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L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

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Le Conseil d’État interdit Bastille-Nation 5 heures avant la manif

Aube place de la Bastille : manifestants et forces de l'ordre face à face derrière des barrières, colonne de Juillet transformée en horloge de pierre, carte du parcours Bastille-Nation et détournement vers Bagnolet et Charenton
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En bref. Le Conseil d’État a annulé, samedi 31 octobre 2026 au matin, la décision du tribunal administratif de Paris qui autorisait le parcours Bastille-Nation de la manifestation contre la vie chère. Le cortège partira de la porte de Bagnolet vers la porte de Charenton, avec 70 000 policiers et gendarmes mobilisés. Rassemblement de 12 h à 18 h, départ à 14 h : les manifestants changent de point de rendez-vous 5 heures avant.

Le plan

  1. Deux juges, une nuit, deux réponses
  2. Ce que le Conseil d’État a pesé
  3. Les chiffres que la préfecture oppose
  4. Ce que cela change pour ceux qui défilent
  5. Notre lecture

Il aura suffi d’une nuit. Vendredi 30 octobre, en fin de journée, le tribunal administratif de Paris suspendait l’arrêté du préfet de police qui écartait le trajet Bastille-Nation. Peu après 7 h 10, ce samedi, le Conseil d’État annulait cette décision et rétablissait l’interdiction. Entre les deux : un appel annoncé par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et une ordonnance rendue avant l’ouverture des bureaux.

Deux juges, une nuit, deux réponses

Tout part d’un arrêté n° 2026-01484 du 30 octobre, signé pour le préfet de police Patrice Faure par le sous-préfet Charles Barbier. Il interdit partiellement la manifestation et impose un itinéraire de la porte de Bagnolet à la porte de Charenton, par les boulevards des Maréchaux. Il rappelle ce que risque l’organisateur d’une manifestation interdite : 6 mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende.

Le tribunal administratif a suspendu cet arrêté vendredi soir, ce qui rouvrait Bastille-Nation. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé l’appel dans la foulée. « On va faire appel car si on a suspendu c’est qu’il y a des dégradations qui ont été commises le 17 octobre, donc le risque de trouble à l’ordre public est important. » L’appel devait être examiné « normalement dans un délai de 48 heures ». Il a été tranché en quelques heures, au petit matin.

Le mois a déjà connu cette mécanique : le cortège du 24 octobre avait été déplacé de 3 km à la dernière minute, et Charenton refusait déjà de servir de point de dispersion.

Ce que le Conseil d’État a pesé

L’ordonnance retient un risque « très élevé » de troubles à l’ordre public. Cette évaluation vient des services de renseignement, sur un trajet décrit comme une zone très commerciale et institutionnelle. S’y ajoutent, selon le texte, « de nombreux appels à des actions violentes » en ligne. Dans ces conditions, écrit la plus haute juridiction administrative, le tracé de la préfecture « n’est ni inadapté ni disproportionné ».

Le raisonnement est celui du juge de l’urgence. Il met en balance la liberté de manifester et l’ordre public. Il ne dit pas si l’interdiction est juste. Deux formations ont donc porté deux appréciations, à 9 heures d’intervalle, sur le même arrêté. Ce que le second juge a vu de plus que le premier porte un nom : une note de renseignement, non publique, que les manifestants ne peuvent ni lire ni contester.

Les chiffres que la préfecture oppose

L’arrêté ne discute pas par principe : il aligne des bilans. Pour la journée du 17 octobre à Paris, il retient 855 interpellations, 297 blessures chez les forces de sécurité intérieure et 111 blessés parmi les riverains et les manifestants. Pour le 18 octobre, 351 interpellations, 17 blessures chez les forces de l’ordre, 36 magasins dégradés dont 33 pillés, et plus de 300 commerces parisiens touchés.

Bilans cités par l’arrêté préfectoral n° 2026-01484 du 30 octobre 2026, à Paris. Le 18 octobre, la troisième donnée de l’arrêté porte sur des commerces, non sur des personnes, et n’est donc pas représentée ici.

Ces chiffres disent aussi autre chose. Le lendemain des émeutes, les interpellations ont chuté de 855 à 351. Les blessures dans les forces de l’ordre sont passées de 297 à 17. La journée du 18 octobre n’a pas été un second 17 octobre. Le risque invoqué n’est donc pas une répétition mesurée, mais une prévision.

Ce que cela change pour ceux qui défilent

Le rendez-vous n’est plus place de la Bastille. Le rassemblement est autorisé de 12 h à 18 h, le départ fixé à 14 h. Il ira de la porte de Bagnolet vers la porte de Charenton, selon les modalités de la préfecture. Plus de 40 stations de métro sont fermées dans Paris et des couvre-feux s’appliquent tout le week-end. Sur le territoire, 70 000 policiers et gendarmes sont mobilisés.

Les organisateurs, eux, avaient sablé le champagne trop tôt. Adèle Tellez, cosecrétaire générale de la CGT Paris, voyait vendredi la preuve que « l’état de droit existe toujours dans notre pays » ; l’Unef criait « Victoire, on a gagné au tribunal ». Ce samedi, les services d’ordre doivent refaire leurs dispositifs et les manifestants retrouver un départ déplacé de plusieurs kilomètres. En province, les cortèges restent autorisés hors des centres-villes.

Notre lecture

Ce qui s’est joué cette nuit n’est pas un débat sur le droit de manifester : c’est une question de calendrier. Le tribunal a donné raison aux syndicats, le Conseil d’État a repris cette victoire 9 heures plus tard, et l’administration n’a eu besoin ni de convaincre ni de légiférer, seulement de tenir jusqu’à l’aube. Une procédure qui se juge en une nuit, sur une note que personne ne peut lire, protège l’ordre public ; elle n’établit pas que l’interdiction était nécessaire.

J’ajoute une remarque pratique : quand le parcours est fixé 5 heures avant le départ, la contrepartie promise par le droit, un recours utile, n’existe plus pour celui qui marche. On peut trouver l’arbitrage raisonnable et refuser d’appeler cela un équilibre.

Opinion de la maison, pas un fait.

À retenir
  • Le Conseil d’État a annulé samedi 31 octobre l’autorisation du parcours Bastille-Nation donnée la veille par le tribunal administratif de Paris.
  • Le cortège partira de la porte de Bagnolet vers la porte de Charenton, rassemblement de 12 h à 18 h, départ à 14 h.
  • Motif retenu : un risque « très élevé » de troubles, évalué par les renseignements, et des appels à la violence en ligne.
  • 70 000 policiers et gendarmes sont mobilisés, plus de 40 stations de métro sont fermées.


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Jacques Bigote

L’auteur

Jacques Bigote

Jacques Bigote est le podcateur de Goliard, le podcast de L’Esprit Français.

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