Le 23 octobre 2026, la Fédération du commerce et de la distribution a annoncé qu’elle ne viendrait pas au comité de préparation des négociations commerciales, convoqué le 28 octobre par les ministres du Commerce, Serge Papin, et de l’Agriculture, Annie Genevard. Deux conditions: la transparence sur la part agricole dans les conditions générales de vente, et un traitement distinct des PME. Le ministère a « pris note » et maintenu la réunion.
Le plan
- Ce que la FCD met sur la table
- Deux exigences que la loi a déjà commencé d’écrire
- Ce que le texte met, lui, dans la balance
- Ce que disent les prix
- Ce que cela change pour vous
Ce que la FCD met sur la table
« L’heure est grave », écrit la FCD, qui représente E.Leclerc, Carrefour, Intermarché et Coopérative U. Son communiqué rappelle les commerces pillés du 17 octobre, puis pose deux « préalables non négociables »: « Une PME fragilisée ne peut être traitée comme un groupe industriel mondial affichant près de 50 % de marge brute, une marge nette supérieure à 10 %. » Le même jour, l’Ania, La Coopération agricole, l’Ilec, la Fia et Culture viande dénoncent une « politique de la chaise vide ». Jean-François Loiseau, président de l’Ania: « Le cynisme des distributeurs dépasse la décence. »
Deux exigences que la loi a déjà commencé d’écrire
La différenciation est déjà dans la loi du 18 août 2026 d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Son article 54 avance la date butoir au 31 janvier 2027 pour les fournisseurs de moins de 350 millions d’euros de chiffre d’affaires mondial, et laisse le 1er mars aux autres; leurs CGV doivent partir avant fin novembre. Le dispositif est expérimental jusqu’en 2029. En juillet, la FCD saluait déjà « des avancées pour les PME », en regrettant qu’il ne soit pas permanent.
La transparence, elle, est une obligation depuis Egalim 2, durcie en août: les conditions générales de vente doivent préciser les matières premières agricoles, leur origine et leur part en valeur comme en volume, sous peine d’amende administrative. Le Sénat avait déjà relevé, en 2026, un « manque de transparence » dans la formation du prix.
Ce que le texte met, lui, dans la balance
La loi ne charge pas seulement les fournisseurs. Elle impose au distributeur de justifier par écrit tout refus des conditions générales de vente, dans un délai d’un mois, et de motiver toute demande de baisse de tarif; elle encadre les appels d’offres répétés; elle étend aux produits d’hygiène et d’entretien le droit de rompre la relation faute d’accord. La FCD parle de « contraintes à sens unique ». La campagne qui s’ouvre est la première où elles s’appliquent, et c’est là que le rapport de force se déplace.
Ce que disent les prix
Les chiffres de septembre ne confirment pas le récit d’une flambée alimentaire. Sur un an, l’indice des prix a augmenté de 3,1 %, l’énergie de 21,3 %, l’alimentation de 1,4 %, et les produits vendus en grande distribution ont reculé de 0,3 %. La bataille ne porte pas sur une hausse à répercuter: elle porte sur le partage d’une valeur qui stagne, dans un marché dominé par quatre groupes.
Ce que l’inflation a réellement fait en septembre 2026
Glissement annuel des prix sur 12 mois, en pourcentage.
Ce que cela change pour vous
Les prix de rayon se décident dans ce huis clos: les conventions signées entre le 1er décembre et le 1er mars fixent les tarifs de l’année. Cette fois, un fournisseur sous le seuil des 350 millions signe avant le 31 janvier, avant que les discussions avec les grands groupes ne saturent la fin de période. La réunion du 28 octobre devait poser le décor d’un « pacte de responsabilité » annoncé par le gouvernement. Si la FCD ne vient pas, il restera une chaise vide, un communiqué, et des négociations qui commenceront quand même.
Rien n’est joué: la FCD peut revenir, et personne ne connaît les hausses qui seront demandées. Le lien est direct avec les commerces pillés du 17 octobre, la vie chère en Martinique, le prix du lait payé aux éleveurs et les 80 produits sains à prix coûtant votés au Sénat.
Ce qu’il faut y observer: ce « Vrai ou Faux » de franceinfo, diffusé le 17 octobre 2026, confronte les affirmations sur les marges des supermarchés et des industriels aux chiffres disponibles. Il ne traite pas du boycott du 28 octobre.
Notre lecture
Une négociation commerciale n’est pas un scandale: c’est le lieu où se répartit la valeur d’un produit entre celui qui le cultive, le transforme et le vend. Le problème n’est pas qu’elle existe, mais qu’elle se tienne à huis clos, sous des règles écrites par l’État et appliquées par ceux qui les contestent. Le 23 octobre, la distribution a refusé de s’asseoir pour obtenir en partie ce que la loi lui donne déjà, et contester ce qu’elle lui impose. Le consommateur ne saura qu’en mars si cette chaise vide lui a coûté quelque chose. Opinion de la maison, pas un fait.
À retenir
- La FCD ne participera pas au comité du 28 octobre sans transparence de la part agricole ni différenciation entre PME et multinationales.
- La différenciation est déjà dans la loi du 18 août 2026: 31 janvier 2027 sous 350 millions d’euros de chiffre d’affaires mondial, 1er mars au-delà.
- En septembre, l’alimentation a augmenté de 1,4 % sur un an, les produits vendus en grande distribution ont reculé de 0,3 % et l’énergie a bondi de 21,3 %.



