Secrétaire nationale des Écologistes depuis décembre 2022 et figure de l’opposition à Hénin-Beaumont face au Rassemblement national, Marine Tondelier porte la candidature de son parti à l’élection présidentielle de 2027. Son investiture reste toutefois conditionnelle : les adhérents écologistes doivent trancher, du 10 au 13 décembre 2026, entre une candidature autonome et un ralliement à un autre candidat de gauche. Son programme, « Pour une prospérité écologique », compte 557 mesures, dont un ISF climatique et une TVA verte. Ce portrait dresse l’état vérifié de sa candidature, de son parcours et de ses propositions, avec la même grille que pour les autres candidats de la série.
Une investiture écologiste suspendue à un vote des adhérents
Marine Tondelier est, à ce jour, la candidate des Écologistes à l’élection présidentielle de 2027. Cette position n’est pas définitive. Réuni en conseil fédéral le dimanche 20 septembre, puis actant sa décision le lundi 21 septembre 2026, le parti a adopté par 69,44 % des votes exprimés, avec un taux de participation de 93 %, une motion qui renvoie la décision finale à un vote des adhérents (LCP Assemblée nationale, 21 septembre 2026). Ce référendum interne se tiendra du jeudi 10 décembre 9 heures au dimanche 13 décembre 9 heures (Est Républicain avec AFP, 18 septembre 2026).
Les adhérents auront à choisir entre deux options : être représentés par la cheffe de file de leur parti, ou soutenir un candidat qui ne serait pas issu de leurs rangs (LCP). La direction du parti a parallèlement mandaté des équipes chargées de discuter avec « l’ensemble des partis de gauche » pour explorer « les possibilités d’accord » (Est Républicain, 18 septembre 2026). Le texte qui définira les options soumises au vote doit être présenté durant la deuxième quinzaine de novembre (LCP).
Cette situation découle d’un enchaînement. Marine Tondelier avait été désignée en décembre 2025 par les adhérents écologistes comme candidate à une primaire unitaire de la gauche, hors La France insoumise. Ce projet a échoué : les socialistes ont opté pour un processus restreint à l’espace social-démocrate, et la motion adoptée en septembre prend acte que « ce projet, sous sa forme initiale, n’est plus d’actualité » (LCP ; L’Humanité, 21 septembre 2026). Désignée pour une primaire, elle se retrouve donc candidate de son parti à la présidentielle « jusqu’en décembre » (L’Humanité).
Comme pour les autres candidats de la série, cette étape ne vaut pas candidature validée devant le juge de l’élection : figurer au premier tour suppose de réunir 500 signatures d’élus réparties sur au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer, puis de les faire contrôler par le Conseil constitutionnel. Les Écologistes ont par ailleurs fixé trois objectifs : « faire vivre l’écologie politique », « permettre une victoire de la gauche » et, à défaut, « empêcher le Rassemblement national d’accéder au pouvoir » (LCP).
D’une élue d’opposition à Hénin-Beaumont à la direction des Écologistes
Née le 23 août 1986 à Bois-Bernard, dans le Pas-de-Calais, Marine Tondelier grandit à Hénin-Beaumont, fief électoral de Marine Le Pen, où ses grands-parents étaient agriculteurs et pharmaciens et où ses parents, un père médecin homéopathe et une mère dentiste, exerçaient (notice Wikipédia). Diplômée de l’Institut d’études politiques de Lille en 2009 et titulaire d’un master en gestion des établissements de santé, elle entre au conseil fédéral d’Europe Écologie Les Verts en 2011 et siège à la direction du parti à partir de 2013, chargée de la communication et des Journées d’été.
Son parcours électoral s’est d’abord construit dans l’opposition locale. Élue conseillère municipale d’Hénin-Beaumont en mars 2014 sur une liste d’union de la gauche, réélue en 2020, elle exerce ce mandat jusqu’en mars 2026 et préside le conseil de surveillance du centre hospitalier de la ville à partir de 2014. Elle est conseillère régionale des Hauts-de-France depuis juillet 2021. Candidate en 2012, 2017 puis 2022 dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, elle échoue trois fois à entrer à l’Assemblée nationale ; en 2022, soutenue par la NUPES, elle obtient 23 % au premier tour et 39 % au second, face à Marine Le Pen (Challenges). Elle a tiré de cette expérience un livre, « Nouvelles du Front » (2017). De 2017 à 2022, elle est déléguée générale d’Atmo France, la fédération des associations agréées de surveillance de la qualité de l’air.
Elle devient secrétaire nationale d’EELV le 10 décembre 2022, élue avec 90,8 % des suffrages, succédant à Julien Bayou, puis est réélue en avril 2025 avec 73 % des voix (Wikipédia ; Challenges). Son bilan, comme celui d’Olivier Faure au Parti socialiste, est celui d’une cheffe de parti plus que d’une gouvernante : elle n’a exercé ni fonction ministérielle ni mandat parlementaire. Ses opposants internes invoquent la défaite des Écologistes aux municipales de 2026 et un nombre élevé de communes perdues (20 Minutes, 22 avril 2026) ; ses partisans mettent en avant son rôle de porte-parole de la campagne de Yannick Jadot en 2022 et la visibilité qu’elle a donnée aux thèmes écologistes.
« Pour une prospérité écologique », un programme de 557 mesures
Les Écologistes ont présenté le 13 juillet 2026 leur programme pour la présidentielle, intitulé « Pour une prospérité écologique » et composé de 557 mesures, au terme d’un travail de consultation d’environ dix mois (Le Figaro, 13 juillet 2026 ; revue du programme, francebudget.fr). Le texte propose de mettre fin au « présidentialisme », de « sacraliser l’indépendance de la justice » et de créer une « Première République écologique et citoyenne », un projet institutionnel qui présente des points communs avec la VIe République portée par La France insoumise (Le Figaro).
Sur le plan fiscal et social, les propositions les plus commentées sont :
- un « ISF climatique », réintroduction d’un impôt sur la fortune assorti d’une composante environnementale, le patrimoine financier investi dans les énergies fossiles étant taxé plus lourdement ;
- une « TVA verte » différenciée, avec des taux réduits sur les produits de première nécessité et vertueux et des taux relevés sur le luxe et les produits jugés nocifs ;
- une refonte de la fiscalité des hauts patrimoines et des grandes entreprises, incluant une taxe de type « Zucman » sur les très grandes fortunes ;
- la hausse des bas salaires et l’abrogation de la réforme des retraites à 64 ans, avec un retour à un âge légal de 62 ans ;
- un « congé climatique » de cinq jours par an, indemnisé, pour les travailleurs exposés aux événements climatiques extrêmes, proposition lancée le 1er mai 2026 et déposée sous forme de texte à l’Assemblée nationale en juillet (franceinfo, 21 juin 2026 ; Le Monde, 16 juillet 2026).
Ces orientations prolongent un « socle » de 21 priorités que Marine Tondelier avait adressé en avril 2026 aux autres partis de gauche, hors La France insoumise : hausse du Smic, augmentation du salaire des enseignants de 15 % sur le quinquennat, restauration d’une police de proximité, régularisation des travailleurs sans papiers, droit au logement ou encore lutte contre les pollutions et les pesticides (L’Opinion, 17 avril 2026). Elle a depuis recentré son discours sur « la prospérité écologique » et sur des thèmes comme la solitude, l’enfance, une « sécurité sociale écologiste » et les « territoires oubliés de l’écologie » (20 Minutes, 22 avril 2026).
Le chiffrage, des objectifs largement non chiffrés
Aucun chiffrage consolidé du programme n’est publié par la campagne à ce stade. Une revue indépendante des mesures, réalisée par un site privé de simulation budgétaire, relève que la « TVA verte » n’est pas chiffrée et que sa direction nette reste ambiguë, le taux moyen demeurant inchangé ; elle indique aussi que plusieurs engagements, comme l’abrogation de la réforme du calcul de l’allocation chômage, la création de 2 000 centres de santé ou le million de véhicules électriques en location sociale, ne sont pas davantage chiffrés (francebudget.fr). Cette estimation n’engage que ses auteurs et ne remplace pas un chiffrage officiel, qui n’existe pas à ce jour.
La maison ne reconstitue pas ces totaux à la place des auteurs. Les montants avancés, de la hausse du Smic au retour de la retraite à 62 ans, sont présentés ici comme des objectifs de campagne, et non comme des résultats vérifiés ou des coûts établis. Note de méthode : aucun jeu de données data.gouv.fr n’a été mobilisé pour ce portrait, faute de série vérifiée propre au sujet. Aucun graphique n’est donc proposé, plutôt qu’un visuel sans données réelles.
Une campagne entre congé maternité et tensions internes
Marine Tondelier a donné naissance à son deuxième enfant, Léon, le 18 septembre 2026 (La Voix du Nord, 28 septembre 2026). Elle a fait sa première sortie publique depuis son accouchement le samedi 26 septembre, à la marche pour le climat d’Arras, dans le Pas-de-Calais, en participant au cortège « en tant que militante » avec son fils dans un landau, et en prévenant qu’il ne s’agissait pas d’un retour en campagne « à plein temps » (franceinfo avec AFP, 26 septembre 2026 ; Le Figaro, 26 septembre 2026). « Si je suis là aujourd’hui, c’est parce que médicalement ça va bien pour moi et pour le bébé », a-t-elle déclaré, ajoutant que « ce n’est pas le retour en campagne à plein temps ».
Cette séquence se déroule sur fond de tension interne. Le sénateur Yannick Jadot, ancien candidat écologiste à la présidentielle de 2022, a été suspendu pour trois mois de son parti pour avoir apporté son soutien à Raphaël Glucksmann, candidat de Place publique à la primaire social-démocrate (Le Monde, 21 septembre 2026 ; notre article du 27 septembre). À l’inverse, la députée Sandrine Rousseau plaide pour un ralliement rapide au leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, tandis que d’autres militants défendent une candidature écologiste autonome (Est Républicain, 18 septembre 2026).
Dans les intentions de vote, Marine Tondelier reste en retrait. Un sondage Ifop publié le 1er octobre 2026 la crédite de 3 % au premier tour dans une configuration où Marine Le Pen domine et où Édouard Philippe se qualifie pour le second tour (La Dépêche du Midi, 1er octobre 2026). D’autres relevés la situaient autour de 5 % à la fin du mois de septembre (Est Républicain, 18 septembre 2026). Ces données mesurent une opinion à un instant donné ; elles ne préjugent ni du vote des adhérents de décembre, ni du résultat du scrutin de 2027.
À retenir
- Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes depuis décembre 2022, est candidate de son parti à la présidentielle de 2027, mais son investiture doit être confirmée par un vote des adhérents du 10 au 13 décembre 2026.
- Elle a été désignée en décembre 2025 pour une primaire unitaire de la gauche qui n’a jamais eu lieu, après le choix du Parti socialiste d’un processus restreint à l’espace social-démocrate.
- Son programme, « Pour une prospérité écologique », compte 557 mesures, dont un « ISF climatique », une « TVA verte », l’abrogation des 64 ans et un « congé climatique » de cinq jours.
- Aucun chiffrage officiel consolidé n’est publié : les montants sont des objectifs de campagne, pas des coûts établis.
- Elle a fait sa première sortie publique le 26 septembre à Arras, sans revenir en campagne à plein temps, sur fond de suspension de Yannick Jadot et de divisions internes sur la stratégie.
Sources
- LCP Assemblée nationale, « Candidature à la présidentielle : pas de choix définitif des Écologistes avant la mi-décembre », 21 septembre 2026 (motion adoptée à 69,44 % ; vote des adhérents ; trois objectifs).
- Est Républicain avec AFP, « Partir seuls ou derrière un autre ? Vers un vote des Écologistes du 10 au 13 décembre », 18 septembre 2026 (calendrier du référendum interne ; options ; équipes de négociation).
- L’Humanité, « Présidentielle 2027 : Marine Tondelier, candidate… jusqu’en décembre », 21 septembre 2026 (désignation de décembre 2025 pour une primaire unitaire restée sans suite).
- Le Monde, « Candidature de Marine Tondelier à la présidentielle : Les Écologistes trancheront en décembre », 21 septembre 2026.
- Le Figaro, « Fin du présidentialisme, instauration d’un ISF climatique et d’une TVA verte : les Écologistes dévoilent leur programme pour la campagne présidentielle 2027 », 13 juillet 2026.
- franceinfo, « Canicule : trois questions sur le congé climatique, proposé par Marine Tondelier et déjà déployé en Espagne », 21 juin 2026 ; Le Monde, « Congé climatique : Les Écologistes tentent d’imposer le débat », 16 juillet 2026.
- L’Opinion, « Marine Tondelier relance l’union à gauche sans LFI avec 21 mesures clés », 17 avril 2026 ; 20 Minutes, « Face à une fronde en interne, Marine Tondelier tente de reprendre la main », 22 avril 2026.
- franceinfo avec AFP, « Marine Tondelier fait son retour en manifestation, mais pas en campagne à plein temps », 26 septembre 2026 ; Le Figaro, « Pas un retour à plein temps : Marine Tondelier participe à la marche pour le climat à Arras », 26 septembre 2026 ; La Voix du Nord, « La Marche pour le climat a rassemblé 400 personnes, Marine Tondelier en tête », 28 septembre 2026.
- La Dépêche du Midi, « Présidentielle 2027, sondage : Marine Le Pen caracole en tête », 1er octobre 2026 (Tondelier à 3 % au premier tour selon l’Ifop).
- Challenges, fiche « Marine Tondelier, biographie et actualités » (mandats, tentatives législatives, réélection de 2025).
- francebudget.fr, revue du programme des Écologistes 2027 (557 mesures adoptées le 13 juillet 2026 ; mesures non chiffrées), source privée citée pour le chiffrage et signalée comme telle.
- Wikipédia, notice « Marine Tondelier », recoupée avec les sources ci-dessus (naissance, formation, mandats, dates de direction).
Pour aller plus loin : les autres portraits de la série sont disponibles pour Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et Olivier Faure. Sur la situation des Écologistes, voir « Jadot, la suspension et Glucksmann ». Sur la gauche, voir « Primaire de gauche : le premier débat télévisé » et « Cinq cents parrainages et la question Mélenchon ». Toute la série est réunie sur la page Présidentielle.



