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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Juan Branco, candidat des Ruches, mise sur le référendum d’initiative citoyenne pour changer de régime

Homme en buste, cheveux foncés et barbe légère, sur fond neutre flou.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Avocat et essayiste, Juan Branco a annoncé le 19 décembre 2025 sur Sud Radio sa candidature à l’élection présidentielle, portée par le mouvement citoyen Les Ruches. Il ne participe à aucune des primaires organisées à gauche et place la transformation du régime avant toute politique sectorielle : référendum d’initiative citoyenne, mandats révocables, référendum sur la sortie de l’Union européenne et de l’OTAN. Portrait vérifié de sa candidature, de son parcours, de son programme et de ses chiffres, avec la même grille que pour les autres personnalités de la série.

Une candidature citoyenne, hors des partis et des primaires

C’est au micro d’André Bercoff, sur Sud Radio, que Juan Branco a officialisé sa candidature le vendredi 19 décembre 2025. La radio résume alors son projet par une phrase : « Rendre à la France sa souveraineté et à son peuple, la possibilité de décider, c’est le projet politique de l’avocat Juan Branco pour la présidentielle 2027 » (Sud Radio, 19 décembre 2025). Le candidat justifie sa démarche par le diagnostic d’un « effondrement systémique » imminent, l’annonce tombant selon lui au moment où la crise agricole montre un gouvernement tenu par ses engagements européens.

Sa candidature n’est portée par aucune formation politique installée. Elle s’appuie sur Les Ruches, un mouvement qui se présente comme organisé en cellules locales, « sans parti et sans chef », et qui affirme tirer ses ressources des seules contributions de ses membres, sans financement de partis ni de grandes fortunes (NltO, analyse du programme institutionnel, 2026). Le même ensemble est également désigné sous le nom Aurores. Juan Branco ne prend part à aucune des deux primaires organisées à gauche en vue du scrutin, ni à celle du pôle socialiste, ni à celle qui devait rassembler le reste de la gauche.

Comme pour tous les autres prétendants, la déclaration de candidature ne vaut pas candidature officielle : il faut 500 présentations d’élus, provenant d’au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer, pour figurer au premier tour, et la liste officielle n’est arrêtée par le Conseil constitutionnel qu’à partir des signatures validées. Les Ruches ont diffusé au printemps un kit de parrainage adressé aux maires, qui précise la portée de l’acte demandé : « Cela n’implique pas de soutenir un candidat. Mais de donner à une force sociale et citoyenne le droit d’être entendue et de représenter le peuple Français » (Les Ruches, kit de parrainage, 27 juin 2026). Le même document revendique « 30 000 citoyens » engagés ; d’autres prises de parole du mouvement citent 25 000 à 27 000 membres. Le nombre d’élus ayant effectivement signé une promesse de présentation n’est, à ce jour, pas rendu public, ce qui empêche de mesurer la distance restant à parcourir.

De l’avocat de WikiLeaks au pamphlétaire de Crépuscule

Né le 26 août 1989 à Estepona, en Andalousie, Juan Branco est le fils du producteur de cinéma portugais Paulo Branco et de la psychanalyste espagnole Dolores López. Franco-espagnol, il est naturalisé français le 31 mars 2010. Sa formation est longue et documentée : Sciences Po à partir de 2007, une maîtrise de littérature moderne à Paris-IV en 2011, des masters de philosophie politique et de géopolitique à Paris 1 puis d’affaires publiques à Sciences Po en 2012, un passage à l’École normale supérieure au département de littérature et langages, dont il sort diplômé en 2013, et un doctorat en droit soutenu en 2014, consacré à la Cour pénale internationale (notice biographique Wikipédia, consultée le 8 octobre 2026, référence encyclopédique à recouper avec les sources primaires pour tout usage ultérieur).

Conseiller juridique de WikiLeaks et de Julian Assange, il a représenté publiquement l’organisation, notamment après les révélations d’espionnage de 2015, puis a prêté serment comme avocat en avril 2017. La même année, il s’est présenté aux élections législatives dans la douzième circonscription de Seine-Saint-Denis sous l’étiquette de La France insoumise. Il a participé ensuite au mouvement des Gilets jaunes et défendu plusieurs figures de ce mouvement. En 2019, il a publié « Crépuscule », pamphlet critique sur l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron, diffusé à environ 150 000 exemplaires après une première mise en ligne. Il est aussi réalisateur de courts-métrages et d’un premier long-métrage présenté en 2025. Il n’a jamais exercé de mandat électif.

Un épisode disciplinaire et des procédures judiciaires figurent à son parcours et sont détaillés plus bas. Ils sont ici rappelés comme des faits datés et attribués, sans préjuger de leur issue.

La Voie : changer de régime avant de changer de politique

Le programme publié par le mouvement, présenté sous le nom « La Voie », part d’un principe de méthode : la modification du régime politique est la condition préalable des autres réformes. Le texte de cadrage l’écrit ainsi : « Nous proposons l’adoption par référendum des mesures de rupture constitutionnelles et législatives dans les six mois qui suivront l’accession au pouvoir », en précisant que « l’élection ou la révolution légitimeront » ce programme d’action (programme publié par Les Ruches, consulté le 8 octobre 2026).

Le volet institutionnel est le plus détaillé et le plus structurant. Il comprend l’instauration d’un référendum d’initiative citoyenne « en toutes matières », des mandats impératifs et révocables à toutes les échelles, la suppression du poste de Premier ministre, un mandat présidentiel porté à sept ans et limité à trois mandats, le vote obligatoire avec prise en compte du vote blanc, la fusion du Conseil constitutionnel, de la Cour de cassation et du Conseil d’État en une « Cour des peuples », le remplacement des parrainages d’élus par 50 000 parrainages citoyens assortis du soutien de 150 maires et l’interdiction des sondages dans l’année précédant l’élection présidentielle (recension des mesures du programme, 2027 et moi, consultée le 8 octobre 2026 ; NltO).

Sur les questions européennes et de défense, le programme propose la tenue de référendums, sur le fondement de l’article 11 de la Constitution, portant sur la sortie de l’Union européenne, de l’euro, du Conseil de l’Europe ou de l’espace Schengen, ainsi que sur la sortie du commandement intégré ou du traité de l’OTAN. Il prévoit l’arrêt des livraisons d’armes à l’Ukraine, un rapprochement avec les BRICS présenté comme une tête de file d’une union des pays francophones, et un service obligatoire de six mois communs suivi d’un service civil de douze mois ou militaire de six mois.

Le volet économique et social comprend le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune, la suppression de 267 taxes à faible ou sans rendement connu, la publication annuelle des revenus fiscaux de tous les citoyens présentée comme un modèle finlandais, un seuil minimal national de salaire porté à 1 500 euros net, la fusion des caisses de retraite publiques et privées, un revenu de solidarité active attribué automatiquement et étendu aux jeunes dès 18 ans, la suppression des aides personnelles au logement au profit d’une garantie universelle des loyers, et la suppression des régions et des intercommunalités au profit du couple commune-département. Sur l’énergie, il retient la construction de quatorze réacteurs EPR 2, la sortie du marché européen de l’électricité et la nationalisation de la distribution. Sur la justice et la sécurité, il propose un « Procureur de la nation » élu, l’élection et la révocation des magistrats inscrites dans la Constitution, la suppression des brigades anticriminalité au profit d’une police de proximité et la dissolution des BRAV-M.

Le nombre de mesures fait l’objet d’évaluations divergentes selon les recensions. Le site du mouvement présente « 845 mesures, 24 thèmes » ; un site de suivi des programmes en recense 282 rattachées à une source officielle ; d’autres synthèses évoquent « plus de 300 propositions ». Cet écart, qui tient aux méthodes de comptage et à la manière de découper une même disposition, interdit de citer un total unique comme un fait établi.

Un chiffrage qui reste une estimation de campagne

Le programme ne comporte pas de coût consolidé, et aucune estimation indépendante de l’ensemble des mesures n’est publiée à ce jour. Le document de cadrage avance en revanche un rendement : une note de la partie économique indique un « rendement estimé à 80 milliards d’euros annuel », sans préciser les hypothèses retenues, le périmètre des prélèvements concernés ni l’année de référence. Le même texte illustre son propos par un exemple sectoriel, en soutenant que « l’importation des fleurs coupées dégrade la balance commerciale de 462 millions d’euros chaque année » (programme La Voie, notes du chapitre économique).

Ces montants sont des chiffres de campagne, attribués à leur auteur : ils ne sont pas repris ici comme des données budgétaires vérifiées. La différence est d’autant plus importante que le programme annonce des dépenses nouvelles lourdes, comme la construction de quatorze réacteurs nucléaires, et des suppressions de recettes ou de dispositifs dont le rendement net n’est pas calculé. Ni le coût de la sortie de l’euro, ni celui d’un service obligatoire généralisé, ni le rendement effectif des taxes supprimées ne sont chiffrés dans les documents publics consultés.

Une seule élection disputée : 13,9 % en 2017

Juan Branco n’a jamais été élu et ne compte qu’une seule candidature à une élection législative. Le 11 juin 2017, dans la douzième circonscription de Seine-Saint-Denis (Livry-Gargan, Montfermeil, Le Raincy, Clichy-sous-Bois, Coubron, Vaujours), il a recueilli 3 596 voix, soit 13,94 % des suffrages exprimés, terminé quatrième derrière Stéphane Testé (La République en marche, 33,84 %), Ludovic Toro (UDI, 19,69 %) et Jordan Bardella (Front national, 15,06 %), et a été éliminé dès le premier tour (résultats officiels du premier tour, ministère de l’Intérieur, tableau publié par RTL).

Législatives de juin 2017, 12e circonscription de Seine-Saint-Denis, premier tour (suffrages exprimés)

Stéphane Testé (LREM)

33,84 %
Ludovic Toro (UDI)

19,69 %
Jordan Bardella (FN)

15,06 %
Juan Branco (LFI)

13,94 %

Lecture : quatre premiers résultats du premier tour du 11 juin 2017 dans cette circonscription, exprimés en pourcentage des suffrages exprimés. Juan Branco, candidat de La France insoumise, obtient 3 596 voix, contre 8 730 pour Stéphane Testé. Les barres sont mises à l’échelle sur le maximum (33,84 %). Équivalent textuel : 33,84 % Testé, 19,69 % Toro, 15,06 % Bardella, 13,94 % Branco. Source : ministère de l’Intérieur, résultats officiels des élections législatives de 2017.

Procédures judiciaires et disciplinaires : ce qui est établi, ce qui est requis

Deux dossiers distincts doivent être tenus séparés. Le premier est disciplinaire : en octobre 2024, le conseil de discipline du barreau de Paris a prononcé une suspension d’exercice à l’encontre de Juan Branco pour avoir publié des éléments couverts par le secret de l’instruction dans les procédures où il est mis en cause ; cette décision a été confirmée en appel en octobre 2025. Il s’agit d’une sanction professionnelle, et non d’une condamnation pénale.

Le second est pénal. Le 1er septembre 2026, plusieurs rédactions ont révélé l’existence d’un réquisitoire définitif du parquet de Paris daté du 6 août 2026. Le ministère public y demande le renvoi de Juan Branco devant la cour criminelle départementale pour un viol qui aurait été commis au printemps 2021 sur une jeune femme, et réclame en revanche un non-lieu pour des accusations d’agression sexuelle et de viol portant sur deux autres plaignantes, relatant des faits de 2017 (franceinfo, 1er septembre 2026).

Un réquisitoire n’est ni une mise en accusation ni une déclaration de culpabilité : il expose au juge d’instruction l’issue que le parquet demande après la clôture de l’information judiciaire, et c’est au juge de décider s’il ordonne un renvoi, retient une autre qualification ou prononce un non-lieu. Aucun procès n’est fixé à ce stade. Juan Branco conteste les faits et soutient, depuis l’instruction, être victime d’un complot pour des raisons politiques. La présomption d’innocence s’applique, y compris pour les accusations pour lesquelles le parquet demande un non-lieu.

Aucune intention de vote mesurée, une audience numérique réelle

Juan Branco ne figure dans aucune des hypothèses testées par les sondages recensés entre le 11 août et le 29 septembre 2026 par le site de suivi des programmes 2027 et moi, ce qui interdit de lui attribuer un niveau d’intentions de vote (2027 et moi). Sa visibilité repose sur d’autres indicateurs. Un observatoire tiers d’audience numérique recensait, au 8 septembre 2026, environ 418 000 abonnés sur X, 213 000 sur TikTok et 124 000 sur Instagram, soit un total d’environ 755 000 abonnements cumulés (La Loupe Politique, mise à jour du 8 septembre 2026). Ces chiffres proviennent d’un agrégateur et non d’une source officielle ; ils situent une présence en ligne, sans rien dire d’un rapport de force électoral.

Le calendrier, lui, est fixé : le premier tour de l’élection présidentielle est prévu le 18 avril 2027 et le second tour le 2 mai (site de campagne de Juan Branco, consulté le 8 octobre 2026). D’ici là, le passage par la procédure des parrainages reste la première étape à franchir, comme pour les autres candidatures hors partis.

Note de méthode : les résultats électoraux cités proviennent des résultats officiels publiés par le ministère de l’Intérieur ; les montants, objectifs et rendements du programme sont des chiffres de campagne, attribués à leur auteur et distingués des données observées ; les procédures judiciaires sont rapportées dans leur état d’avancement, sans conclusion sur le fond ; les données d’audience numérique proviennent d’un agrégateur tiers et sont signalées comme telles.

À retenir

  • Avocat et essayiste, Juan Branco a annoncé le 19 décembre 2025 sur Sud Radio sa candidature à la présidentielle 2027, portée par le mouvement Les Ruches, hors partis et hors primaires.
  • Né en 1989 à Estepona, docteur en droit et ancien conseiller juridique de WikiLeaks et de Julian Assange, il n’a jamais exercé de mandat électif ; sa seule candidature, en 2017 en Seine-Saint-Denis sous étiquette La France insoumise, l’a placé quatrième avec 13,94 % des voix.
  • Son programme, publié sous le nom « La Voie », fait de la transformation du régime la condition des autres réformes : référendum d’initiative citoyenne, mandats révocables, référendum sur la sortie de l’Union européenne et de l’OTAN, suppression du poste de Premier ministre.
  • Aucun coût consolidé ni estimation indépendante du programme n’est publié ; le rendement de « 80 milliards d’euros annuel » avancé par le mouvement est une estimation de campagne, sans hypothèses détaillées.
  • Un réquisitoire définitif du parquet de Paris du 6 août 2026, révélé le 1er septembre 2026, demande un renvoi en procès pour un viol allégué de 2021 et un non-lieu pour deux plaintes de 2017 ; aucun procès n’est fixé et la présomption d’innocence s’applique.
  • Il ne figure dans aucune hypothèse de sondage recensée entre le 11 août et le 29 septembre 2026 ; la récolte des 500 parrainages reste l’obstacle à franchir pour être candidat au premier tour.

Sources

Pour aller plus loin : les autres portraits de la série sont disponibles pour Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Nicolas Dupont-Aignan et Nathalie Arthaud, dans la rubrique Présidentielle. Sur la place des parrainages et la représentation, voir « République française : un régime qui neutralise toute promesse » ; sur la participation citoyenne, « Le serment citoyen » ; sur les prélèvements et les niches fiscales, « Budget 2027 : 88 milliards de niches fiscales ».

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