En bref. La préfecture de police refuse le parcours Bastille-Nation demandé pour la manifestation du samedi 31 octobre et impose un trajet de la porte de Bagnolet à celle de Charenton. 7 organisations ont déposé jeudi un référé pour obtenir la publication de l’arrêté avant vendredi 12 h 00. Le maire de Charenton-le-Pont refuse que sa commune serve de point de dispersion.
- Un parcours refusé, un autre imposé.
- Le référé : obliger la préfecture à écrire son arrêté.
- Un arrêté tardif vide le recours de son sens.
- Charenton peut-il refuser ?
- Ce que cela change pour samedi.
Un parcours refusé, un autre imposé
La CGT avait déposé un tracé entre Bastille et Nation pour l’« acte III » de la mobilisation contre la vie chère. La préfecture l’a refusé. Mercredi 28 octobre, les autorités ont signifié oralement une interdiction partielle et proposé « le déport de la manifestation sur un parcours porte de Bagnolet – porte de Charenton » (franceinfo, 29 octobre 2026).
Le préfet Patrice Faure assume. Dans Le Parisien, il explique que ce trajet « permet d’éviter le centre-ville, d’éviter aussi la casse ». Le parcours République-Bastille-Nation ne sera pas reconduit « pour un temps » : « les conditions ne sont pas réunies », dit-il, entre risque d’attentat et commerces à protéger (Le Parisien, 29 octobre 2026). Laurent Nuñez résume la règle : rassemblements autorisés, mais « pas dans les centres-villes » (Le Nouvel Obs, 29 octobre 2026).
Le 24 octobre, un parcours de lisière avait déjà été imposé au dernier moment (notre article du 28 octobre). Une manifestante parlait d’« une tactique pour nous épuiser ».
2 km demandés, 3,9 km imposés
Trajet piéton le plus court entre départ et arrivée, en km.
Bastille – Nation (demandé).2,0 kmBagnolet – Charenton (imposé samedi).3,9 kmItalie – Vincennes (imposé le 24 octobre).6,0 km
Demandé par les syndicatsImposé pour samedi
Calcul de la maison, 30 octobre 2026, itinéraire piéton OSRM entre les points publiés : distance de référence, pas le tracé exact du cortège.
Le référé : obliger la préfecture à écrire son arrêté
Jeudi 29 octobre, 7 organisations ont saisi le tribunal administratif de Paris en référé. Elles demandent la publication des arrêtés « au plus tard 24 h 00 avant le début de cette manifestation, soit le vendredi 30 octobre à 12 h 00 ». Le référé, consulté par l’AFP, parle de la « seule mesure permettant un accès utile au juge » (Le Figaro, 29 octobre 2026).
L’intersyndicale refuse « de tomber dans le piège » du 24 octobre, où l’arrêté était arrivé « bien trop tard pour nous empêcher de le contester ». Elle veut « faire respecter le droit fondamental de manifester, y compris le choix du parcours ».
Un arrêté tardif vide le recours de son sens
Un arrêté, c’est l’écrit signé par le préfet qui fixe ce qui est autorisé. Pour le contester, il faut qu’il existe, et que le juge puisse statuer avant l’événement. Jeudi soir, rien n’était publié : les organisations ne pouvaient attaquer qu’une annonce orale, sans acte à contester.
Le temps décide. Le juge du référé-liberté statue en 48 heures (article L. 521-2 du code de justice administrative). Un arrêté publié vendredi soir laisserait donc le juge statuer après le cortège. Or une fois la manifestation passée, le recours perd son objet : on ne suspend pas une décision qui a produit tous ses effets.
Le retard n’est pas un détail de procédure, il décide de ce qui est possible. Une interdiction écrite trop tard n’est pas plus souple : c’est une interdiction que personne ne peut discuter. Sollicitée jeudi, la préfecture n’a pas répondu publiquement.
La restriction vient aussi des communes : à Pamiers, un arrêté municipal interdisait « tout rassemblement », plus large que celui du préfet (notre article du 28 octobre). À Paris, le préfet n’a pas su produire les preuves de son couvre-feu des mineurs (notre article du 29 octobre).
Charenton peut-il refuser ?
Hervé Gicquel, maire Les Républicains de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne), dit être « immédiatement intervenu pour opposer un refus ferme à ce que la porte de Charenton serve de point d’arrivée ou de dispersion » (communiqué cité par actu.fr, 29 octobre 2026).
Ses arguments sont matériels : un secteur « inadapté à l’arrivée, à la fixation et à la dispersion d’un tel flux », l’étroitesse, le manque de transports, des quartiers denses, et Bercy 2, « déjà confronté à de lourdes difficultés économiques ».
« On ne peut pas simplement déplacer les contraintes du cœur de Paris vers les portes des villes limitrophes sans égard pour les populations locales », écrit-il. La décision, rappelle-t-il, revient à la préfecture. Le mécanisme tient en une ligne : l’État décide, la contrainte atterrit chez le voisin, qui n’a ni la décision ni les moyens.
Ce que cela change pour samedi
Si vous comptez manifester, le rendez-vous n’est plus Bastille : le cortège part de la porte de Bagnolet (métro 3, Gallieni) et se termine porte de Charenton (métro 8). Entre les deux, 3,9 km à pied contre 2 km entre Bastille et Nation : le double, en bordure de la capitale.
À regarder : euronews revient sur le changement de parcours de l’acte II. Même séquence, un tracé refusé puis imposé, et la colère des organisations. Le référé est postérieur à ces images.
On ignore encore, ce jeudi soir, le contenu de l’arrêté, la décision du juge et le sort du parcours des gilets jaunes. Les chiffres de participation se liront avec leur source : comptage des organisateurs d’un côté, des autorités de l’autre.
La question de samedi n’est pas seulement combien ils seront, mais qui décide où ils passent.
Il y a deux façons d’empêcher un cortège de passer. La première : signer un arrêté, le publier, l’assumer devant un juge. La seconde : annoncer oralement qu’un parcours ne passera pas, puis laisser l’écrit arriver trop tard pour être discuté. La seconde est plus discrète, et plus efficace, parce qu’elle obtient le résultat sans passer par le contrôle. Je ne dis pas que la préfecture a voulu cet effet. Je dis qu’il existe.
Le préfet décide d’un tracé, Charenton en reçoit la sortie, les commerces, les riverains, la dispersion. Celui qui décide n’est pas celui qui encaisse. C’est la question que je pose dans chaque dossier : qui décide, d’où, et aux frais de qui.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Bastille-Nation refusé pour le 31 octobre ; trajet imposé de la porte de Bagnolet à la porte de Charenton.
- 7 organisations ont déposé un référé : le juge statue en 48 heures, un arrêté publié trop tard rend le recours sans effet.
- Le maire de Charenton-le-Pont refuse que sa commune serve de point de dispersion.



