Bruxelles a annoncé le vendredi 9 octobre la sélection de 46 nouveaux projets stratégiques destinés à sécuriser l’approvisionnement de l’Union européenne en matières premières critiques. Répartis dans seize États membres, dont la France, ils s’ajoutent aux 47 projets retenus en mars 2025. Le détail du mécanisme mérite attention : figurer sur cette liste n’ouvre pas de financement automatique, mais un traitement accéléré des autorisations.
Ce que la Commission a réellement annoncé
La Commission européenne a retenu 46 projets sur les 102 candidatures déposées lors du second appel à projets lancé en 2026. Ils sont situés dans seize États membres : Belgique, Bulgarie, Estonie, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Italie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovaquie, Espagne et Suède.
Avec cette deuxième vague, le portefeuille européen atteint 93 projets stratégiques dans l’Union, auxquels s’ajoutent 13 projets déjà sélectionnés dans des pays partenaires. La répartition suit la chaîne de valeur : huit projets portent sur l’extraction, onze sur la transformation, dix-neuf sur le recyclage, et huit combinent plusieurs étapes. L’ensemble couvre 15 des 17 matières premières classées stratégiques par le règlement européen. Le catalogue des projets retenus est publié par la Commission.
Des métaux pour les batteries, la défense et les aimants
Sept projets concernent le lithium, douze le nickel, dix le cobalt, cinq le manganèse et quatre le graphite : autant de matières rattachées à la chaîne des batteries électriques. Deux projets portent sur le magnésium et trois sur le tungstène, utiles à la défense et à l’aéronautique. Quatre visent les terres rares, indispensables aux aimants permanents des moteurs électriques, des éoliennes et de nombreux équipements militaires.
Ces choix s’inscrivent dans les objectifs fixés par le règlement sur les matières premières critiques : d’ici 2030, extraire en Europe au moins 10 % de la consommation annuelle, en transformer 40 %, en recycler 25 %, et ne pas dépendre à plus de 65 % d’un seul pays tiers pour une matière stratégique. Selon la Commission, les projets retenus en 2025 et en 2026 pourraient suffire à atteindre les objectifs d’extraction pour le lithium, le nickel, les terres rares, le magnésium et le tungstène, ainsi que les objectifs de transformation du lithium et des terres rares.
La France dans la liste
La France figure parmi les seize États membres retenus. Le décompte exact des sites français varie selon les titres : Les Échos en relèvent cinq, Le Figaro six, la Commission ne détaillant pas la répartition nationale dans son communiqué. Lors de la première vague de mars 2025, neuf projets étaient situés dans l’Hexagone.
Le commissaire chargé de la stratégie industrielle, Stéphane Séjourné, a cité un exemple français pour illustrer les progrès de la première liste : l’usine Caremag du groupe Carester, à Lacq (Pyrénées-Atlantiques), qui doit recycler des aimants et séparer des terres rares lourdes, notamment le dysprosium et le terbium, deux métaux pour lesquels l’Europe dépend aujourd’hui presque entièrement de la Chine. À terme, ce seul site pourrait représenter environ 15 % de la production mondiale de ces oxydes, selon le commissaire.
Ce que la sélection ne garantit pas
Le premier point tient au mécanisme. Comme le rappelle la couverture économique, figurer sur la liste ne débloque pas de financement automatique : le label ouvre surtout des facilités administratives, notamment des délais d’autorisation raccourcis. Or, selon Stéphane Séjourné, il faut en moyenne plus de dix ans pour rendre opérationnel un projet minier. La sélection désigne donc des intentions, pas encore des capacités de production.
Des montants existent néanmoins. Le plan RESourceEU a permis de réunir plus de 2 milliards d’euros d’argent public européen, répartis entre le Fonds pour l’innovation (680 millions d’euros pour six projets), les aides d’État nationales (plus d’un milliard pour six projets) et la Banque européenne d’investissement (660 millions pour huit projets). Une vingtaine de projets auraient par ailleurs progressé vers des contrats d’achat.
La dépendance reste le problème de fond. La Cour des comptes européenne estimait en février 2026 que plusieurs objectifs de 2030 avaient peu de chances d’être atteints, l’exploitation minière et l’exploration restant sous-développées dans l’Union, et qu’il faut souvent vingt ans pour qu’un gisement européen devienne opérationnel. La Chine contrôle l’essentiel du raffinage mondial des terres rares et avait imposé, il y a un an, des restrictions à l’exportation qui avaient menacé des chaînes de production entières. Stéphane Séjourné a résumé l’enjeu d’une phrase : « réduire la dépendance, augmenter la production en Europe ».
L’enjeu pour la France
La question porte sur trois points. D’abord le partage des compétences : c’est la Commission qui désigne les projets stratégiques et fixe les critères, les États membres exécutant ensuite des procédures nationales accélérées. Ensuite la réalité industrielle : les métaux utiles aux batteries, à la défense et aux aimants sont aujourd’hui produits surtout hors d’Europe, et les projets retenus ne changeront pas cette situation avant plusieurs années. Enfin les bénéficiaires : les entreprises porteuses obtiennent un avantage administratif et un accès facilité aux financements publics, sans que la liste ne dise qui supporte le coût environnemental ou foncier des sites concernés.
À retenir
- La Commission a sélectionné 46 nouveaux projets stratégiques sur 102 candidatures, dans seize États membres dont la France.
- Ils s’ajoutent aux 47 projets de mars 2025 : le portefeuille européen compte désormais 93 projets, plus 13 dans des pays tiers.
- Les projets couvrent 15 des 17 matières premières stratégiques : lithium, nickel, cobalt, graphite, terres rares, tungstène ou encore magnésium.
- Figurer sur la liste n’ouvre aucun financement automatique : le label donne surtout des délais d’autorisation accélérés.
- Les objectifs de 2030, soit 10 % d’extraction, 40 % de transformation et 25 % de recyclage, restent jugés incertains par la Cour des comptes européenne.
- Le nombre de sites français varie selon les décomptes : cinq selon Les Échos, six selon Le Figaro.
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