Publié le 13 octobre 2026 à 10h30
Le 10 octobre 2026, le baromètre Ipsos BVA-Cesi publié par La Tribune Dimanche attribue à Emmanuel Macron 15 % d’opinions favorables, contre 82 % d’opinions défavorables. C’est un point de moins qu’en septembre, et le plus bas niveau depuis 2017. Ce record ne lui retire ni la signature des textes, ni la dissolution, ni le référendum, ni les pouvoirs exceptionnels de l’article 16. La popularité ne mesure pas ce qu’un président peut faire, elle mesure ce que chacune de ses décisions lui coûte.
- Le chiffre : 15 %, un record qui date
- La courbe de 2026, mois par mois
- « Le plus mal élu de la Ve République » : une formule qui demande d’être définie
- Ce qu’un président à 15 % peut encore faire
- Ce que 15 % changent quand même
- Le point de méthode : ce qui se démontre et ce qui s’assume
Le chiffre : 15 %, un record qui date
Trois instituts, Ipsos, BVA et Cesi, publient ce baromètre chaque mois pour La Tribune Dimanche. La vague du 10 octobre 2026 donne 15 % d’opinions favorables et 82 % d’opinions défavorables (Ipsos BVA-Cesi, baromètre politique, octobre 2026). La vague de septembre mesurait 16 %, déjà le plus bas niveau depuis 2017 (Midi Libre, reprise du baromètre, 11 octobre 2026).
Dans la même enquête, Sébastien Lecornu remonte à 22 %, Jordan Bardella obtient 33 % d’opinions favorables et Marine Le Pen 32 %, tous deux en baisse, tandis qu’Édouard Philippe progresse à 20 % (Orange Actualités, reprise du baromètre). Aucune, y compris celles qui devancent largement le président, ne recueille de majorité d’adhésion.
Ce qui éclaire le chiffre, ce sont les préoccupations qui l’accompagnent : pouvoir d’achat cité par 54 % des personnes interrogées, avenir du système social à 44 %, dette et déficits à 33 % (même reprise). Ce n’est pas une personne que l’on juge, c’est une répartition de l’effort : qui paie, pour quoi, à quelle échéance.
La courbe de 2026, mois par mois
Un chiffre isolé ne dit rien, une série davantage. Sur les cinq vagues vérifiables, la cote d’opinions favorables passe de 21 % en mai 2026 à 15 % en octobre (Cesi, vagues de mai et juin 2026 ; Ipsos BVA-Cesi, baromètre de septembre 2026). Le détail : 21 % en mai, 19 % en juin, 21 % en juillet, 16 % en septembre, 15 % en octobre. La baisse n’est pas continue : un palier, une rechute de cinq points, puis un plancher.
Un pouvoir qui glisse de 21 % à 15 % en cinq mois encaisse une érosion d’image, pas une déroute institutionnelle. Le mois d’août manque à la série, faute de valeur vérifiable, et je préfère ce trou dans la courbe à une pente lissée.
« Le plus mal élu de la Ve République » : une formule qui demande d’être définie
L’expression revient souvent à propos d’Emmanuel Macron. Employée sans définition, elle se retourne en une phrase.
Deux mesures existent, qui ne classent pas les élections de la même façon : le score du second tour rapporté aux suffrages exprimés, ou la part des suffrages rapportée aux inscrits, qui intègre l’abstention et les bulletins blancs et nuls. Une élection peut être gagnée largement selon le premier et paraître plus faible selon le second, qui dépend de la participation.
Sans chiffre ni mesure, la formule reste une appréciation ; avec une mesure calculée et publiée, elle devient un fait vérifiable. Je ne la tranche pas ici, faute d’avoir repris la série des élections de la Ve République pour calculer les deux rapports. Je retiens la règle : ce genre d’affirmation doit venir avec son mode de calcul.
Ce qu’un président à 15 % peut encore faire
L’article 16 de la Constitution donne au président, lorsque les institutions, l’indépendance de la Nation, l’intégrité du territoire ou l’exécution des engagements internationaux sont menacés d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics est interrompu, le pouvoir de prendre les mesures exigées par ces circonstances. Il les prend sans contreseing du Premier ministre ni des ministres (Vie publique, les pouvoirs exceptionnels de l’article 16 ; Conseil constitutionnel, quel pouvoir donne l’article 16).
Ces pouvoirs ne sont pas illimités. Le président ne peut ni dissoudre l’Assemblée pendant leur exercice, ni empêcher le Parlement de se réunir de plein droit, ni engager ou poursuivre une révision constitutionnelle. Le Conseil constitutionnel contrôle leur maintien : saisine possible dès trente jours par les présidents des assemblées, soixante députés ou soixante sénateurs, examen de plein droit à soixante jours. Le président peut être destitué par la Haute Cour en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec son mandat. La révision constitutionnelle avance par d’autres voies, comme la réécriture de l’article 2 proposée pour les langues régionales (Langues régionales : ce que changerait la révision de l’article 2).
Depuis 1958, l’article 16 a été appliqué une seule fois : par Charles de Gaulle, du 23 avril au 29 septembre 1961, après le putsch d’Alger. La rareté dit la gravité de l’outil.
Et il n’y a pas que l’article 16. Le budget de l’État pour 2026 a été adopté par le recours à l’article 49 alinéa 3, sans vote de l’Assemblée nationale sur le texte (Sénat, projet de loi de finances pour 2026). Un président à 15 % garde donc la capacité de faire adopter un budget, de nommer, de dissoudre et, s’il estime les conditions réunies, de déclencher l’article 16. Ce sont ces actes qui décident de votre quotidien : un barème, une date d’entrée en vigueur, un prélèvement.
La vidéo ci-dessus montre le mécanisme : responsabilité du gouvernement engagée, texte adopté sans vote, puis motion de censure qui peut le renverser. L’outil ne dépend pas de la cote du moment, mais d’une majorité qui ne se forme pas par défaut.
Le pouvoir se lit aussi à l’extérieur. Le 5 octobre 2026, Emmanuel Macron et le chancelier allemand ont proposé une riposte commerciale européenne activable sans vote préalable des États (Commerce : Macron et Merz proposent une riposte européenne) : un chef de l’État minoritaire dans l’opinion continue d’engager le pays. Sur le budget 2027, la partie recettes a été rejetée en commission et le texte est reparti de la copie du gouvernement (Budget 2027 : la partie recettes rejetée en commission). La procédure avance, l’opinion ne l’arrête pas.
Ce que 15 % changent quand même
Il serait malhonnête d’en conclure que la popularité ne compte pas : elle compte, mais autrement.
Elle pèse sur la capacité à faire accepter une réforme sans conflit. Elle pèse sur le parti du président, dont les candidats portent le bilan : à Lyon, Gabriel Attal s’est posé en « candidat de la jeunesse » face à Jean-Luc Mélenchon (Gabriel Attal, en meeting à Lyon), et la primaire de la gauche a ouvert son premier tour dans le même mouvement (Le non-événement de l’élection de Glucksmann). Elle pèse sur la crédibilité internationale d’un dirigeant qui prétend parler au nom des Français : pendant la visite d’État en Espagne, le Sénat espagnol a rejeté le traité d’amitié franco-espagnol (Traité d’amitié franco-espagnol : le Sénat espagnol vote non). Elle pèse enfin sur la majorité elle-même : 53 % des sympathisants du bloc central approuvent l’action présidentielle, contre 47 % qui la désapprouvent. Un écart de six points n’est pas un socle.
La popularité ne renverse pas un président : elle fixe le prix politique de chaque décision. Plus la cote est basse, plus une mesure impopulaire est coûteuse à défendre pour ceux qui devront la présenter devant vous, et plus elle risque d’être retardée ou rabotée.
Le point de méthode : ce qui se démontre et ce qui s’assume
Une part de ce débat ne se démontre pas. La formule « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît » vient d’une réplique des Tontons flingueurs, écrite par Michel Audiard en 1963, et l’idée remonte plus loin, jusqu’à la Somme théologique de Thomas d’Aquin (Les Échos, des Tontons flingueurs à Thomas d’Aquin).
Appliquée à la politique, cette lecture est un jugement, pas une preuve : les portraits psychologiques et les pronostics sur ce qu’un dirigeant oserait ne se vérifient pas. Je peux les écrire comme tels, à condition de ne jamais les faire passer pour des mesures. Ce que je crois, je le dis et je l’assume : un pouvoir qui n’a pas besoin de l’opinion pour agir trouve dans son impopularité une raison de plus de ne pas s’en soucier.
La question du changement de régime, elle, est posée publiquement. Juan Branco en fait le cœur de sa campagne autour du référendum d’initiative citoyenne (Juan Branco, candidat des Ruches). C’est le pendant exact de la démonstration : tant que les outils constitutionnels restent entre les mêmes mains, la colère change le climat, pas la règle.
Ce qui se démontre : le cadre juridique, les chiffres et les actes, des 15 % du 10 octobre au recours au 49 alinéa 3. Ce qui ne se démontre pas : ce qu’un dirigeant a dans la tête, et je ne le présenterai jamais comme un fait. Un texte qui part des chiffres et finit par une lecture est honnête ; un texte qui part d’une lecture et habille ensuite des chiffres est une thèse déguisée.
Un président très impopulaire reste-t-il puissant ? À partir de quel seuil, ou de quel acte précis, jugeriez-vous qu’un pouvoir a perdu sa légitimité, alors même que son impopularité ne lui retire encore aucune compétence ?



