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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Le service d’ordre du RN a sorti Mediapart de son congrès, sous les cris de la salle

Intérieur d'une grande salle de congrès : au premier plan, deux agents de sécurité en costume sombre et brassard rouge poussent un photographe vers une porte lumineuse, un trépied renversé au sol ; derrière une barrière métallique, des journalistes et des caméras sous une lumière blanche froide ; au fond, un écran géant porte les portraits de Jordan Bardella et de Marine Le Pen, devant des milliers de militants debout agitant des drapeaux tricolores.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Samedi 24 octobre, au Zénith d’Orléans, le service d’ordre du Rassemblement national a sorti de la salle les journalistes de Mediapart. Des militants scandent « Mediapart dehors » dans les gradins, des agents poussent les journalistes vers la porte, puis le parti les laisse rentrer et présente des excuses. Quelques minutes avant l’ouverture. La scène dit plus long que les 98,98 % obtenus par Jordan Bardella l’après-midi.

  1. Ce qui s’est passé dans la salle
  2. Pourquoi Mediapart était visé
  3. Un service d’ordre qui a un passé documenté
  4. Ce que cela annonce

Ce qui s’est passé dans la salle

Le Zénith compte 5 000 places, rempli aux trois quarts selon Ouest-France, quand franceinfo annonce « près de 5 000 adhérents et cadres ». Je retiens plusieurs milliers de personnes dans une salle fermée. Ce congrès était sous cloche, avec un couvre-feu pour les moins de 15 ans et 3 000 membres des forces de l’ordre, selon RFI.

Une équipe vidéo de Mediapart est d’abord prise à partie par des militants, puis huée par la salle. Le Département protection sécurité (DPS), service d’ordre interne du parti, décide de sortir les journalistes. Sur les vidéos, dont celles de l’AFP, on entend Youmni Kezzouf dire : « Vous n’empêchez pas les gens de filmer », puis « Vous ne sortez pas la presse. Vous nous laissez travailler », avant d’être emmené. Alexandre Berteau est plaqué au mur. Victor Chabert, directeur du service de presse du RN, intervient pour faire arrêter le service d’ordre, selon Le Parisien.

Le parti justifie l’expulsion par la « peur d’un mouvement de foule », selon une journaliste de TF1 présente. C’est une explication sur la foule, pas sur le fond. Les journalistes rentrent ensuite, et Edwy Plenel écrit sur X que des excuses leur ont été présentées : « Mais cette brutalité du service d’ordre du RN et les cris Mediapart dehors disent ce qu’est l’extrême droite. » À l’entrée, une journaliste de L’Express rapporte des palpations inhabituelles ; Ouest-France parle de « palpations à hauteur de poitrine » et de vérifications du port du soutien-gorge selon certaines journalistes. Ce sont des accusations, pas un constat judiciaire, et je n’ai trouvé aucune réponse du RN sur ce point : une pièce manquante.

Cinq semaines, du scoop à l’expulsion 28 septembre 2026 : Mediapart publie des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, qui conteste et porte plainte. 28 sept. RévélationsMediapart publie 29 septembre 2026 : Marine Le Pen demande à Mediapart d’enfiler un « costard en kevlar ». 29 sept. Menace verbale« costard en kevlar » 24 octobre 2026 : la salle scande « Mediapart dehors », le DPS sort les journalistes, puis les réintègre. 24 oct. ExpulsionDPS, puis réintégration 25 octobre 2026 : premier grand meeting de campagne de Marine Le Pen. 25 oct. Meetingcampagne présidentielle Les chiffres du 24 octobre Congrès : 3 750 à 5 000 personnes selon les comptages. 3 750 à 5 000 au congrès Manifestants : 13 000 selon la préfecture. 13 000 manifestants (préfecture) Manifestants : 26 000 selon les organisateurs. Sources : franceinfo, Ouest-France, préfecture et organisateurs. Survoler les barres pour le détail.
Le conflit ne commence pas au Zénith : il commence par une publication, puis par une formule.

Pourquoi Mediapart était visé

Le 28 septembre, Mediapart publie une enquête sur des écrits antisémites de jeunesse attribués à Jordan Bardella. Le président du RN conteste en être l’auteur et dépose plainte pour diffamation. Le 29 septembre, en conférence de presse à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen déclare : « C’est à Mediapart qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en kevlar parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent », selon Le HuffPost. Le kevlar est la matière des gilets pare-balles. La députée écologiste Léa Balage El Mariky annonce saisir le procureur au titre de l’article 40 du code de procédure pénale.

Le rapprochement n’est pas une preuve : une phrase n’ordonne pas une expulsion. Mais la chronologie est datée. Un média publie, le parti conteste en justice, sa dirigeante évoque un gilet pare-balles, cinq semaines plus tard le service d’ordre sort ce média d’une salle. Le même jour, il était réélu à 98,98 %, quand 410 000 à 800 000 personnes manifestaient dans le pays.

Un service d’ordre qui a un passé documenté

Le DPS n’est pas une équipe recrutée pour un week-end. Il a été créé en 1985 pour sécuriser les réunions du Front national. En décembre 1998, l’Assemblée nationale a créé une commission d’enquête sur « les agissements, l’organisation, le fonctionnement, les objectifs » de ce « groupement de fait ». Le rapport n° 1622, enregistré le 26 mai 1999, ouvre sur les « agressions, violences, menaces et intimidations », la « détention d’armes », la « confusion avec les forces de l’ordre » et l’« usurpation de fonction ». Faits de la fin des années 1990, pas de 2026. Ils établissent une chose : l’ordre organisé par ce parti dans ses rassemblements a déjà mobilisé une commission d’enquête.

Un service d’ordre de parti n’a pas les pouvoirs de la police. Il agit dans un lieu privé, loué pour un événement privé, sans qualité d’officier de police judiciaire et sans droit de retenir quelqu’un. Personne ne conteste au RN le droit de choisir qui entre chez lui. Le sujet n’est donc pas la légalité de l’expulsion. Le sujet est le réflexe.

Ce que cela annonce

Marine Le Pen tient dimanche son premier grand meeting de campagne, avec le double de militants attendus. Le programme présidentiel de 2022, toujours en ligne sur le site du mouvement, contient une mesure précise : « privatiser l’audiovisuel public pour supprimer les 138 € de redevance ». Je n’ai pas trouvé de texte de 2027 qui remplace cette mesure. Elle reste la dernière position écrite et publique du parti sur l’audiovisuel public, et elle concerne France Télévisions, Radio France et les journalistes qui y travaillent.

La scène dépasse donc l’histoire d’un service d’ordre zélé. Un parti qui sort un média d’une salle parce qu’elle le hue ne viole sans doute aucune loi. Il montre comment il traite la presse qui déplaît : on conteste, on intimide, on évacue. Le jour où il contrôlerait l’ordre public et l’audiovisuel public, la même logique n’aurait plus besoin d’un service d’ordre privé.

Opinion de la maison, pas un fait : je ne crois pas que la démocratie française soit menacée par cinq minutes de bousculade dans un Zénith. Je crois qu’un parti se juge à ce qu’il fait quand il est contrarié, et que ce qu’il fait dans une salle, il le refera dans un pays. Les 98,98 % du congrès, les excuses du lendemain et les cris de la salle racontent la même chose : une organisation qui veut le pouvoir et qui supporte mal qu’on l’observe.

À retenir

  • Le 24 octobre, le DPS a sorti les journalistes de Mediapart du Zénith, avant de les réintégrer et de leur présenter des excuses.
  • Le parti invoque la « peur d’un mouvement de foule » ; la salle scandait « Mediapart dehors ».
  • Mediapart a publié le 28 septembre des écrits antisémites attribués à Bardella, qui conteste et a porté plainte.
  • Le programme de 2022 du RN prévoit de privatiser l’audiovisuel public et de supprimer la redevance de 138 €.
Cadrage : cette séquence de LCP replace la journée du 24 octobre dans la bataille politique. L’expulsion de Mediapart n’y est pas le sujet central ; elle est le point de départ de cet article.

À ma connaissance, aucune mesure contre le service d’ordre n’a été annoncée depuis samedi. Si les mêmes faits se reproduisent dimanche, la réponse sera sans doute la même : quelques excuses, et un rapport de force inchangé.

Et vous ? Si un parti sortait de force un journaliste d’une salle où vous étiez, cela changerait-il votre vote, ou cela vous paraîtrait-il secondaire face au programme ?

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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