Ancien éditorialiste devenu chef de parti, Éric Zemmour a confirmé le 17 septembre 2026 sur BFMTV qu’il serait candidat à l’élection présidentielle de 2027, sans avoir encore formalisé cette déclaration. Fondateur de Reconquête en 2021 et quatrième du premier tour en 2022 avec 7,07 % des voix, il durcit son discours sur l’immigration, autour du principe de « remigration », et promet, avec Sarah Knafo, 140 milliards d’euros d’économies. Ce portrait dresse l’état vérifié de sa candidature, de son parcours, de son programme et de son chiffrage, avec la même grille que pour les autres personnalités de la série.
Une candidature confirmée, pas encore officiellement déclarée
Invité de l’émission « Face à BFM » le jeudi 17 septembre 2026 au soir, le président de Reconquête a d’abord dit être « dans un processus de candidature », avant de déclarer : « Je suis candidat à la présidence de la République, je serai candidat à l’élection présidentielle » (BFMTV, 17 septembre 2026 ; franceinfo avec l’AFP, 17 septembre 2026). Cette déclaration ne constitue pas, à ce jour, une déclaration formelle de candidature : selon son entourage, l’annonce officielle devrait intervenir au cours de l’automne, probablement en octobre (LCP Assemblée nationale, 17 septembre 2026 ; Public Sénat, 17 septembre 2026).
La séquence prolonge la rentrée politique du parti, tenue le dimanche 13 septembre 2026 au Port-Marly, dans les Yvelines. Éric Zemmour y a appelé à un « vote du sursaut et de la résurrection » et a revendiqué, par la voix de son entourage, 350 promesses de parrainages d’élus sur les 500 nécessaires (20 Minutes avec l’AFP, 14 septembre 2026 ; TF1 Info, 13 septembre 2026). Comme pour les autres candidats de la série, cette étape ne vaut pas candidature validée devant le juge de l’élection : figurer au premier tour suppose de réunir 500 signatures d’élus réparties sur au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer, puis de les faire contrôler par le Conseil constitutionnel.
De la présidentielle de 2022 à un parti réduit à une seule élue
Né le 31 août 1958, Éric Zemmour est âgé de 68 ans. Journaliste et essayiste, passé notamment par Le Quotidien de Paris puis Le Figaro, où il a dirigé le service politique et le Figaro Magazine, il devient une figure des débats télévisés avant de fonder, le 5 décembre 2021, le parti Reconquête, classé à l’extrême droite. Candidat à la présidentielle de 2022, il termine quatrième du premier tour avec 7,07 % des voix (2 485 226 suffrages), un résultat qui avait déjoué les pronostics. Il n’a jamais exercé de mandat électif.
Depuis, le poids électoral du parti s’est fortement réduit. La liste Reconquête conduite par Marion Maréchal aux élections européennes de juin 2024 avait franchi de justesse le seuil des 5 %, avec 5,47 % des suffrages et cinq sièges (Ministère de l’Intérieur, résultats officiels 2024 ; franceinfo, 9 juin 2024). Elle a depuis éclaté : Marion Maréchal, Nicolas Bay, Laurence Trochu et Guillaume Peltier ont quitté le parti, qui ne compte plus qu’une élue au niveau national, l’eurodéputée Sarah Knafo (L’Opinion). Aux élections législatives de 2024, la formation n’obtient aucun siège, et le sénateur Stéphane Ravier avait quitté Reconquête dès 2024.
Cette érosion s’est rendue visible lors de la rentrée du 13 septembre. Le Monde décrit un rassemblement avec « moins de cadres, moins de militants et moins d’électeurs », devant une salle à moitié vide, et cite un responsable du parti : « On n’est plus un parti, on est le fan-club d’Eric et Sarah, mais qui rassemble moins de monde que la rentrée de Florian Philippot » (Le Monde, 13 septembre 2026). La question du candidat, longtemps disputée entre Éric Zemmour et sa compagne, a finalement été tranchée en faveur du fondateur, qui promet de maintenir un candidat « jusqu’au bout » (Le Figaro, 3 mai 2026).
« Remigration », robots et immigration : le cœur du discours
Sur BFMTV, Éric Zemmour a durci sa ligne sur l’immigration, en se réclamant du principe de « remigration », qui désigne selon lui non seulement l’arrêt des flux mais l’expulsion d’étrangers déjà présents (Le Figaro avec l’AFP, 18 septembre 2026). Il a fixé à un an la durée de chômage au-delà de laquelle un étranger, même en situation régulière, devrait quitter la France. Il justifie cette mesure par un article du code des étrangers, datant selon lui de 1945, qui prévoit l’expulsion de tout étranger qui « pèse sur les finances publiques ». Il a également défendu l’expulsion des étrangers délinquants et de ceux qui vivraient uniquement d’aides sociales.
Il a aussi réaffirmé son intérêt pour l’intelligence artificielle et la robotique, estimant que des robots pourraient remplacer la main-d’œuvre immigrée dans l’aide aux personnes âgées, et déclarant préférer « un robot plutôt qu’un étranger » pour le maintien à domicile (HuffPost avec l’AFP, 17 septembre 2026). Lors de son discours du Port-Marly, il avait présenté un volet économique et industriel : investissements dans l’IA, relance du nucléaire avec la création de six EPR d’ici 2035 et quatorze d’ici 2045, électricité qui « cessera d’être bradée » et simplification des réglementations pour attirer les entreprises d’intelligence artificielle (TF1 Info, 13 septembre 2026 ; 20 Minutes, 14 septembre 2026).
Sur les retraites, il défend un allongement de la durée du travail et un report de l’âge légal à « 64 voire 65 ans », avec l’introduction progressive d’une part de capitalisation, une orientation proche de celle portée par Sarah Knafo dans son livre (franceinfo, « Que proposent les candidats pour les retraites » ; Le JDD, repris par La Dépêche, 30 septembre 2026).
140 milliards d’économies : le chiffrage de campagne
Sur le budget, Éric Zemmour juge insuffisant l’effort de 54 milliards d’euros d’économies annoncé par le gouvernement pour 2027, qu’il qualifie de « mesurettes » et de « bricolage ». Il revendique, avec Sarah Knafo, « 140 milliards d’euros de baisses » de dépenses (BFMTV, 17 septembre 2026 ; Capital, septembre 2026). Les pistes citées incluent la suppression des aides personnalisées au logement pour les personnes étrangères, la suppression de 800 000 postes de fonctionnaires en cinq ans par non-remplacement des départs, la suppression de l’aide publique au développement et la réservation des prestations sociales non contributives aux seuls Français (BFMTV ; Yahoo Finance / Europe 1, 18 septembre 2026). Il promet aussi, en réduisant d’un tiers la taxe sur les carburants, un litre d’essence autour de 1,80 euro (Capital).
Ces 140 milliards relèvent du chiffrage revendiqué par la campagne : ils ne sont ni une estimation indépendante, ni un coût établi. Aucun chiffrage indépendant du programme de 2027 n’est publié à ce jour. Pour sa candidature de 2022, l’Institut Montaigne avait évalué l’ensemble des mesures d’Éric Zemmour à un creusement du déficit public d’environ 145,8 milliards d’euros par an, contre un coût de 60 milliards estimé par le candidat, soit un écart d’environ 110 milliards (Institut Montaigne, présidentielle 2022).
Les mesures les plus commentées de ce programme ont aussi fait l’objet d’un examen critique. Dans un « Vrai ou Faux », franceinfo a passé au crible le livre de Sarah Knafo, « Le Casse du siècle » (Fayard, 2 septembre 2026), dont la campagne se réclame. L’économiste Antoine Bozio, directeur de l’Institut des politiques publiques, y juge problématique d’ajouter au prélèvement subi ce que les sommes auraient pu rapporter si elles avaient été placées, hors retraite. François Ecalle, spécialiste des finances publiques, estime qu’une suppression de 800 000 postes pourrait rapporter de l’ordre de 30 à 40 milliards d’euros par an, mais juge une réduction de cette ampleur « peu réaliste » sans une réorganisation beaucoup plus profonde (franceinfo, « Vrai ou Faux »). La maison ne reconstitue pas ces totaux à la place des auteurs : les montants avancés sont présentés ici comme des objectifs de campagne, et non comme des résultats vérifiés.
Des intentions de vote en retrait
Dans les intentions de vote, Éric Zemmour reste loin des premières places. Il était crédité d’environ 4 % au premier tour à la mi-septembre, quand Marine Le Pen oscillait entre 30 et 35 % (20 Minutes avec l’AFP, 14 septembre 2026). L’Opinion le situait pour sa part autour de 3 à 4 % face à une candidate du Rassemblement national largement en tête (L’Opinion). En 2022, il avait réuni 7,07 % des voix. Ces données mesurent une opinion à un instant donné ; elles ne préjugent pas du résultat de 2027.
Note de méthode : les résultats électoraux cités proviennent des résultats officiels du ministère de l’Intérieur, consultés via les archives publiques et leur reprise par Le Monde. Ils portent sur des scrutins de nature différente, présidentielle, législatives et européennes, dont les scores ne sont pas directement superposables, et aucun jeu de données data.gouv.fr n’a été mobilisé pour ce portrait. Aucun graphique n’est donc proposé, plutôt qu’un visuel comparant des séries non comparables.
À retenir
- Éric Zemmour a confirmé le 17 septembre 2026 sur BFMTV qu’il serait candidat à la présidentielle de 2027, sans avoir encore formalisé sa déclaration, attendue selon son entourage à l’automne.
- Fondateur de Reconquête en 2021 et quatrième du premier tour en 2022 avec 7,07 % des voix, il n’a jamais exercé de mandat électif.
- Son parti s’est fortement affaibli : la liste de 2024 a éclaté et Reconquête ne compte plus qu’une élue au niveau national, Sarah Knafo.
- Il durcit son discours sur l’immigration (« remigration », expulsion des étrangers au chômage depuis un an, même en situation régulière) et promet, avec Sarah Knafo, 140 milliards d’euros d’économies.
- Aucune estimation indépendante du programme de 2027 n’existe à ce jour ; les 140 milliards sont un chiffrage de campagne, et les intentions de vote le situent autour de 3 à 4 %.
Sources
- BFMTV, « “Je serai candidat” : Éric Zemmour annonce sur BFMTV qu’il se présentera à l’élection présidentielle », 17 septembre 2026 (pièce primaire : interview « Face à BFM ») ; BFMTV, « Ce qu’il faut retenir de l’interview d’Éric Zemmour sur BFMTV », 17 septembre 2026.
- franceinfo avec l’AFP, « Eric Zemmour, président du parti d’extrême droite Reconquête, annonce qu’il sera candidat à l’élection présidentielle », 17 septembre 2026.
- LCP Assemblée nationale, « Présidentielle 2027 : Éric Zemmour officialise sa candidature », 17 septembre 2026 ; Public Sénat, « Éric Zemmour officialise sa candidature à la présidentielle 2027 », 17 septembre 2026.
- Le Figaro avec l’AFP, « Présidentielle 2027 : Éric Zemmour confirme qu’il sera candidat et durcit encore son discours sur l’immigration », 18 septembre 2026.
- Le Monde, « Présidentielle 2027 : le “fan-club” de Sarah Knafo repart en campagne pour soutenir Eric Zemmour », 13 septembre 2026 (rentrée du Port-Marly, affaiblissement du parti).
- 20 Minutes avec l’AFP, « Présidentielle 2027 : Éric Zemmour prépare sa candidature et appelle à un “vote du sursaut” et à la remigration », 14 septembre 2026 (350 promesses de parrainages ; environ 4 % d’intentions de vote).
- TF1 Info (LCI), « Présidentielle 2027 : Éric Zemmour ouvre la voie à une candidature », 13 septembre 2026 (volet IA et nucléaire du discours de rentrée).
- HuffPost avec l’AFP, « Éric Zemmour confirme qu’il sera candidat à l’élection présidentielle pour son parti Reconquête », 17 septembre 2026.
- Ministère de l’Intérieur, archives des résultats des élections européennes de 2024 (liste « La France fière » : 5,47 %, 1 353 127 voix, 5 sièges) ; franceinfo, « La liste Reconquête recueille 5,47 % des voix », 9 juin 2024. Résultats des élections législatives de 2022 et 2024 : reprise des résultats officiels par Le Monde.
- Capital, « “Des mesurettes, du bricolage” : Eric Zemmour démonte le budget Lecornu et promet l’essence à 1,80 euro », septembre 2026 ; Yahoo Finance / Europe 1, « “Ça ne fait que 15 milliards de baisse à la fin” », 18 septembre 2026.
- L’Opinion, « Sarah Knafo, prête à participer à un gouvernement Bardella, tend la main au RN » (intentions de vote d’Éric Zemmour autour de 3 à 4 % ; Reconquête réduit à une seule élue nationale).
- franceinfo, « Que proposent les principaux candidats à l’élection présidentielle pour les retraites ? » (âge légal à 64, voire 65 ans) ; Le JDD, repris par La Dépêche, « Retraites : ce que proposent les candidats à la présidentielle », 30 septembre 2026.
- Institut Montaigne, chiffrage du programme d’Éric Zemmour, présidentielle 2022 (déficit accru d’environ 145,8 milliards d’euros par an).
- franceinfo, « VRAI OU FAUX. Sarah Knafo a-t-elle raison de dénoncer “un casse du siècle” ? » (analyses d’Antoine Bozio, Institut des politiques publiques, et de François Ecalle, finances publiques).
- Le Figaro, « Reconquête aura et maintiendra un candidat “jusqu’au bout”, assure Éric Zemmour », 3 mai 2026.
Pour aller plus loin : les autres portraits de la série sont disponibles pour Marine Le Pen, Édouard Philippe, Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Olivier Faure et Marine Tondelier. Sur le thème avancé par le candidat, voir « “Remigration” : la mécanique des États-Unis pour expulser vers des pays tiers » et « Délai de carence sur les allocations : ce que le PLFSS 2027 changerait ». Sur le budget dont il conteste l’effort, voir « Budget 2027 : pourquoi le déficit ne reculerait que de 0,4 point » et « Dette publique : 119 % du PIB à la mi-année ». Lecture critique sur le ressort électoral du thème : « L’armée de réserve, l’immigration comme écran ». Toute la série est réunie sur la page Présidentielle.



