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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Blocus des lycées : 400 établissements fermés, une mesure du budget 2027 retirée

Blocus des lycées : 400 établissements fermés, une mesure du budget 2027 retirée
Blocus des lycées : 400 établissements fermés, une mesure du budget 2027 retirée

Le mouvement de blocage des lycées a changé de nature, jeudi 1er octobre : 1 949 personnes ont été interpellées en une seule journée, selon le ministère de l’Intérieur, et plus de 400 établissements restaient fermés le vendredi, avec des arrêtés préfectoraux interdisant de manifester à leurs abords dans tous les départements. Le même gouvernement, qui présentait le matin son budget 2027, a retiré le soir la mesure rendant payantes les inscriptions en BTS et en classes préparatoires pour les étudiants non boursiers. Deux réponses en vingt-quatre heures : l’ordre d’un côté, une concession budgétaire de l’autre.

Une journée de bascule

Engagé la semaine précédente en région parisienne, le mouvement s’est étendu à tout le territoire et s’est durci. Jeudi, les services de l’État ont dénombré 900 actions devant des lycées, tous les départements étant désormais concernés, selon une source sécuritaire citée par l’AFP. La place Beauvau a compté 1 027 établissements touchés sur environ 3 700 lycées, dont 222 bloqués. Le nombre d’interpellations a plus que triplé en vingt-quatre heures : 625 mercredi, 1 949 jeudi, essentiellement pour atteinte à des personnes dépositaires de l’autorité publique, violences et attroupements. Les blessés chez les forces de l’ordre sont passés de 83 à 305 en une journée, un rythme que le ministère de l’Intérieur a lui-même qualifié d’aggravation.

Les dégradations ont été constatées dans une douzaine de grandes villes, dont Nice, Dijon, Besançon, Valence, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Rennes, Saint-Étienne, Orléans, Strasbourg et Rouen. À Nantes, le hall du lycée Nelson-Mandela a été incendié ; à Bordeaux, la façade de la mairie a été visée ; à Manosque, le maire a décrit une attaque de l’hôtel de ville par des jets de pétards et de mortiers. Des transports ont été brièvement interrompus à Nice, Marseille, La Rochelle et Orléans. Du côté de l’Éducation nationale, le ministre Édouard Geffray a fait état de 235 blessés depuis le début du mouvement, dont 65 personnels, parmi lesquels 40 proviseurs, et 170 élèves. Le mouvement a aussi gagné l’université : une trentaine de campus ont été bloqués jeudi, plus de 25 l’étaient encore vendredi matin selon un décompte de l’Union étudiante.

Fermer, interdire : la réponse administrative

Pour la journée de vendredi, plus de 400 lycées sont restés fermés et les cours s’y sont tenus à distance. Surtout, les préfets de tous les départements ont pris des arrêtés interdisant les rassemblements aux abords de ces établissements, a indiqué le ministère de l’Intérieur à l’AFP : une mobilisation du pouvoir de police administrative à l’échelle nationale, sur un motif d’ordre public scolaire. Le ministère a demandé aux préfets de mobiliser les unités de forces mobiles et de recourir à « l’ensemble des outils de police administrative » pour prévenir les troubles, et les protocoles de coordination opérationnelle renforcée entre police et gendarmerie, dits CORAT, ont été activés dans 48 départements. En Occitanie, le préfet a pris des arrêtés interdisant le transport et la détention de carburant ; les forces de l’ordre y ont saisi une batte de baseball, des feux d’artifice et des éléments servant à fabriquer des cocktails Molotov.

Le cadrage politique est venu de Matignon. À l’issue d’une cellule interministérielle de crise, les services du Premier ministre ont estimé que le mouvement avait basculé vers des « violences urbaines » et affirmé un « constat partagé par les services de renseignement sur l’origine du mouvement » : une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l’ultra gauche », selon l’AFP. Aucun élu n’est nommé dans le communiqué du ministère de l’Intérieur. Cette mise en cause est une appréciation politique du gouvernement, fondée sur des notes de renseignement non publiées ; elle ne constitue pas un fait établi, et des députés de La France insoumise ont, de leur côté, apporté leur soutien au mouvement.

Deux mille gardes à vue, des parents mis en cause

« Depuis le début du mouvement, environ 2 000 personnes ont été placées en garde à vue, dont 90 % de mineurs », a déclaré le garde des Sceaux Gérald Darmanin sur RTL. Le ministre de la Justice a indiqué avoir demandé aux procureurs de tenir les parents responsables des dégâts causés par leurs enfants et de les faire « payer les réparations ». Il a réuni dès jeudi 17 h 30, en visioconférence, les 36 procureurs généraux pour arrêter la réponse pénale. À Belfort, deux jeunes hommes tout juste majeurs ont été condamnés jeudi pour avoir lancé des projectiles sur les forces de l’ordre en marge des manifestations, selon l’AFP. Pour les incendies volontaires de bâtiments publics, les auteurs encourent jusqu’à dix ans de prison, et de trois à sept ans en cas de violences sur des personnes dépositaires de l’autorité publique, rappelle franceinfo. La fonction de ces rappels est double : sanctionner des faits, et peser sur la suite du mouvement.

La seule concession : les frais de BTS et de prépa

Le projet de loi de finances pour 2027, présenté jeudi matin en Conseil des ministres, prévoyait de faire payer des droits annuels aux étudiants non boursiers : 178 euros en BTS et 270 euros en classes préparatoires aux grandes écoles, les boursiers, pupilles de la Nation et réfugiés restant exemptés. L’exécutif justifiait cette nouveauté par la « singularité » d’une gratuité sans condition de ressources. Dénoncée comme une « provocation » par la gauche et la CGT, la mesure a été retirée le soir même : sur France 2, Édouard Geffray a annoncé que « le gouvernement prendra l’initiative de la retirer », « après des discussions avec les syndicats et le Premier ministre », en rappelant que le Parlement décide normalement en la matière. Selon Le Monde, la mesure avait été poussée par Matignon sans obtenir le soutien du ministre de l’Éducation nationale ni de celui de l’Enseignement supérieur.

Reste l’essentiel. Les revendications portées par les lycéens et l’Union syndicale lycéenne ne se limitent pas à ce dispositif : recrutement de professeurs, remplacement des absents, réduction du nombre d’élèves par classe, rénovation de bâtiments décrits comme vétustes, allègement des emplois du temps et pression de Parcoursup. Ces points, eux, ne se retirent pas d’un projet de loi en une soirée. Le ministre de l’Éducation a reçu vendredi les syndicats enseignants, puis les organisations lycéennes et les associations de parents d’élèves. « On paye une colère liée au désengagement de l’État pour la jeunesse », a résumé la secrétaire générale du Syndicat des enseignants-Unsa, Élisabeth Allain-Moreno, qui appelle à ce que la fermeture des lycées reste « temporaire » et juge que « la mobilisation ne va pas se calmer » si les élèves ne se sentent pas écoutés.

À retenir

  • Jeudi 1er octobre, 1 949 personnes ont été interpellées en France en marge du blocage des lycées, plus de trois fois plus que la veille, et 305 policiers et gendarmes ont été blessés, contre 83 mercredi, selon le ministère de l’Intérieur.
  • Plus de 400 lycées sont restés fermés vendredi, avec cours à distance, et les préfets de tous les départements ont pris des arrêtés interdisant les rassemblements à leurs abords.
  • Depuis le début du mouvement, l’Éducation nationale compte 235 blessés, dont 65 personnels (40 proviseurs) et 170 élèves ; environ 2 000 personnes ont été placées en garde à vue, à 90 % des mineurs selon le garde des Sceaux.
  • Le gouvernement a retiré la mesure du budget 2027 qui rendait payantes les inscriptions en BTS (178 euros) et en classes préparatoires (270 euros) pour les étudiants non boursiers, annoncée le matin même.
  • Les autres revendications (postes, effectifs par classe, bâtiments, Parcoursup) portent sur des dépenses et des réformes qui ne se retirent pas par une décision du soir.

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Question aux lecteurs

Face au blocage des lycées, l’État a fermé plus de 400 établissements, fait interdire les rassemblements à leurs abords par les préfets et retiré une mesure du budget 2027. Selon vous, quelle devrait être la priorité ?

Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non l’opinion de la population française.

Pour aller plus loin

Méthode : faits établis à partir de trois origines éditoriales distinctes au minimum (groupe TF1/Bouygues, franceinfo et ICI pour l’audiovisuel public, groupe Ouest-France, groupe Le Monde, dépêches AFP reprises par plusieurs titres), complétés par les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur et le ministère de l’Éducation nationale. Réserves : la date exacte du début du mouvement est donnée comme « la semaine dernière » par la plupart des sources, une agence évoquant le 24 septembre ; les arrêtés préfectoraux ne sont pas consultés dans leur texte intégral ; la mise en cause de LFI repose sur une appréciation de Matignon, sans pièce publiée ; le bilan des interpellations et des blessés reste provisoire et évolue d’heure en heure.

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