Plus de 25 000 personnes renvoyées vers des pays qui ne sont pas les leurs. Entre le 20 janvier 2025 et le 31 août 2026, l’administration Trump a expulsé au moins 25 447 personnes vers 28 pays tiers, selon une enquête coordonnée par le consortium de journalistes Forbidden Stories, à laquelle ont participé une vingtaine de médias internationaux. Derrière ce chiffre, un dispositif peu connu : un « Office of Remigration » créé au département d’État pour négocier, à coups d’incitations financières et de pressions, des accords d’accueil avec des pays souvent sans aucun lien avec les personnes expulsées.
Une nouvelle composante de la politique migratoire
Ces « expulsions vers des pays tiers » (third-country removals) sont devenues l’une des pièces centrales de la politique migratoire du second mandat de Donald Trump. L’objectif affiché en campagne était « la plus grande opération d’expulsion de l’histoire américaine », avec une cible allant jusqu’à un million de renvois en un an.
Sur les 25 447 personnes décomptées par Forbidden Stories, environ 20 000 ont été transférées vers le Mexique, par la voie terrestre, sans accord formel rendu public. Les autres — au moins 5 447 personnes de 89 nationalités — ont été envoyées par avion aux quatre coins du monde. Au moins 105 vols ont pu être identifiés, mais le décompte reste forcément incomplet.
L’« Office of Remigration », l’instrument méconnu
Le maillon décisif est un service peu connu du département d’État américain. D’après l’enquête, l’« Office of Remigration » — l’appellation officielle en anglais — a été créé en mai 2025 et chargé de négocier ces accords « plus ou moins secrets » avec des gouvernements étrangers. Selon des documents internes consultés par le Washington Post, au moins 410 millions de dollars ont été mobilisés pour faciliter ces arrangements, sous forme de paiements aux pays d’accueil ou d’aides versées par l’intermédiaire d’agences de l’ONU.
Le terme « remigration » ne relève pas du vocabulaire administratif ordinaire : il désigne, dans une partie de la droite radicale européenne, un projet d’incitation au retour des immigrés. Son adoption par une administration fédérale pour nommer un bureau officiel est l’un des points les plus saillants de l’enquête.
Six continents, de petits États en première ligne
Le réseau s’étend sur six continents. Au 31 août, 28 pays avaient effectivement reçu des personnes de pays tiers, et 35 avaient conclu un accord avec Washington. L’Afrique est particulièrement sollicitée : selon l’enquête, 49 des 54 pays africains ont été approchés. Treize ont signé, douze avaient reçu des expulsés au 31 août, pour plus de 450 personnes ; le Ghana est en tête, avec plus d’une centaine de personnes accueillies.
Les exemples illustrent la singularité du mécanisme. Au Panama, 299 migrants ont été expédiés en trois vols quelques semaines après l’investiture de Donald Trump, sans qu’aucun ne soit panaméen. En Eswatini, une petite monarchie d’Afrique australe, 34 personnes — dont des Vietnamiens et des Laotiens — se sont retrouvées incarcérées. L’archipel de Palau, moins de 18 000 habitants, a signé un accord portant sur 75 personnes contre 7,5 millions de dollars ; trois y ont finalement été envoyées.
Un revers judiciaire en toile de fond
Cette politique vient toutefois de subir un sérieux coup d’arrêt. Le 18 septembre, une cour d’appel fédérale américaine a confirmé l’annulation des directives encadrant ces expulsions, au motif qu’elles ne garantissaient pas aux personnes concernées un préavis suffisant ni la possibilité de contester leur transfert lorsqu’elles craignent d’être persécutées dans le pays de destination. L’administration Trump pourrait encore saisir la Cour suprême.
Des juristes cités par l’AFP décrivent, une fois sur place, des personnes tombées dans un « trou noir juridique » : retenues sans être inculpées dans un pays inconnu, parfois privées de droits.
À retenir
- Entre le 20 janvier 2025 et le 31 août 2026, les États-Unis ont expulsé au moins 25 447 personnes vers 28 pays tiers, selon l’enquête coordonnée par Forbidden Stories.
- Environ 20 000 personnes ont été transférées au Mexique par voie terrestre ; au moins 5 447 ont été envoyées par avion, de 89 nationalités, au cours d’au moins 105 vols.
- Un « Office of Remigration », créé en mai 2025 au département d’État, a négocié les accords ; au moins 410 millions de dollars ont été mobilisés et 49 des 54 pays africains ont été approchés.
- Le 18 septembre, une cour d’appel fédérale a confirmé l’annulation des directives, faute de préavis suffisant et de possibilité de contester le transfert.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- Le récit de RFI sur la mécanique des expulsions
- La carte et le décompte de France 24 et des Observateurs
- L’analyse du HuffPost sur le tournant migratoire
- Le compte rendu de franceinfo
Les faits — le décompte d’au moins 25 447 personnes expulsées vers 28 pays tiers entre le 20 janvier 2025 et le 31 août 2026, les quelque 20 000 transferts vers le Mexique, les 5 447 expulsions par avion, les 105 vols identifiés, l’existence de l’« Office of Remigration », les 410 millions de dollars mobilisés, l’approche de 49 pays africains et la décision d’appel du 18 septembre — reposent sur l’enquête coordonnée par Forbidden Stories, à laquelle ont participé des médias aux rédactions distinctes (RFI, France 24, franceinfo, Le HuffPost, le Washington Post, entre autres), ainsi que sur les données ouvertes d’ONG (ICE Flight Monitor, Third-Country Deportation Watch) et du Human Rights Center de Berkeley. Le décompte est un minimum : les transferts terrestres vers le Mexique sont difficiles à documenter et certains vols mêlent des ressortissants de plusieurs nationalités. La qualification de « remigration » et le caractère « secret » des accords relèvent du vocabulaire de l’enquête, non d’une communication officielle américaine. L’administration Trump conteste la lecture de ces expulsions et peut encore saisir la Cour suprême.



