Grand Entretien » sur LCI ce jeudi 8 octobre à 21 heures.

Ce que le calendrier impose désormais

  • 9 et 10 octobre : premier tour de la primaire de la gauche.
  • 11 octobre : meeting de Jean-Luc Mélenchon à Clermont-Ferrand.
  • 12 octobre : date limite d’inscription de nouveaux électeurs pour un éventuel second tour de la primaire.
  • 13 octobre : début de l’examen du budget 2027 dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.
  • 16 et 17 octobre : second tour de la primaire de la gauche, si nécessaire.
  • 25 octobre : congrès du Rassemblement national à Orléans.
  • 7 novembre : convention de La France insoumise au Bourget.
  • 5 décembre : meeting de Jean-Luc Mélenchon au Havre.
  • 18 avril et 2 mai 2027 : premier et second tours de l’élection présidentielle.

Pour situer ce dossier, voir le portrait-bilan de Marine Le Pen, le point quotidien du 6 octobre sur le contre-budget du Rassemblement national, et notre point sur la dette française et ses créanciers. Sur la primaire, voir les points des 5, 4, 3 et 2 octobre, les portraits-bilans de Raphaël Glucksmann et d’Olivier Faure, ainsi que le premier débat télévisé du 23 septembre. Sur les écrits prêtés à Jordan Bardella, voir ce que la justice peut juger. Le portrait publié ce jeudi, Juan Branco, complète la série. L’ensemble du dossier est réuni dans la rubrique Présidentielle.

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