Le maire de Cannes, ancien vice-président des Républicains, s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle le 31 mars 2026 sous l’étiquette de son mouvement, Nouvelle Énergie. Il porte un projet de réduction massive de la dépense publique, de « décentralisation radicale » et de fermeté régalienne, et réclame une primaire ouverte de la droite et du centre qu’il n’a pas obtenue. Portrait vérifié de sa candidature, de son parcours, de son programme, de ses chiffres et de son bilan, avec la même grille que pour les autres personnalités de la série.
Une candidature déclarée hors des partis, dans l’attente des parrainages
David Lisnard a franchi le pas le 31 mars 2026. Ce jour-là, il annonce son départ des Républicains, dont il était vice-président depuis juin 2025, et confirme dans la foulée sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 (Le Monde avec AFP, 31 mars 2026). Le député-maire de Cannes rompt ainsi avec le parti dont il dénonçait le mode de désignation du candidat, jugeant « absurde » un vote réservé aux adhérents ou à des « sympathisants » (notice Wikipédia, consultée le 9 octobre 2026).
L’intention était déjà publique depuis l’hiver. Le 20 janvier 2026, devant ses partisans réunis à la Maison de la Mutualité, à Paris, il avait lancé : « J’irai, quelles que soient les prochaines semaines », tout en présentant les grands traits de son programme budgétaire (Le Point, 21 janvier 2026).
Une candidature déclarée n’est pas une candidature officielle. Pour figurer au premier tour, il faut réunir 500 présentations d’élus, et la liste n’est arrêtée par le Conseil constitutionnel qu’à partir des signatures validées. Le 2 septembre 2026, David Lisnard a affirmé avoir « déjà recueilli les 500 promesses de parrainages nécessaires », en se disant confiant sur leur confirmation après la publication du décret de convocation (Le Parisien, 2 septembre 2026 ; 20 Minutes, 2 septembre 2026 ; RCF, 2 septembre 2026). À ce stade, ces promesses sont une déclaration du candidat, pas une validation officielle. Il exclut par avance toute « candidature de témoignage » et assure qu’il ira « au bout » (Le Moniteur de Seine-et-Marne, 1er octobre 2026).
Un libéral de terrain, maire de Cannes et patron des maires de France
Né le 2 février 1969 à Limoges, dans une famille installée à Cannes de longue date, David Lisnard est diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux. Il entre au conseil municipal de Cannes en 2001, devient conseiller général des Alpes-Maritimes en 2008, puis maire de Cannes en 2014. Il est réélu en 2020 et, le 22 mars 2026, pour un troisième mandat dès le premier tour avec 81,11 % des voix, une première pour un maire de Cannes sous la Cinquième République (notice Wikipédia, consultée le 9 octobre 2026).
Il préside depuis 2017 la communauté d’agglomération Cannes Pays de Lérins et, depuis le 17 novembre 2021, l’Association des maires de France (AMF), réélu en 2023. Il est aussi vice-président du conseil départemental des Alpes-Maritimes chargé du tourisme (notice Wikipédia, consultée le 9 octobre 2026). Il a fondé en 2014 son propre mouvement, Nouvelle Énergie, avant d’en faire, après son départ des Républicains, le support de sa candidature. Il briguera un nouveau mandat à la tête de l’AMF lors du congrès des 24 au 26 novembre 2026, face au maire de Sceaux Philippe Laurent (Le Moniteur de Seine-et-Marne, 1er octobre 2026).
Sa ligne se veut celle d’un libéral assumé et décentralisateur. Il a lancé sa campagne par un premier grand meeting à Saint-Raphaël, dans le Var, le 3 juillet 2026, à quelques kilomètres de Cannes (CNEWS, 3 juillet 2026 ; Institut Montaigne, analyse du discours, juillet 2026), puis a tenu son campus de rentrée près de Cannes fin août (Le Monde, 30 août 2026).
Remplacer l’« État-providence » par un « État-performance »
Le programme de Nouvelle Énergie se présente autour de trois principes : « un État recentré sur ses missions régaliennes de sécurité et de défense », « la libération des énergies créatrices par une profonde débureaucratisation » et « une école d’excellence » (Nouvelle Énergie, « Notre programme », consulté le 9 octobre 2026). Le candidat résume son ambition par une formule, la « révolution de la liberté », et par un renversement : substituer à l’État-providence, qu’il juge « inefficace, infantilisant et coûteux », un « État-performance » recentré sur ses fonctions premières.
Sur le plan budgétaire, il fait de la baisse de la dépense publique la clé de tout le reste. Il fixe un objectif de 200 à 300 milliards d’euros de réduction, dont 80 milliards dès la première année. Il répartit ce premier effort selon une clé explicite : 60 % iraient à la hausse du salaire net des actifs, 20 % à la baisse des impôts de production, 20 % à la modernisation de l’État (Nouvelle Énergie, dossier chiffré, mis à jour le 18 août 2026). À l’appui, il cite trois gisements : la suppression d’agences et d’opérateurs publics, la lutte contre les normes et les procédures, et la maîtrise de la dépense sociale. Devant ses partisans de la Mutualité, il a résumé sa cible sociale par une formule restée dans les comptes rendus : « L’être humain n’a pas vocation à être un mendiant de l’État » (Paris Match, reportage de meeting).
Le détail des leviers est précisé dans ses entretiens. Il propose de ne plus remplacer l’intégralité des quelque 500 000 départs annuels de la fonction publique, en commençant par les fonctions administratives. Il cible les « 1 200 agences et opérateurs » créés selon lui en vingt-cinq ans, qui auraient recruté 420 000 à 440 000 agents et dépenseraient 83 à 100 milliards d’euros, en citant nommément les directions régionales de l’environnement, les directions départementales des territoires et de la mer et les agences régionales de santé (Nouvelle Énergie, dossier chiffré, consulté le 9 octobre 2026). Sur la dépense sociale, estimée à environ 900 milliards d’euros sur 1 700 milliards de dépense publique totale, il évoque le plafonnement de certains revenus sociaux et la désindexation des retraites au-delà d’un seuil, de l’ordre de 2 000 euros mensuels. Il reconnaît que le passage de 200 à 300 milliards reste à documenter entièrement (Europe 1, entretien).
Réforme de l’État, retraites, immigration : les autres axes
Au-delà du budget, le candidat décline plusieurs réformes structurelles. Sur les institutions, il propose de « décentraliser radicalement », de remplacer les régions et les départements par des « provinces », d’aller vers un préfet « interlocuteur unique » déconcentré, de scinder Bercy en trois, de supprimer des agences comme les ARS ou les Dreal et de réduire le nombre de codes juridiques. Il propose aussi, sur le plan symbolique et administratif, la suppression du ministère de l’Environnement (particle.news, compte rendu de meeting ; 2027.help, fiche programme, consultée le 9 octobre 2026).
Sur les retraites, il défend l’introduction d’un étage de capitalisation, en maintenant un socle par répartition garanti « environ 1 200 euros par mois » (2027.help, fiche programme, consultée le 9 octobre 2026). Sur l’immigration, il souhaite rétablir le délit de séjour illégal, abrogé en 2012, réviser la Constitution pour fixer des quotas et installer hors des frontières européennes des centres de traitement des visas et de rétention. « Il est une évidence qu’on doit rétablir le délit de séjour illégal en France. Ce délit a été abrogé en 2012. C’est absurde », a-t-il déclaré sur CNews le 3 septembre 2026 (Le Figaro, 3 septembre 2026). Sur la fiscalité, il avance une baisse de l’impôt sur les sociétés à 20 %, un plafonnement de la taxation des revenus du capital à 22 % et la suppression de la valeur constitutionnelle du principe de précaution (L’Internaute, fiche candidat, 29 mai 2026).
Sur la méthode enfin, il martèle une revendication constante : une grande primaire ouverte à droite et au centre, de Gabriel Attal à Sarah Knafo selon ses propres termes, qu’il compare à une « présidentielle à trois tours ». L’objectif revendiqué est d’éviter une dispersion au premier tour qui, selon lui, ouvrirait la voie à un second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise. Cette primaire élargie n’a pas été retenue par Les Républicains (Le Moniteur de Seine-et-Marne, 1er octobre 2026).
Le bilan municipal comme argument
David Lisnard oppose volontiers à l’objection de faisabilité son bilan à Cannes. Il met en avant une dette communale réduite de 82 millions d’euros « sans transfert hors bilan », une baisse de près de 20 % des effectifs municipaux, une fiscalité locale en recul de 3,6 % en 2026 et une méthode de « budget base zéro » qu’il propose de transposer à l’État (Nouvelle Énergie, dossier bilan, mis à jour le 31 août 2026). Ces éléments sont des chiffres mis en avant par le candidat ; ils ne sont pas repris ici comme une évaluation indépendante.
Le bilan électoral de David Lisnard à Cannes
Score de la liste de David Lisnard au premier tour des élections municipales de Cannes. Lecture textuelle : 48,80 % en 2014 (élection acquise au second tour), puis 88,08 % en 2020 et 81,11 % en 2026, élu au premier tour. Source : ministère de l’Intérieur, résultats officiels des élections municipales (répertoire national des élus).
Ce bilan a une contrepartie politique : élu d’opposition à Cannes pendant treize ans avant 2014, David Lisnard revendique le contraste entre son ancrage local et les responsables qu’il appelle les « étatistes » et les « conformistes » de tous bords (Le Moniteur de Seine-et-Marne, 1er octobre 2026).
Ce que le candidat ne chiffre pas encore
Plusieurs points restent en suspens. Le programme n’a pas fait l’objet d’un chiffrage indépendant consolidé à la date de ce portrait. Les simulateurs qui chiffrent, mesure par mesure, les programmes de plusieurs candidats (Rassemblement national, La France insoumise, Parti socialiste, Écologistes, Les Républicains, Renaissance, Horizons) ne proposent pas, à ce jour, de scénario Nouvelle Énergie, faute de document budgétaire publié (France Budget, comparateur de programmes 2027, consulté le 9 octobre 2026). Le candidat lui-même dit ne revendiquer que 200 milliards chiffrés et travailler « les 100 restants » (Nouvelle Énergie, dossier chiffré, consulté le 9 octobre 2026).
Le nombre d’adhérents de Nouvelle Énergie fait l’objet d’estimations divergentes selon les sources : environ 15 000 au printemps 2026, près de 30 000 au 16 septembre 2026 selon le mouvement, 32 000 selon un autre compte rendu de terrain (Nouvelle Énergie ; Le Moniteur de Seine-et-Marne, 1er octobre 2026). Les 500 promesses de parrainages annoncées en septembre n’ont pas été rendues publiques au-delà de la déclaration du candidat. Enfin, le retrait de la vie parlementaire après 2024 prive le candidat d’un bilan de votes récents à confronter à ses promesses.
Intentions de vote : peu testé, porté par une dynamique numérique
David Lisnard est absent de la plupart des enquêtes d’intentions de vote. Là où il est testé, il se situe entre 1 % et 5 % selon les instituts, comme le relèvent plusieurs comptes rendus (Le Moniteur de Seine-et-Marne, 1er octobre 2026 ; Les Échos, portrait). Dans le scénario à dix candidats testé par Cluster17 pour Politico en septembre 2026, il obtient 5,2 % des intentions de vote exprimées après redressement, très loin de Marine Le Pen et Édouard Philippe, mais devant Nicolas Dupont-Aignan (Cluster17 pour Politico, enquête des 24 et 25 septembre 2026, notice de la Commission des sondages).
Depuis l’automne, il bénéficie en revanche d’une visibilité numérique inhabituelle pour un candidat peu mesuré : une progression forte de ses abonnés sur les réseaux sociaux et une probabilité de victoire en hausse sur la plateforme de paris Polymarket, sans que cette dynamique en ligne se traduise mécaniquement dans les intentions de vote (La Dépêche du Midi, 9 octobre 2026). Une audience numérique n’est pas un rapport de force électoral, et la conversion de l’une en l’autre reste, à ce stade, une hypothèse que le candidat lui-même présente comme un pari.
À retenir
- Candidature : intention affichée le 20 janvier 2026 à la Mutualité, déclaration officielle et départ des Républicains le 31 mars 2026, sous l’étiquette Nouvelle Énergie ; 500 promesses de parrainages annoncées le 2 septembre 2026, non encore validées.
- Programme : remplacer l’« État-providence » par un « État-performance », réduire la dépense publique de 80 milliards d’euros la première année puis de 200 à 300 milliards, décentraliser, réformer les retraites par capitalisation, rétablir le délit de séjour illégal.
- Chiffrage : aucun chiffrage indépendant consolidé publié à ce jour ; les montants proviennent de la campagne.
- Doctrine de la série : la déclaration de candidature ne vaut pas candidature officielle, et une intention de vote n’est pas un résultat.
Sources
- Le Monde avec AFP, « David Lisnard, maire de Cannes, quitte LR et se déclare candidat pour la présidentielle de 2027 », 31 mars 2026.
- Le Point, « Oui, j’irai » : David Lisnard s’engage dans la bataille de l’Élysée, 21 janvier 2026.
- Le Parisien, « le maire de Cannes assure avoir déjà recueilli les 500 promesses de parrainages », 2 septembre 2026 ; 20 Minutes et RCF, comptes rendus du même jour.
- Le Figaro, « David Lisnard veut rétablir le délit de séjour illégal en France », 3 septembre 2026.
- Le Moniteur de Seine-et-Marne (mesinfos), « David Lisnard, l’électron libre de la droite », 1er octobre 2026.
- La Dépêche du Midi, « David Lisnard est-il en train de remporter le match des réseaux sociaux ? », 9 octobre 2026.
- Nouvelle Énergie, « Notre programme », dossier sur les économies et dossier sur le bilan municipal (documents de campagne), consultés le 9 octobre 2026.
- Paris Match, reportage de meeting à la Mutualité ; Europe 1, entretien sur la baisse de la dépense publique.
- Cluster17 pour Politico, intentions de vote pour la présidentielle 2027, septembre 2026, notice de la Commission des sondages.
- Ministère de l’Intérieur, résultats officiels des élections municipales de Cannes (2014, 2020, 2026), répertoire national des élus, cités via la notice Wikipédia de David Lisnard.
- Notices encyclopédiques Wikipédia (fr), consultées le 9 octobre 2026 (biographie, parcours, mandats), à recouper avec les sources primaires.
Pour aller plus loin : les autres portraits de la série sont disponibles pour Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et Nicolas Dupont-Aignan, dans la rubrique Présidentielle. Sur les prélèvements et les niches fiscales, voir « Budget 2027 : 88 milliards de niches fiscales » ; sur la dérive du déficit, « Budget 2027 : 54 milliards pour un an » ; sur la dette et ses détenteurs, « Qui détient vraiment les titres français » ; sur la réforme de l’État et la place des maires, « Le serment citoyen » et « République française : un régime qui neutralise toute promesse ».



