Le porc valait 1,552 euro le kilo de carcasse lundi 26 octobre, à la fin de la séance du marché au cadran de Plérin, dans les Côtes-d’Armor. C’est 1 centime de moins que jeudi, et 19 centimes de moins qu’au 1er octobre : 10,9 % en 26 jours. Dans la même séance, 31 % des porcs présentés n’ont pas trouvé d’acheteur.
Ce prix n’est pas celui du rayon : c’est ce que l’éleveur reçoit pour un animal pesé, classé, livré à l’abattoir. Il sert de référence à la filière, et il baisse depuis six semaines au rythme maximal autorisé par la convention.
- Un prix qui descend par paliers fixés d’avance
- 31 % des bêtes présentées restent sans enchère
- Ce que rapporte un porc, en euros
- 10 centimes d’écart avec l’Allemagne
- Une baisse qui reste au-dessus de la moyenne
Un prix qui descend par paliers fixés d’avance
Deux séances par semaine, le lundi et le jeudi. Sur les sept séances d’octobre, le pas a toujours été le même : 1 centime le lundi, 5 centimes le jeudi. Le 1er octobre, 1,742 euro. Le 5, 1,732. Le 12, 1,672. Le 15, 1,622. Le 19, 1,612. Le 22, 1,562. Le 26, 1,552.
Cette régularité n’est pas un caprice du marché. La convention du Marché du porc français encadre les enchères entre producteurs et abattoirs, et le relevé du Réseau des nouvelles des marchés parle, séance après séance, de « baisse maximale autorisée ». Le prix ne se forme donc pas librement : il descend d’un cran mesuré. Six semaines de baisse maximale veulent dire six semaines pendant lesquelles les acheteurs ont demandé le maximum permis, sans que les vendeurs puissent refuser.
L’effet est pervers : la convention évite le krach en une séance, mais installe une pente que tout le monde voit venir. Un éleveur qui sait que jeudi peut encore perdre 5 centimes n’a aucun intérêt à attendre.
Prix de base en euro par kilo de carcasse, séances du lundi et du jeudi. Trait pointillé : moyenne mobile sur 12 mois (1,528 euro).
Source : Cadran de Plérin, Réseau des nouvelles des marchés, 26 octobre 2026 ; Marché du porc français, cotations d’octobre 2026. Moyenne mobile au 15 octobre.
31 % des bêtes présentées restent sans enchère
Le chiffre décisif n’est pas le prix, c’est la quantité invendue. Le 15 octobre, 7 734 porcs sur 18 149 présentés n’avaient pas trouvé preneur, soit 42,6 %. Lundi, le relevé officiel comptait encore 31 % de porcs « restés sans enchère et affectés ». Les abattoirs n’achètent pas tout : ils enchérissent au minimum autorisé, et laissent le reste dans les élevages.
Les abattages disent la même chose : 357 231 porcs la semaine dernière, 7 200 de plus que la précédente, mais moins qu’en 2025. Les carcasses pèsent 97,57 kilos, 250 grammes de plus en une semaine : les bêtes restent sur place et grossissent.
Ce que rapporte un porc, en euros
La cotation se lit au kilo, jamais au revenu. Un porc de 97,57 kilos à 1,552 euro rapporte 151,43 euros. Le 12 octobre, à 96,78 kilos et 1,672 euro, il en rapportait 161,82. L’animal a pris 790 grammes en deux semaines, et l’éleveur a perdu 10,39 euros sur chaque bête.
Le même mécanisme a laissé 330 fermes laitières sans acheteur chez Savencia pour 3,6 centimes le litre, et il est au cœur de la colère des agriculteurs qui réclament un revenu, pas une ristourne.
10 centimes d’écart avec l’Allemagne
Le porc allemand sert de prix directeur en Europe : 1,45 euro le kilo de carcasse en semaine 40, selon le Marché du porc français. Le français valait 1,552 lundi, soit environ 10 centimes de plus, 6,6 %. Le RNM attribue explicitement la pression sur les abattoirs français à « l’écart de prix avec les principaux marchés européens ».
Un abattoir qui paie sa matière 10 centimes plus cher que son rival allemand vend plus cher, ce que la distribution refuse, ou pèse sur le prix d’achat. Il pèse. Les comités régionaux porcins de Bretagne et des Pays de la Loire et l’Arip normande ont dénoncé cette détresse dans un communiqué commun, à la fin d’octobre.
Ce prix de carcasse reste très loin du rayon. Les négociations entre industriels et distributeurs, qui reprennent le 28 octobre, fixent l’autre bout de la chaîne : c’est là que se décide ce que vous payez, et ce que l’éleveur ne touche pas. La grande distribution a déjà annoncé qu’elle boycotterait la réunion de Bercy.
Une baisse qui reste au-dessus de la moyenne
La moyenne mobile sur douze mois du Marché du porc français est de 1,528 euro. Le prix de lundi, 1,552, reste au-dessus. La baisse efface donc un pic, pas un plancher : le 11 septembre, la cotation avait atteint 1,903 euro après sept mois de hausse, et elle a perdu 18,4 % depuis.
Ce que la cotation ne dit pas, c’est le coût. L’aliment, l’énergie, le bâtiment n’entrent pas dans ce prix. Un éleveur peut perdre de l’argent avec une cotation supérieure à sa moyenne annuelle.
L’objection tient debout : si le prix reste au-dessus de sa moyenne, il n’y a pas de crise de prix, seulement une crise de coûts. Je ne la crois pas fausse. Mais elle n’explique pas pourquoi 31 % des bêtes présentées restent sans acheteur une fois le prix descendu au maximum permis.
Je retiens deux choses. Le marché du porc n’est pas un marché libre : le pas de la baisse est fixé par convention, qui étale la chute au lieu de laisser le prix se former. Et la cotation n’est pas un revenu : 1,552 euro le kilo ne dit rien de ce qui reste après l’aliment.
Et vous, avez-vous vu le porc reculer dans votre magasin depuis septembre ? Dites-le en commentaire : c’est la mesure qui manque ici, et je ne l’inventerai pas.



