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L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

Point quotidien de la présidentielle : Le Pen présente un contre-budget à 140 milliards, mobilisation lycéenne et budget à l’Assemblée

Salle parlementaire vide, dossier tricolore, pièces et calculatrice posés sur un bureau
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Marine Le Pen et le Rassemblement national ont présenté, ce mardi 6 octobre 2026, leur contre-budget pour 2027 : « 140 milliards d’euros nets d’économies » d’ici 2032, un déficit public ramené sous 3 % dès 2030 et une « règle d’or » budgétaire soumise par référendum. Le même jour, les organisations lycéennes et l’intersyndicale de l’éducation manifestaient dans toute la France, et le projet de loi de finances 2027 était déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale, où son examen commence le 13 octobre. La primaire de la gauche, elle, a clos ses inscriptions sur environ 140 000 votants.

Contre-budget du RN : 140 milliards d’euros d’économies annoncées d’ici 2032

Depuis le siège du parti, rue Cortambert à Paris, la candidate du Rassemblement national a détaillé mardi matin la « trajectoire budgétaire » qu’elle appliquerait en cas de victoire en 2027. Elle était entourée du président du RN, Jordan Bardella, et du député Jean-Philippe Tanguy, référent du parti sur les questions budgétaires. « Compte tenu de la hausse des taux et du budget indigent que proposent Sébastien Lecornu et Emmanuel Macron, je vous annonce que nous portons l’ajustement nécessaire à 140 milliards d’euros nets d’économies en 2032 par rapport à 2026 », a-t-elle déclaré.

Ce montant de 140 milliards d’euros est un chiffrage de campagne, présenté par le RN lui-même. Il n’équivaut pas à une économie constatée ni à une estimation validée par un organisme indépendant : aucune évaluation publique tierce de ce plan n’était disponible au moment de sa présentation.

Le chiffre marque une amplification par rapport aux 125 milliards d’euros d’économies annoncés fin août devant le Medef. Marine Le Pen l’explique par la hausse des taux d’intérêt et par ce qu’elle appelle le « budget indigent » du gouvernement, dévoilé la semaine précédente. Elle fixe trois horizons : le rétablissement d’un « équilibre primaire » (hors charge de la dette) en dix-huit mois, un déficit public inférieur à 3 % du produit intérieur brut en 2030, contre 5,4 % prévus pour 2026, et une dette ramenée à 112 % du PIB, soit une baisse d’environ dix points en cinq ans. Elle promet en parallèle une baisse des impôts de « 30 milliards d’euros nets » sur le quinquennat et une « règle d’or budgétaire » inscrite dans la Constitution après référendum, pour imposer chaque année une diminution de la dette. « Si les Français ne choisissent pas une rupture politique, la France court vers le défaut », a-t-elle soutenu.

Interrogé sur la crédibilité de ce programme, Jordan Bardella a répondu que le RN ne pourrait « pas voter en l’état » le budget du gouvernement, qu’il juge « inefficace et injuste ». Le taux de référence à dix ans de la dette française a reculé d’un dixième de point pendant la prise de parole de la candidate ; le RN y a vu un signal, sans qu’un lien de cause à effet soit établi.

Les postes d’économies annoncés

Le détail des économies a été présenté par Jordan Bardella : « 24 milliards d’euros de rationalisation de la dépense publique, 20 milliards d’euros sur la Sécurité sociale, 12 milliards d’euros sur les dépenses liées à l’immigration, 9 milliards sur la contribution à l’Union européenne ». Sur l’immigration, le RN chiffre sa « préférence nationale » à 15 milliards d’euros la première année, puis 24 à 29 milliards en année pleine selon les comptes rendus, ce qui représenterait, selon la candidate, environ 20 % de l’ensemble du plan.

Sur les retraites, Marine Le Pen promet « entre 15 et 20 milliards d’euros d’économies à terme » sur la Sécurité sociale, en vue de financer un retour de l’âge légal à 62 ans, voire à 60 ans, et annonce la création d’un « pilier de capitalisation » individuel et collectif. Sur la fiscalité, elle propose une baisse de la TVA sur le gaz, l’électricité, les carburants, le bois et le fioul, la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité et la suppression de « plus de 120 taxes » jugées « ridicules ou inutiles ». Le RN prévoit encore la fin des « reconductions automatiques » des dépenses d’une année sur l’autre, la réduction d’au moins 200 000 postes dans les agences et opérateurs en cinq ans, une « rationalisation du mille-feuille territorial » et un nouveau coup porté à l’aide publique au développement. La trajectoire repose sur une hypothèse de croissance de 1,8 % par an, que le gouvernement conteste.

Les réactions, du gouvernement à l’opposition

Le ministre de l’Économie Roland Lescure a vivement critiqué le programme à l’Assemblée nationale, lors des questions au gouvernement : « Avec un budget Le Pen, on rêverait en couleurs et on raserait gratis », a-t-il lancé, jugeant la prévision de croissance « bien au-dessus de ce que tous les économistes sérieux français et internationaux planifient ». Sur la « règle d’or », il a considéré qu’« il ne suffit pas d’inscrire dans la Constitution un texte pour que les économies s’en suivent ».

À gauche, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français et candidat, a dénoncé sur LCI « une purge encore plus importante que ce qu’on fait les gouvernements d’Emmanuel Macron ». Édouard Philippe a évoqué « un plan d’une désinvolture spectaculaire », quand Paul Midy, codirecteur du programme de Gabriel Attal, a fustigé une « incompétence crasse ». Jean-Luc Mélenchon a accusé Marine Le Pen de vouloir « condamner la France à faire des coupes budgétaires et de la récession pendant 120 ans » pour obtenir les faveurs des marchés. Ces jugements sont des appréciations politiques ; ils ne se substituent pas à l’évaluation chiffrée du programme.

Interrogé sur sa crédibilité après la divulgation, par Mediapart, d’écrits de jeunesse antisémites qu’il conteste avoir rédigés, Jordan Bardella a répondu : « Vous auriez adoré me voir poser le genou à terre, mais c’est très mal me connaître. » Le « ticket » Le Pen-Bardella reste à ce stade inchangé.

Budget 2027 : le texte déposé, l’examen à partir du 13 octobre

Le projet de loi de finances pour 2027 a été déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale, comme le prévoit l’article 39 de la loi organique relative aux lois de finances, au plus tard le premier mardi d’octobre. Présenté en Conseil des ministres le 1er octobre, il vise un déficit public de 5 % du PIB en 2027, après 5,4 % prévus en 2026, pour un effort total de 54 milliards d’euros. La charge des intérêts de la dette atteindrait 91,2 milliards d’euros en 2027, contre 79,2 milliards en 2026, et la dette publique avoisinerait 122 % du PIB. Le projet prévoit notamment le gel des salaires de la fonction publique et des pensions, hors retraites les plus modestes (moins de 1 260 euros), entièrement revalorisées.

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale suit le même calendrier. L’examen du budget dans l’hémicycle doit débuter le mardi 13 octobre. Sur l’aide publique au développement, le projet acte un recul de 43 % des autorisations d’engagement, à 2,47 milliards d’euros ; la ministre chargée des Partenariats internationaux, Éléonore Caroit, y voit une « réorientation stratégique », au nom de l’« effort collectif de redressement des comptes publics ».

Mobilisation lycéenne : l’acte III, cette fois avec les syndicats

Le mouvement lycéen, entamé à la mi-septembre au lycée Antoine-de-Saint-Exupéry de Créteil, a connu mardi sa journée la plus large. Les organisations lycéennes, rejointes par les étudiants, ont organisé un « acte III » avec le soutien de l’intersyndicale de l’éducation (FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, Sud, Solidaires), qui appelait à la grève. Une manifestation était prévue à 14 heures place de la République, à Paris, où 20 000 à 40 000 personnes étaient attendues, ainsi qu’à Lyon, Lille, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Rennes et Strasbourg. Les organisateurs ont revendiqué environ 450 000 manifestants en France ; à Lyon, la préfecture et les syndicats ont compté 20 000 à 25 000 personnes.

Les chiffres des établissements perturbés divergent selon les sources : le ministère de l’Éducation nationale a fait état d’environ 900 lycées touchés dans sa mise à jour de mi-journée, tandis que l’Union syndicale lycéenne en recensait jusqu’à 1 800 à 11 heures, et une trentaine de sites universitaires perturbés. Devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a déclaré que « l’extrême violence a frappé à la porte de ces lycées », évoquant un bilan de 215 élèves et 85 personnels de l’éducation blessés depuis le début du mouvement, ainsi que 715 policiers et gendarmes blessés. Un adolescent de 15 ans a été grièvement blessé à la main à Lens en marge d’un blocage. Le gouvernement a annoncé la suspension des emplois du temps du secondaire à partir du 7 octobre, le temps d’une « démocratie interne » dans chaque établissement. Plusieurs organisations et élus de gauche ont appelé à soutenir les lycéens ; le Parti socialiste a relayé cet appel pour la journée de mardi. Le gouvernement impute une partie de l’organisation des blocages à La France insoumise et à des militants d’ultra-gauche ; cette imputation est une appréciation politique, contestée par les intéressés, et non un fait établi.

Primaire de la gauche : 140 000 inscrits avant le premier tour

Les inscriptions à la primaire de la gauche sociale-démocrate ont pris fin lundi 5 octobre. Environ 140 000 personnes se sont inscrites, un chiffre très au-dessus des prévisions des organisateurs, qui n’osaient pas espérer 100 000 votants, rapporte L’Humanité. Le premier tour se tient vendredi 9 et samedi 10 octobre, le second les 16 et 17 octobre, si aucun candidat n’atteint la majorité absolue. Cinq candidats sont en lice : Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel. Ce vivier reste loin des 2,6 millions d’électeurs de la primaire socialiste de 2011, un écart de contexte plus qu’un pronostic sur la participation.

Ce que le calendrier impose désormais

  • 6 octobre : présentation du contre-budget du Rassemblement national ; journée de mobilisation lycéenne et grève de l’intersyndicale de l’éducation ; dépôt du projet de loi de finances 2027 et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale.
  • 7 octobre : suspension des emplois du temps du secondaire, annoncée par le gouvernement.
  • 9 et 10 octobre : premier tour de la primaire de la gauche ; 16 et 17 octobre : second tour.
  • 10 octobre : meeting de Gabriel Attal à Lyon.
  • 13 octobre : début de l’examen du budget 2027 dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.
  • 25 octobre : congrès du Rassemblement national à Orléans.
  • 18 avril et 2 mai 2027 : premier et second tours de l’élection présidentielle.

Pour situer ce contre-budget, voir le portrait-bilan de Marine Le Pen et notre relecture de l’avis du Haut Conseil des finances publiques sur le budget 2027, ainsi que notre point sur la dette française et ses créanciers. Sur la journée lycéenne, voir ce que la circulaire du 26 septembre organise et 400 établissements fermés. Sur la campagne, les points quotidiens des 5 et 3 octobre, et le point du 2 octobre sur la primaire. L’ensemble du dossier est réuni dans la rubrique Présidentielle.

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