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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Sarah Knafo, numéro deux de Reconquête, chiffre 130 milliards d’économies et écarte sa candidature

Portrait en buste d'une femme politique, cheveux longs châtain foncé, veste sombre, fond gris neutre flou.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Sarah Knafo, 33 ans, eurodéputée et vice-présidente de Reconquête, n’est pas candidate à l’élection présidentielle de 2027. Elle en est pourtant l’une des figures les plus en vue : son livre-programme « Le Casse du siècle », paru le 2 septembre 2026, revendique 130 milliards d’euros d’économies publiques et s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires. Portrait vérifié de son parcours, de ses propositions, de son chiffrage contesté et de son bilan électoral à Paris, avec la même grille que pour les autres personnalités de la série.

Une numéro deux qui écarte sa propre candidature

Le suspense a été levé par Éric Zemmour lui-même. Le 17 septembre 2026, invité de BFMTV, le président de Reconquête a déclaré : « Je ne suis pas politicien, je suis candidat à la présidence de la République », avant de préciser : « Je serai candidat à l’élection présidentielle » (franceinfo, 18 septembre 2026). Son entourage a toutefois précisé qu’il ne s’agissait pas encore d’une déclaration formelle, celle-ci étant attendue « à l’automne, probablement dès octobre » (La Croix avec AFP, 18 septembre 2026). Quelques jours plus tôt, le 3 septembre, il avait indiqué à la foire de Châlons-en-Champagne qu’il annoncerait sa candidature « avant décembre » (La Gazette France avec AFP, 3 septembre 2026).

Une confirmation n’est pas une déclaration officielle, et une déclaration n’est pas encore une candidature recevable : pour figurer au premier tour, il faut réunir 500 présentations d’élus, validées par le Conseil constitutionnel. Le parti a affirmé, lors de ses universités d’été des 12 et 13 septembre au Port-Marly, disposer de 350 promesses de parrainages (compte rendu des universités d’été de Reconquête, 13 septembre 2026), ce qui reste une annonce de parti et non une validation.

Sarah Knafo, elle, maintient depuis des mois qu’elle ne sera pas candidate. Le 7 janvier 2026, sur TF1, elle avait déjà répondu « Absolument » à la question de savoir si elle écartait une candidature présidentielle, tout en ajoutant : « J’espère qu’on aura un autre candidat pour mon parti, Reconquête » (récit de la déclaration et de sa mise au point, janvier 2026). Le 1er septembre 2026, sur RTL, elle a répété qu’Éric Zemmour était « le candidat naturel de Reconquête » (RTL, 1er septembre 2026). Elle n’en mène pas moins une activité qui ressemble à une pré-campagne : fin avril 2026, elle a lancé une « grande consultation des Français » et une plateforme participative, « Le programme pour la France », dont elle a revendiqué 250 000 visiteurs en trois jours, tout en assurant à franceinfo qu’elle n’était « pas candidate à l’élection présidentielle » (franceinfo, 29 avril 2026).

De la Cour des comptes au Parlement européen

Née le 24 avril 1993 aux Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, Sarah Knafo suit un parcours d’élite : licence d’économie à l’université Paris 1, master d’affaires publiques à Sciences Po Paris, puis École nationale d’administration, promotion Molière, dont elle sort en 2019 (curriculum vitae officiel au Parlement européen). Elle devient magistrate à la Cour des comptes en janvier 2020, puis obtient une mise en disponibilité en septembre 2021 pour rejoindre la campagne d’Éric Zemmour, dont elle prend la direction pour l’élection présidentielle de 2022 (Le Parisien, 23 septembre 2021).

Cofondatrice de Reconquête en décembre 2021, elle est élue députée européenne en juin 2024, en troisième position sur la liste menée par Marion Maréchal, qui recueille 5,47 % des voix, juste au-dessus du seuil des 5 % (franceinfo avec le ministère de l’Intérieur, 9 juin 2024). Au Parlement européen, elle siège au sein du groupe « L’Europe des nations souveraines » (ENS), qu’elle vice-préside (Parlement européen). Compagne d’Éric Zemmour depuis 2021, relation rendue publique en janvier 2022, elle est présentée comme la numéro deux du parti, aux côtés du président qui en conserve la direction.

Son positionnement la distingue de celui de son parti : elle occupe surtout le terrain économique, fiscal et budgétaire, quand Éric Zemmour reste identifié aux questions d’immigration, d’identité et de sécurité (Public Sénat, 1er septembre 2026). Un partage des rôles que plusieurs comptes rendus présentent comme une manière pour Reconquête d’élargir son registre au-delà des thèmes identitaires.

« Le Casse du siècle », un livre-programme à 130 milliards d’euros

Publié le 2 septembre 2026 chez Fayard, maison du groupe de Vincent Bolloré, « Le Casse du siècle » (286 pages, 19,90 euros) est présenté par son autrice comme une enquête sur l’argent public, sa provenance et son usage, et non comme une profession de foi. Il constitue en réalité un programme économique complet, articulé autour de quinze « résolutions ». Son succès de librairie est documenté : plus de 208 000 exemplaires vendus au 27 septembre, moins d’un mois après sa sortie, selon les relevés de l’institut GfK (La Croix, 9 octobre 2026), après un premier tirage annoncé à 100 000 exemplaires.

Le cœur du raisonnement repose sur une fiche de paie reconstituée. Un salarié fictif, Nicolas Durand, perçoit 2 079 euros nets par mois quand son employeur débourse 3 922 euros : l’écart, de 1 843 euros mensuels, serait selon l’autrice la somme qui lui est « prise » (Sud Radio, 14 septembre 2026). De là, elle chiffre un plan d’économies annuelles de 130 milliards d’euros. Les principaux postes annoncés sont la suppression de la CSG sur les revenus d’activité, qu’elle présente comme « la plus forte hausse salariale de toute la Cinquième République », la suppression totale des droits de succession, la suppression de 800 000 emplois publics par non-remplacement des départs, la fin des prestations sociales non contributives versées aux étrangers, la limitation du RSA à trois ans, la fin de l’aide publique au développement et le retour de la contribution française au budget de l’Union européenne à son niveau d’avant la crise sanitaire (Capital, 7 septembre 2026 ; Sud Radio, 14 septembre 2026). S’y ajoutent la mise en place d’un système de retraite par capitalisation, la suppression des impôts de production et la privatisation de l’audiovisuel public.

Sur le logement, elle défend le déplafonnement des prix des loyers, jugeant que l’encadrement « a raréfié l’offre », et l’abrogation de la loi SRU, qu’elle qualifie de « loi inique » (Capital, 14 septembre 2026). Elle s’est en revanche opposée à la taxe sur les bureaux vacants proposée par Marine Le Pen. Ces mesures sont des propositions de campagne : elles n’ont fait l’objet d’aucun vote ni d’aucun texte déposé.

Paris 2026 : 10,40 % au premier tour, puis le retrait

Le seul scrutin auquel Sarah Knafo a participé en son nom est l’élection municipale de Paris de mars 2026. Elle en avait annoncé la candidature le 7 janvier 2026 sur TF1. Au premier tour, le 15 mars, sa liste « Sarah Knafo pour Paris, une ville heureuse » recueille 10,40 % des suffrages exprimés, soit 84 809 voix, et se qualifie de justesse pour le second tour, au cinquième rang (ministère de l’Intérieur, résultats officiels des municipales 2026 à Paris).

Municipales 2026 à Paris : le premier tour

Suffrages exprimés au premier tour des élections municipales du 15 mars 2026 à Paris. Lecture textuelle : la liste d’Emmanuel Grégoire obtient 37,98 %, celle de Rachida Dati 25,46 %, celle de Sophia Chikirou 11,72 %, celle de Pierre-Yves Bournazel 11,34 % et celle de Sarah Knafo 10,40 % (84 809 voix). Source : ministère de l’Intérieur, résultats officiels (participation au premier tour : 58,89 %).

Image : graphique de données, non documentaire.

Deux jours plus tard, le 17 mars, elle annonce retirer sa liste pour le second tour afin de « donner toutes les chances de battre la gauche », au profit de Rachida Dati (BFMTV, 17 mars 2026). Le second tour, le 22 mars, est remporté par le socialiste Emmanuel Grégoire avec 50,52 % des voix, devant Rachida Dati (41,52 %) (Le Monde, 23 mars 2026). Du fait de son retrait, sa liste n’obtient aucun siège au Conseil de Paris. Sarah Knafo explique ensuite avoir tendu la main à Rachida Dati sans succès (franceinfo, mai 2026).

Ce résultat de 10,40 %, inédit pour son camp à Paris, a accompagné une progression dans les baromètres de personnalités : entrée à 28 % de bonnes opinions en décembre 2024, devant Éric Zemmour (baromètre Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio, décembre 2024), puis 32 % en mars 2026 (Ifop-Fiducial, mars 2026) et une entrée directe au cinquième rang du baromètre Cluster17 pour Le Point en avril 2026, avec 27 % de popularité (Cluster17 pour Le Point, avril 2026). Popularité n’est pas intention de vote : ces enquêtes mesurent une image, pas un résultat électoral.

Union des droites, Rassemblement national et majorité

Sarah Knafo se présente comme une partisane de l’« union des droites ». En septembre 2026, sur LCI, elle a ouvert la possibilité de participer à un gouvernement dirigé par Jordan Bardella sous une présidence de Marine Le Pen, répondant « pourquoi pas » et citant la coalition italienne autour de Giorgia Meloni comme exemple, tout en soulignant que Reconquête conserverait ses différences et présenterait son propre candidat au premier tour (compte rendu de son passage sur LCI, septembre 2026). Elle a en même temps marqué ses distances sur le fond économique, jugeant que, avec Marine Le Pen, Reconquête n’a « pas des différences de degré, mais de philosophie » (Sud Ouest, septembre 2026).

Sa tournée de dédicaces, qui l’a conduite de Cannes à Menton, Bordeaux, Béziers et Saint-Rémy-de-Provence, a aussi valeur de test politique. Le 3 octobre, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, a publié une photographie où elle la salue chaleureusement lors d’une dédicace, ce qui a suscité des inquiétudes chez certains de ses alliés Renaissance (La Provence, 5 octobre 2026). Elle est attendue le 17 octobre aux universités de rentrée d’Oser la France, à Avignon, aux côtés notamment de François Fillon et de Nicolas Dupont-Aignan (La Provence, 30 septembre 2026).

Un chiffrage contesté par des contradicteurs sérieux

Le plan à 130 milliards d’euros fait l’objet de critiques documentées, qui ne portent pas sur les données officielles citées, largement exactes, mais sur leur agrégation. Une analyse détaillée du livre relève que le total additionne des budgets bruts sans en déduire les missions qu’ils financent ni les coûts de sortie : les 800 000 suppressions de postes, estimées à 40 milliards d’euros, reposeraient sur un non-remplacement d’un départ sur trois parmi les seules fonctions non protégées, sans que le livre n’indique lesquelles ; l’aide publique au développement (13 à 15 milliards) et le soutien aux énergies renouvelables s’inscrivent dans des engagements pluriannuels ; la fin de l’aide médicale d’État ne supprimerait pas la prise en charge des urgences. La suppression des droits de succession, chiffrée à 16,1 milliards d’euros de recettes en moins, profiterait à tous les patrimoines taxés, avec un gain croissant selon le montant transmis (Le Quotidien des Entreprises, 15 septembre 2026).

D’autres critiques existent. Le service de vérification de Libération a consacré, le 17 septembre 2026, une enquête aux « principales erreurs et manipulations » qu’il relève dans l’ouvrage (Libération CheckNews, 17 septembre 2026), et l’ancien ministre Alain Madelin en a publié une critique argumentée dans L’Express. Le quotidien Le Monde souligne pour sa part que le livre désigne « l’Administration » comme l’ennemi à abattre et attribue à l’autrice l’idée que les deux tiers des fonctionnaires ne seraient pas « vraiment utiles » (Le Monde, 4 septembre 2026). Sarah Knafo récuse l’accusation d’austérité et présente son projet comme un « plan d’enrichissement » plutôt que de rigueur (RTL, 1er septembre 2026).

Sur les finances publiques elles-mêmes, le diagnostic de départ n’est guère contesté : en 2025, les dépenses publiques ont représenté 57,3 % du produit intérieur brut et la dette 3 460,5 milliards d’euros, soit près de 116 % du PIB, pour un déficit de 152,5 milliards (Le Quotidien des Entreprises, 15 septembre 2026). C’est le passage du constat au programme chiffré qui reste, à ce stade, un objectif politique et non un plan audité mesure par mesure.

À retenir

  • Statut : Sarah Knafo n’est pas candidate à la présidentielle de 2027 ; elle est vice-présidente de Reconquête et soutient Éric Zemmour, qui a confirmé le 17 septembre 2026 qu’il serait candidat, sans déclaration formelle à ce jour.
  • Parcours : Sciences Po Paris, ENA (promotion Molière), magistrate à la Cour des comptes de 2020 à 2021, directrice de la campagne d’Éric Zemmour en 2022, députée européenne depuis 2024.
  • Programme : « Le Casse du siècle » revendique 130 milliards d’euros d’économies annuelles, dont la suppression de la CSG d’activité, des droits de succession et de 800 000 postes publics.
  • Bilan : 10,40 % au premier tour des municipales de 2026 à Paris, puis retrait au profit de Rachida Dati ; aucun siège obtenu.
  • Doctrine de la série : une notoriété, un livre ou un chiffrage de campagne ne valent pas candidature déclarée ni validation officielle.

Sources

Pour aller plus loin : les autres portraits de la série sont disponibles pour Éric Zemmour, David Lisnard, Juan Branco et Nicolas Dupont-Aignan, dans la rubrique Présidentielle. Sur l’encadrement des loyers que Sarah Knafo veut déplafonner, voir « Encadrement des loyers : 520 euros par an pour les locataires » ; sur la dette et l’héritage, « le Conseil d’analyse économique propose un effort » ; sur les niches fiscales, « 88,3 milliards d’euros en 2026 » ; sur les détenteurs de la dette, « qui détient vraiment les titres français ».

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