Secrétaire national du Parti communiste français depuis 2018 et maire de Saint-Amand-les-Eaux, Fabien Roussel a officialisé le 6 septembre 2026, sur TF1, sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, validée par 72 % des adhérents de son parti. Déjà candidat en 2022, où il avait recueilli 2,28 % des voix, il refuse de s’effacer derrière la primaire socialiste et porte un programme de rupture : nationalisations, retraite à 60 ans et plan d’investissement de 500 milliards d’euros. Ce portrait dresse l’état vérifié de sa candidature, de son parcours et de son chiffrage, avec la même grille que pour les autres personnalités de la série.
Une candidature communiste assumée, à l’écart de l’union de la gauche
Invité du journal de 20 heures de TF1 le dimanche 6 septembre 2026, Fabien Roussel a répondu à Anne-Claire Coudray : « Oui, je suis candidat à l’élection présidentielle ». Il a présenté cette décision comme « un choix largement réfléchi mais aussi largement soutenu, à 72 % dans mon parti », et a annoncé vouloir porter « un projet de rupture pour notre pays » (TF1 Info, 6 septembre 2026 ; Le Monde, 6 septembre 2026). L’affiche dévoilée le même soir porte un mot d’ordre : « Vivre ! Ensemble, mieux, heureux en paix » (LCP Assemblée nationale, 6 septembre 2026).
Cette officialisation clôt un processus interne entamé au printemps. Les adhérents du PCF, appelés à voter du 3 au 6 septembre, ont approuvé la candidature par 17 267 voix pour (72,06 %), 5 271 contre (22,00 %) et 1 424 abstentions (5,94 %). La participation atteint 24 112 votants sur 37 620 inscrits, soit 64,09 % (PCF, communiqué du 6 septembre 2026). Le mois précédent, au 40e congrès réuni à Lille du 3 au 5 juillet, Fabien Roussel avait été reconduit comme secrétaire national avec 70,1 % des voix, la liste qu’il conduisait pour le conseil national obtenant ce score, tandis que son texte d’orientation n’était approuvé que par 61,4 % des votants, contre 81,9 % au congrès de 2023 (Europe 1 avec l’AFP, 5 juillet 2026 ; Le Parisien, 5 juillet 2026).
Son premier meeting de campagne s’est tenu le samedi 12 septembre sur la grande scène de la Fête de l’Humanité, en Essonne, avec un objectif explicite : démontrer que sa candidature n’est pas un simple témoignage, alors que les prétendants à gauche se multiplient (Le Monde, 12 septembre 2026). Le candidat communiste refuse en effet de s’inscrire dans la primaire socialiste, qui doit désigner en octobre le représentant de l’espace social-démocrate, et assume une ligne d’autonomie vis-à-vis de La France insoumise. « Je ne souhaite en prendre à personne à gauche », a-t-il déclaré, en soutenant que la difficulté de la gauche n’est pas d’avoir « plusieurs candidats, mais qu’elle n’est pas majoritaire » (LCP, 6 septembre 2026).
Cette autonomie est contestée, jusque dans son propre camp. Le président des députés communistes, Stéphane Peu, juge qu’il n’est « pas une bonne idée pour le Parti communiste de présenter un candidat » et préfère un accord avec La France insoumise pour garantir des circonscriptions aux communistes (Europe 1 avec l’AFP, 5 juillet 2026). Côté insoumis, Manuel Bompard estime que « la position très solitaire de Fabien Roussel a plutôt reculé », et Jean-Luc Mélenchon a déclaré prendre « acte de cette rupture », avant de se dire « déçu » de la candidature communiste (Le Parisien, 5 juillet 2026 ; Europe 1). Une « clause de revoyure » à l’automne, portée par les opposants internes, a été rejetée lors du congrès.
De L’Humanité à la mairie de Saint-Amand-les-Eaux
Né le 16 avril 1969 à Béthune, dans le Pas-de-Calais, Fabien Roussel a 57 ans. Adhérent du Parti communiste français depuis 1986, ancien journaliste, il est entré à L’Humanité comme coursier, distributeur de dépêches puis iconographe, avant de devenir l’attaché parlementaire de députés communistes du Nord, Alain Bocquet et Jean-Jacques Candelier (Assemblée nationale, fiche du député).
Conseiller municipal de Saint-Amand-les-Eaux depuis mars 2014, il a été député de la 20e circonscription du Nord de 2017 à 2024 : élu en 2017 avec 63,88 % des voix, réélu en 2022 avec 54,50 %. Il a perdu son siège dès le premier tour des élections législatives du 30 juin 2024, devancé par le candidat du Rassemblement national Guillaume Florquin, élu avec 50,3 % des suffrages contre 31,19 % pour le secrétaire national du PCF, dans une circonscription tenue par les communistes depuis des décennies (Le Monde, 30 juin 2024).
Quelques mois plus tard, il retrouve un mandat exécutif local : élu maire de Saint-Amand-les-Eaux le 30 janvier 2025 après la démission d’Alain Bocquet, seul candidat en lice, avec 25 voix sur 27 (20 Minutes avec l’AFP, 31 janvier 2025) ; il est réélu dès le premier tour en mars 2026. À la présidentielle de 2022, sa première candidature avait recueilli 2,28 % des suffrages, soit un peu plus de 800 000 voix, le classant huitième (LCP, 6 septembre 2026).
« Vivre » : salaires, retraite à 60 ans et plan climat
Le mot d’ordre de campagne est le verbe « vivre » : « vivre d’un travail qui paie correctement », résume le candidat, qui place les salaires au centre. Le PCF réclame une revalorisation immédiate de 5 % des salaires et des pensions inférieurs à 2 500 euros net, ainsi que l’indexation des salaires sur l’inflation (L’Humanité). Fabien Roussel défend pour sa part un Smic à 1 700 euros net, qu’il a porté face au président du Medef Patrick Martin lors d’un débat à la Fête de l’Humanité le 11 septembre 2026, le Smic net étant alors de 1 477,93 euros par mois (Le Monde, 12 septembre 2026 ; L’Humanité, 11 septembre 2026).
Sur les retraites, il propose de rétablir l’âge de départ à 60 ans, avec une pension à taux plein pour une carrière complète allant de 18 à 60 ans, et des départs anticipés pour la pénibilité et les carrières longues. Le financement passerait notamment par une cotisation sur les revenus financiers, évaluée par le PCF entre 30 et 40 milliards d’euros par an (PCF, dossier retraites ; CNEWS, 2 octobre 2026).
Sur l’énergie et l’industrie, le discours de clôture du 40e congrès a acté une baisse de 30 % des tarifs de l’électricité et du gaz pour les ménages et les entreprises, la sortie du marché européen de l’électricité et la création d’un pôle public de l’énergie (PCF, discours de clôture du 40e congrès, 8 juillet 2026). Le parti articule ce volet à un « pacte pour la France » qui prévoit la construction de 200 000 logements par an et vingt nouveaux réacteurs nucléaires, ainsi qu’un plan d’investissement dans le réseau ferré (L’Opinion ; 20 Minutes, 24 août 2025).
La lutte contre la fraude et l’évasion fiscale figure aussi parmi ses priorités : il demande que les fraudeurs passent « par la case prison », par la déchéance des droits civiques ou par des travaux d’intérêt général (LCP, 6 septembre 2026).
500 milliards d’investissement et la nationalisation de TotalEnergies
Le cœur de son offre économique est un plan d’investissement de 500 milliards d’euros sur cinq ans, soit 100 milliards par an. Il serait financé, selon le PCF, par la mobilisation de ressources existantes (dépôts bancaires, Caisse des dépôts, Banque centrale européenne) afin de prêter à taux zéro aux collectivités, aux entreprises et à l’État, sur des critères climatiques et sociaux ; le parti juge pour cela « indispensable de nationaliser une partie du secteur bancaire » (L’Opinion ; L’Humanité).
Le candidat a ajouté, dans une tribune publiée le 2 octobre 2026, la nationalisation de TotalEnergies. Il y écrit que « les actionnaires de TotalEnergies ont engrangé plus de 10 milliards d’euros de bénéfices au premier semestre » et que « vingt milliards d’euros de bénéfices sont espérés par les dirigeants de l’entreprise pour l’année 2026 », des chiffres avancés pour justifier la reprise en main du groupe et « faire baisser les prix à la pompe » (Libération, tribune de Fabien Roussel, 2 octobre 2026). La proposition s’inscrit dans une mobilisation engagée le 22 septembre devant une station-service d’Issy-les-Moulineaux, où le PCF réclamait une baisse de la TVA sur les carburants et un encadrement des marges, en rappelant un « bénéfice net de 5,4 milliards de dollars pour le deuxième trimestre 2026, deux fois plus qu’il y a un an » (L’Humanité, 22 septembre 2026 ; franceinfo).
Ce que le financement suppose, et ce qui reste en débat
Aucun chiffrage indépendant consolidé du programme de 2027 n’est publié à ce jour ; les 500 milliards d’investissement sont un montant de campagne, adossé à des ressources existantes dont le PCF ne détaille pas la mobilisation. Le rapprochement avec la situation des comptes publics nourrit la critique : la dette publique dépasse 3 300 milliards d’euros et, faute de recettes nouvelles ou de redéploiements précis, « un tel investissement risque de creuser davantage un déficit public déjà abyssal », relève Paris Match, qui rappelle les résultats contrastés des plans de relance japonais des années 1990 et du plan européen postérieur à 2008 (Paris Match).
Le coût de la nationalisation de TotalEnergies n’est pas non plus chiffré par la campagne. Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, l’a estimé à « 70 milliards » d’euros en mai 2026, contre une capitalisation boursière de l’ordre de 174 milliards, en jugeant l’opération « extrêmement rentable » pour l’État ; il s’agit d’une estimation politique de son allié de gauche, et non d’un chiffrage indépendant (Le Figaro, 10 mai 2026). La maison ne reconstitue pas ces totaux à la place des auteurs : les montants avancés sont présentés ici comme des objectifs de campagne, et non comme des résultats vérifiés.
Des intentions de vote autour de 2,5 % et un parti divisé
Dans les intentions de vote, le candidat communiste reste loin de la qualification. Une enquête Toluna-Harris Interactive pour RTL et M6, publiée le 28 septembre 2026, le crédite de 2 à 3 % au premier tour, quand Marine Le Pen oscille entre 35 et 36 % et Jean-Luc Mélenchon autour de 18 % (La Provence, 28 septembre 2026). L’enquête Ipsos réalisée du 3 au 9 septembre lui accordait 2,5 %, et la moyenne pondérée de l’observatoire Présage 27 le situait à 2,5 % à la mi-septembre (Présage 27). En 2022, il avait réuni 2,28 % des voix. Ces données mesurent une opinion à un instant donné et n’ont pas de valeur prédictive.
Le contexte interne reste tendu. La candidature autonome a été validée par 72 % des votants, mais plus d’un cinquième s’y est opposé, et le score de 61,4 % obtenu par le texte d’orientation en juillet, en recul d’une vingtaine de points par rapport à 2023, traduit la fragilité de la ligne d’affirmation communiste (Le Parisien, 5 juillet 2026).
Note de méthode : les données électorales et les intentions de vote citées proviennent des résultats officiels et des enquêtes publiées par les instituts et la presse mentionnés. Les séries de scrutins disponibles (présidentielle, législatives, européennes) ne sont pas directement comparables, et le chiffrage de campagne n’est pas une donnée observée : aucun graphique n’est donc proposé, plutôt qu’un visuel construit sur des séries hétérogènes.
À retenir
- Fabien Roussel, secrétaire national du PCF depuis 2018 et maire de Saint-Amand-les-Eaux, a officialisé sa candidature à la présidentielle de 2027 le 6 septembre 2026 sur TF1, validée par 72 % des adhérents.
- Député de la 20e circonscription du Nord de 2017 à 2024, il a perdu son siège dès le premier tour en 2024 face au Rassemblement national.
- Sa campagne porte le mot « vivre » : Smic à 1 700 euros net, revalorisation de 5 % des bas salaires et pensions, retraite à 60 ans, plan climat et réindustrialisation.
- Il propose un plan d’investissement de 500 milliards d’euros sur cinq ans et la nationalisation de TotalEnergies, sans chiffrage indépendant consolidé.
- Sa candidature autonome divise son parti et la gauche, et les intentions de vote le situent autour de 2 à 3 % au premier tour.
Sources
- TF1 Info, « Présidentielle 2027 : le communiste Fabien Roussel invité du JT de 20H de TF1 », 6 septembre 2026 (pièce primaire : interview d’annonce de candidature).
- Parti communiste français, « Élection présidentielle : Fabien Roussel désigné candidat à 72 % par les communistes », communiqué du 6 septembre 2026 (résultats détaillés du vote interne).
- LCP Assemblée nationale, « Fabien Roussel officiellement candidat du PCF à l’élection présidentielle de 2027 », 6 septembre 2026.
- Le Monde, « Fabien Roussel officialise sa candidature à la présidentielle et promet “un projet de rupture” », 6 septembre 2026 ; Le Monde, « Présidentielle 2027 : à la Fête de “L’Humanité”, Fabien Roussel au défi de démontrer l’intérêt de sa candidature », 12 septembre 2026 (Smic à 1 700 euros net défendu face au Medef ; contexte de la candidature).
- Europe 1 avec l’AFP, « Présidentielle 2027 : réélu sans surprise à la tête du PCF, Fabien Roussel est candidat à “85 %” », 5 juillet 2026 ; Le Parisien, « Fabien Roussel largement réélu à la tête du Parti communiste », 5 juillet 2026 (scores du 40e congrès, oppositions internes).
- Assemblée nationale, fiche « M. Fabien Roussel », Nord (20e circonscription), mandat clos le 9 juin 2024 (parcours et profession).
- Le Monde, « Fabien Roussel, patron du Parti communiste, éliminé dès le premier tour des élections législatives », 30 juin 2024 ; 20 Minutes avec l’AFP, « Nord : battu aux législatives, le communiste Fabien Roussel retrouve un mandat », 31 janvier 2025.
- L’Humanité, entretien « Nous demandons une revalorisation immédiate de 5 % pour les salaires et pensions inférieurs à 2 500 euros net » ; L’Humanité, « Reçus à Matignon, Fabien Roussel et Stéphane Peu présentent un plan d’investissement de 500 milliards d’euros » ; L’Humanité, « “Des richesses socialement utiles pour l’humain et la planète” : entre Fabien Roussel et Patrick Martin, des échanges tendus sur le partage de la richesse », 11 septembre 2026.
- L’Opinion, « PCF : un plan d’investissement massif pour le climat, l’énergie et le social » ; 20 Minutes, « Nationalisations, 500 milliards… Qu’est-ce que le “pacte pour la France” du PCF ? », 24 août 2025.
- PCF, « Retraites, pour une réforme digne des “jours heureux” » ; PCF, discours de clôture du 40e congrès, 8 juillet 2026 ; CNEWS, « Présidentielle 2027 : départ à 60 ans, hausse des petites pensions, pénibilité… », 2 octobre 2026.
- Libération, tribune de Fabien Roussel, « Nationalisons TotalEnergies pour reprendre en main notre destin énergétique », 2 octobre 2026 ; L’Humanité, « “L’opération carburant” de Fabien Roussel pour faire baisser la TVA et les marges de TotalEnergies », 22 septembre 2026 ; franceinfo, « Prix des carburants : Fabien Roussel propose de nationaliser TotalEnergies s’il ne baisse pas ses marges ».
- Paris Match, « Face à la dette, Fabien Roussel plaide pour 500 milliards d’euros d’investissement » ; Le Figaro, « “Extrêmement rentable” : Manuel Bompard juge “envisageable” une nationalisation de TotalEnergies », 10 mai 2026.
- La Provence, « Présidentielle 2027 : Marine Le Pen creuse l’écart et domine largement, selon un nouveau sondage », 28 septembre 2026 (Toluna-Harris Interactive pour RTL et M6) ; Présage 27, observatoire des sondages de la présidentielle.
Pour aller plus loin : les autres portraits de la série sont disponibles pour Marine Le Pen, Édouard Philippe, Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Olivier Faure, Marine Tondelier et Éric Zemmour. Sur les carburants et les marges du groupe pétrolier, voir « Carburants : la rupture d’approvisionnement et le prix plafonné de TotalEnergies » et « Taxe européenne sur les superprofits pétroliers ». Sur les salaires publics, voir « Masse salariale publique : 362 milliards et point d’indice » et « Fonction publique : ces traitements passés sous le Smic ». Sur les finances publiques, voir « Budget 2027 : 88 milliards de niches fiscales » et « Budget 2027 : la charge de la dette ». Toute la série est réunie sur la page Présidentielle.



