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De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

Nathalie Arthaud, candidate de Lutte ouvrière, fait des luttes collectives le socle de sa quatrième campagne

Femme en buste portant des lunettes, cheveux courts gris, sur fond neutre flou.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Porte-parole de Lutte ouvrière depuis 2008, Nathalie Arthaud a annoncé le 8 décembre 2025 sa quatrième candidature à l’élection présidentielle, après un vote du congrès de son organisation. Elle place l’interdiction des licenciements, l’indexation des salaires sur les prix et l’expropriation des banques au cœur d’un programme qu’elle présente comme un « plan de combat » plutôt que comme un programme de gouvernement. Ce portrait dresse l’état vérifié de sa candidature, de son parcours, de ses propositions et de leur chiffrage, avec la même grille que pour les autres personnalités de la série.

Une quatrième candidature, à l’écart de l’union de la gauche

À l’issue du congrès de Lutte ouvrière (LO) tenu le week-end du 6 et 7 décembre 2025, Nathalie Arthaud a annoncé sa candidature lors d’une conférence de presse à Paris, le lundi 8 décembre : « Lutte ouvrière sera présente à la présidentielle 2027. Lors de notre congrès, nous avons voté que je serai candidate pour Lutte ouvrière lors de cette présidentielle » (franceinfo avec l’AFP, 8 décembre 2025 ; ICI, 8 décembre 2025). Elle a justifié sa démarche par une formule répétée devant la presse : « Nous sommes les seuls à porter la voix du monde du travail ». Il s’agit de sa quatrième candidature, après celles de 2012, 2017 et 2022.

Cette investiture est celle d’une organisation, et non une validation officielle. Comme pour les autres prétendants, la candidature ne sera acquise au sens du Conseil constitutionnel que lorsque les 500 parrainages d’élus auront été réunis et la liste officielle arrêtée, en 2027. C’est le principal obstacle reconnu par la candidate : « C’est toujours un combat, car nous n’avons pas de maires Lutte ouvrière, de députés ou de conseillers régionaux. On a des élus conseillers municipaux, mais qui ne peuvent pas apporter leur parrainage », explique-t-elle dans un entretien à Lyon Bondy Blog publié le 10 juin 2026 (Lyon Bondy Blog, 3 juin 2026, repris par le portail de Lutte ouvrière). France 24, dans un panorama de la gauche publié le 25 août 2026, juge que « comme lors des campagnes précédentes, obtenir les 500 parrainages demandera des efforts, mais cet obstacle devrait être franchi » (France 24, 25 août 2026). LO avait franchi ce seuil en février 2022, et Nathalie Arthaud avait été, en 2012, la première candidate à déposer ses signatures au Conseil constitutionnel, avec 521 parrainages.

La campagne de terrain a été lancée à l’automne. Elle a tenu son premier meeting à la Mutualité, à Paris, le samedi 26 septembre 2026 au soir, devant environ un millier de militants, avant la fête lyonnaise de LO le dimanche 27 septembre à Saint-Fons (Sud Ouest avec l’AFP, 27 septembre 2026 ; Le Progrès, 27 septembre 2026). La réunion s’est ouverte, selon Sud Ouest, par cette formule d’une responsable de LO : « Ce meeting est placé sous l’égide de Léon. Mais pas du pape Léon XIV, de Léon Trotski », en écho à la visite du pape en France. La candidate a déjà annoncé deux prochains rendez-vous : le 30 janvier 2027 à Vénissieux, puis un meeting au Zénith de Paris le 4 avril 2027.

D’Arlette Laguiller à Pantin : un parcours militant

Née le 23 février 1970 à Peyrins, dans la Drôme, d’un père garagiste et d’une mère qui aidait à la comptabilité, Nathalie Arthaud a 56 ans. Elle a suivi un cursus sport-études en volley-ball à Lyon, puis une classe préparatoire au lycée du Parc, avant de réussir les concours de l’enseignement et d’obtenir l’agrégation d’économie et de gestion. Elle enseigne d’abord au lycée Albert-Camus de Rillieux-la-Pape, près de Lyon, puis, à partir de 2011, au lycée Le Corbusier d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis (ICI, 8 décembre 2025 ; notice biographique Wikipédia, consultée le 6 octobre 2026, à recouper avec les sources primaires pour tout usage ultérieur).

Son engagement commence en 1988, à 18 ans, par une adhésion à Lutte ouvrière, après un passage d’un an à la Jeunesse communiste. Élue conseillère municipale de Vaulx-en-Velin, dans le Rhône, en 2008, elle devient porte-parole de LO le 8 décembre 2008, succédant à Arlette Laguiller dont elle était la porte-parole de campagne lors de la présidentielle de 2007. Elle s’implante ensuite en Seine-Saint-Denis. Elle a conduit la liste de LO aux élections européennes de 2024 et s’est présentée aux élections législatives anticipées de la même année dans la 6e circonscription de ce département.

Aux élections municipales de mars 2026, Lutte ouvrière a présenté 266 listes dans 243 communes, ainsi que 23 listes d’arrondissement à Paris, Lyon et Marseille (portail de Lutte ouvrière, 18 mars 2026). Nathalie Arthaud conduisait elle-même la liste « Lutte ouvrière, le camp des travailleurs » à Pantin. Elle a recueilli 482 voix, soit 3,19 % des suffrages exprimés, et aucun siège, la liste n’ayant pas atteint le seuil de maintien (ministère de l’Intérieur, résultats officiels des municipales 2026 à Pantin). La candidate a continué d’enseigner pendant ses campagnes précédentes, ce qui fait d’elle, selon ses propres termes, une candidate qui n’a pas quitté le salariat.

Trois présidentielles, un score stable sous 0,7 %

Ses trois candidatures présidentielles dessinent une courbe remarquablement stable, autour de 200 000 voix. En 2012, elle a obtenu 0,56 % des suffrages exprimés (202 548 voix, 9e) ; en 2017, 0,64 % (232 384 voix, 10e) ; en 2022, 0,56 % (197 094 voix, 12e, dernière des douze candidats) (ministère de l’Intérieur, résultats officiels du premier tour 2022 ; archives officielles des scrutins de 2012 et 2017). Comme en 2012, elle n’a donné aucune consigne de vote pour le second tour et a indiqué voter blanc à titre personnel.

Nathalie Arthaud au premier tour de la présidentielle (suffrages exprimés)

2012

0,56 %
2017

0,64 %
2022

0,56 %

Lecture : 0,56 % en 2012 (202 548 voix), 0,64 % en 2017 (232 384 voix) et 0,56 % en 2022 (197 094 voix), soit un socle électoral stable autour de 200 000 voix. Les barres sont mises à l’échelle sur le maximum de la série (0,64 %). Source : ministère de l’Intérieur, résultats officiels du premier tour de l’élection présidentielle ; Conseil constitutionnel.

Interdire les licenciements, indexer les salaires : le contenu du projet

Lutte ouvrière revendique une « candidature communiste, révolutionnaire et internationaliste » et « l’idée d’un renversement révolutionnaire de la société capitaliste par le prolétariat » (franceinfo avec l’AFP, 8 décembre 2025). Sa porte-parole l’a résumé à la Mutualité : « Notre programme n’est pas un programme électoral, c’est un plan de combat » (Sud Ouest avec l’AFP, 27 septembre 2026).

Le volet social repose sur quatre revendications principales. La première est l’augmentation massive des salaires, allocations et pensions, avec leur indexation sur la hausse des prix réellement constatée plutôt que sur l’inflation officielle, et la demande d’un salaire minimum à 2 200 euros net par mois. La deuxième est l’interdiction des licenciements, assortie de la « répartition du travail entre tous sans perte de salaire » et d’une baisse du temps de travail. La troisième est l’expropriation des banques et du secteur financier. La quatrième concerne la défense : la candidate dénonce « le retour du service militaire, tout comme l’augmentation du budget de l’armée » (franceinfo avec l’AFP ; document de campagne de LO, brochure de l’été 2026). Dans cette brochure, LO soutient que plusieurs grands groupes « suppriment des emplois par milliers » et citent Michelin, Stellantis, Vencorex, Brandt, ArcelorMittal, Société générale ou Sanofi.

Cette ligne se veut distincte de celle de La France insoumise, que la candidate juge réformiste. « Nous voulons renverser le capitalisme et non pas le contrôler », affirme-t-elle, en ajoutant que « le véritable pouvoir n’est pas à l’Élysée » et que « les vrais maîtres de la société sont ceux qui tiennent les cordons de la bourse » (Lyon Bondy Blog, 3 juin 2026 ; Sud Ouest, 27 septembre 2026). Devant ses militants, elle a directement pris à partie Jean-Luc Mélenchon, jugeant qu’« il ne fait pas raisonner en lutte électorale mais en lutte de classes » et que, « sur le terrain » du « cocorico » nationaliste, « il va même dans le sens de Marine Le Pen et de l’extrême droite » (Le Progrès, 27 septembre 2026). Lutte ouvrière revendique 8 000 adhérents (franceinfo avec l’AFP).

La dette et le chiffrage : ce que Lutte ouvrière avance

À la différence des programmes chiffrés d’autres candidats, Lutte ouvrière ne publie pas de coût consolidé de ses mesures, et aucune estimation indépendante de son programme 2027 n’est disponible. Son document de campagne avance en revanche un diagnostic sur la dette publique, présenté comme un transfert vers les créanciers : « la dette de l’État ne cesse d’augmenter. En dix ans, sous les quinquennats de Macron, elle est passée de 2 000 à 3 500 milliards d’euros », peut-on lire dans la brochure de l’été 2026, qui ajoute qu’« en 2026, l’État français devra verser 74 milliards aux banques pour payer les intérêts » et que ce poste serait passé devant celui de l’Éducation nationale. Ces montants sont des chiffres de campagne, attribués à Lutte ouvrière ; ils ne sont pas repris ici comme des données budgétaires vérifiées, la charge de la dette et son périmètre comptable étant définis avec précision dans les documents budgétaires de l’État (voir, sur ce site, notre dossier sur la charge de la dette au budget 2027).

La revendication d’un salaire minimum à 2 200 euros net, comme celle de l’interdiction générale des licenciements, n’est assortie d’aucun financement ni d’aucune évaluation d’impact publiés par la formation. Elle relève d’un objectif politique, à distinguer d’une mesure chiffrée. La candidate assume cette différence de registre : son programme, dit-elle, vise à « conforter les travailleurs qui veulent s’organiser », et non à être appliqué à travers le seul mécanisme électoral (revue Lutte de Classe, avril 2026).

Un vote de témoignage, autour de 0,5 %

Dans les intentions de vote, Nathalie Arthaud est créditée d’environ 0,5 % au premier tour. L’institut Cluster17, dans une enquête menée les 15 et 16 septembre 2026 auprès de 1 943 personnes, la mesure à 0,5 %. En 2022, Ifop la créditait également de 0,5 %. Ces niveaux correspondent à son socle électoral observé : jamais plus de 0,64 % des suffrages exprimés lors de ses trois candidatures présidentielles. L’AFP, à l’annonce de la candidature, soulignait que la formation trotskiste espérait, comme par le passé, réunir de justesse les 500 parrainages pour se présenter (France 24, 25 août 2026).

Note de méthode : les résultats électoraux cités proviennent des résultats officiels du premier tour publiés par le ministère de l’Intérieur et validés par le Conseil constitutionnel ; les intentions de vote sont attribuées à leurs producteurs et présentées comme des rapports de force datés, sans valeur prédictive. Les montants et les objectifs du programme sont des revendications de campagne, à distinguer des données observées.

À retenir

  • Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière depuis 2008, a annoncé le 8 décembre 2025 sa quatrième candidature à la présidentielle, après un vote du congrès de son organisation.
  • Née le 23 février 1970 à Peyrins (Drôme), agrégée d’économie et gestion et enseignante à Aubervilliers, elle a adhéré à LO en 1988 et a succédé à Arlette Laguiller comme porte-parole en 2008.
  • Elle a obtenu 0,56 % en 2012, 0,64 % en 2017 et 0,56 % en 2022, terminant dernière du premier tour en 2022, pour un socle stable d’environ 200 000 voix.
  • Elle porte un « plan de combat » : interdiction des licenciements, répartition du travail, indexation des salaires sur les prix, salaire minimum à 2 200 euros net et expropriation des banques, sans chiffrage indépendant publié.
  • La réunion des 500 parrainages reste l’obstacle à franchir pour figurer au premier tour, sa formation n’ayant ni maire, ni député, ni conseiller régional.

Sources

Pour aller plus loin : les autres portraits de la série sont disponibles pour Marine Le Pen, Éric Zemmour, Fabien Roussel et Nicolas Dupont-Aignan, dans la rubrique Présidentielle. Sur les salaires publics et le Smic, voir « Masse salariale publique : 362 milliards et point d’indice » et « Fonction publique : ces traitements passés sous le Smic ». Sur les finances publiques et la dette, voir « Budget 2027 : la charge de la dette » et « Budget 2027 : 88 milliards de niches fiscales ». Sur la participation citoyenne, voir « Le serment citoyen ».

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