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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Nickel calédonien : le partenariat européen sera signé en octobre, sans projet industriel arrêté

Usine industrielle aux structures métalliques et cheminées près de la côte
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et l’Union européenne doivent signer, lors d’un déplacement du vice-président exécutif de la Commission européenne Stéphane Séjourné prévu du 16 au 20 octobre, un « partenariat stratégique sur les chaînes de valeur durables des matières premières ». Le texte, consulté par Le Monde, ne prévoit aucun projet industriel précis, ne désigne aucun investisseur et ne comporte aucun engagement financier de l’Union. Sur l’archipel, les trois usines de nickel restent en crise, et le seul candidat encore en lice pour reprendre la plus fragile est chinois.

Un memorandum attendu depuis plus de trois ans

L’idée n’est pas nouvelle. Dès 2023, le rapprochement avec l’Union européenne était présenté comme l’une des pistes pour sortir le nickel néo-calédonien de l’impasse : les capacités européennes de production de nickel, notamment celui destiné aux batteries de véhicules électriques, restent très inférieures aux besoins de l’Union. Le projet doit cette fois prendre une forme écrite, sous la forme d’un memorandum of understanding (MoU) entre le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et la Commission, dont Le Monde a pu consulter le contenu le 5 octobre.

Le document affiche l’ambition de mieux intégrer le nickel calédonien aux filières européennes, de favoriser les investissements et de développer la transformation locale. Mais il reste, selon le quotidien, « essentiellement déclaratif » : aucun projet industriel précis, aucun investisseur désigné, aucun engagement financier de l’Union. Une feuille de route devra identifier, dans les six mois suivant la signature, des projets prioritaires et des possibilités d’investissement.

Côté calédonien, le cap est affiché depuis des mois. Le gouvernement de l’archipel a fait de la signature de ce MoU un objectif explicite, prolongeant la délégation conduite à Bruxelles au printemps lors d’un sommet consacré aux matières premières critiques, avec l’appui de l’État français. Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie a de son côté consacré une commission spéciale au nickel le 1er octobre, en inscrivant à son ordre du jour « la présentation de la mission de Stéphane Séjourné […] ainsi que les partenariats avec l’Europe ».

Trois usines, un seul candidat encore en lice

Le partenariat est annoncé dans un contexte industriel dégradé. Dans le Nord, les fours de Koniambo Nickel SAS (KNS) sont à l’arrêt depuis fin août 2024 et environ 1 150 salariés ont été licenciés, après le retrait de l’anglo-suisse Glencore, actionnaire à 49 % et principal financeur, qui n’a jamais atteint la rentabilité malgré plusieurs milliards d’euros investis. Selon la presse calédonienne et spécialisée, le seul candidat encore en course pour compléter le capital est désormais le groupe chinois Lygend Resources & Technology, déjà grand producteur de nickel en Indonésie ; la Société minière du Sud Pacifique (SMSP), qui détient 51 % de l’usine, instruit son offre.

La Société Le Nickel (SLN), historique exploitant du site de Doniambo, à Nouméa, est déficitaire depuis 2012 et discute avec le sidérurgiste indien Jindal. Dans le Sud, Prony Resources, qui produit du nickel pour batteries par voie hydrométallurgique, a sorti environ 36 000 tonnes en 2025 pour une capacité estimée à 45 000 tonnes, et négocie l’entrée de nouveaux partenaires.

Un constat s’impose donc : à ce stade, aucune compagnie française, ni aucun groupe allié, ne s’est engagé à reprendre une usine de l’archipel. C’est l’observation que formule la presse calédonienne en amont de la visite européenne.

Ce que l’Europe vient chercher

L’intérêt européen, lui, est documenté. Le règlement (UE) 2024/1252, dit règlement sur les matières premières critiques, classe le nickel de qualité batterie parmi les matières premières stratégiques, aux côtés du lithium et du cobalt, et fixe à l’Union l’objectif d’intensifier sa propre extraction, sa transformation et son recyclage tout en diversifiant ses approvisionnements.

La dépendance est réelle : la production indonésienne de nickel a été multipliée par cinq entre 2018 et 2025 et concentre aujourd’hui une large part du marché mondial, ce qui a fait chuter les cours et fragilisé les producteurs à coûts élevés, dont ceux de Nouvelle-Calédonie.

Le nickel calédonien présente deux débouchés distincts : le ferronickel destiné à l’acier inoxydable, marché structurel et peu spéculatif, et le nickel intermédiaire de qualité batterie que l’Union peut raffiner sur son territoire. C’est cette seconde chaîne de valeur qui intéresse Bruxelles, et c’est celle qui dépend aujourd’hui le plus d’opérateurs extérieurs.

Un territoire français qui n’est pas dans l’Union

Le paradoxe du dossier tient au statut du territoire. La Nouvelle-Calédonie n’est pas un territoire de l’Union européenne : c’est un pays et territoire d’outre-mer associé à l’Union, régi par les articles 198 à 204 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. À ce titre, elle ne relève ni du marché intérieur, ni de plusieurs mécanismes de régulation applicables aux industriels européens.

Cette situation a des conséquences très concrètes. Une proposition de résolution européenne enregistrée le 27 novembre 2025 à l’Assemblée nationale demandait ainsi que le nickel extrait et transformé en Nouvelle-Calédonie soit pleinement comptabilisé dans les objectifs européens de sécurisation des approvisionnements et ne soit plus, dans les faits, traité comme une fourniture extérieure à l’Union, y compris au regard du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Autrement dit : la ressource est française, elle est stratégique pour l’Europe, mais elle n’est pas comptée comme européenne. C’est précisément ce que le memorandum doit, en principe, commencer à corriger.

À retenir

  • Un « partenariat stratégique sur les chaînes de valeur durables des matières premières » entre le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et l’Union européenne doit être signé lors du déplacement de Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne, prévu du 16 au 20 octobre.
  • Le texte, consulté par Le Monde, reste déclaratif : aucun projet industriel précis, aucun investisseur désigné, aucun engagement financier de l’Union. Une feuille de route doit identifier des projets prioritaires dans les six mois.
  • Les trois usines calédoniennes restent en crise : Koniambo à l’arrêt depuis fin août 2024 et environ 1 150 salariés licenciés, la SLN déficitaire depuis 2012, Prony Resources en négociation.
  • Le seul candidat encore en lice pour compléter le capital de Koniambo est le chinois Lygend Resources & Technology.
  • La Nouvelle-Calédonie est un territoire associé à l’Union, pas un territoire membre, ce qui rend son nickel difficile à comptabiliser comme approvisionnement européen.

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Question aux lecteurs

Un partenariat stratégique entre la Nouvelle-Calédonie et l’Union européenne sur le nickel et les matières premières critiques doit être signé en octobre. Qu’en attendez-vous en premier ?

Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non celui de la population française.

Pour aller plus loin

Méthode : le fait central, la signature programmée d’un memorandum d’entente entre le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et l’Union européenne sur les matières premières, est établi par des origines réellement distinctes : le contenu du texte, consulté et décrit par Le Monde le 5 octobre 2026 ; le communiqué du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du 11 septembre 2026 qui fixe la signature du MoU comme objectif ; et la commission spéciale sur le nickel du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, réunie le 1er octobre 2026, qui a examiné la mission européenne. Les éléments sur les usines proviennent de la presse spécialisée et régionale (L’Usine nouvelle, Ouest-France, la presse calédonienne), et les éléments juridiques du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et du règlement (UE) 2024/1252. Une même dépêche reprise par plusieurs titres ne compte que pour une origine. Limites : le memorandum n’est pas signé ; son calendrier repose sur un déplacement annoncé ; aucun document industriel ni financier ne l’accompagne à ce stade, et le nom des repreneurs potentiels reste, pour partie, rapporté par la presse sans confirmation des entreprises concernées.

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