Le préfet de police de Paris et le préfet des Hauts-de-Seine ont interdit, jeudi 29 octobre, deux rendez-vous du collectif Objectif Remigration. Le colloque du 31 octobre au Plessis-Robinson et la marche du 1er novembre à Paris sont annulés. Le même jour, trois autres manifestations ont été autorisées ailleurs.
- Que disent les deux arrêtés ?
- Pourquoi le préfet invoque l’ordre public
- Le même jour, trois cortèges déviés
- Ce que vous risquez, et ce qui peut annuler l’arrêté
- Et maintenant ?
Que disent les deux arrêtés ?
Le préfet de police a signé l’arrêté 2026-01474, la décision écrite qui l’autorise à interdire. Six pages de motifs. Le texte interdit la manifestation déclarée le 21 octobre par le collectif.
Le parcours partait de la place des Pyramides à 13 heures pour finir devant l’Assemblée nationale, avec un rassemblement jusqu’à 17 heures.
Le même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a interdit le colloque du même collectif. Il était prévu samedi à la Maison des Arts du Plessis-Robinson. Selon France 3, il était organisé par Polémia, un cercle de réflexion identitaire.
L’arrêté cite l’article L. 211-4 du code de la sécurité intérieure, qui autorise le préfet à interdire une manifestation troublant l’ordre public. Il cite aussi l’article 431-9 du code pénal.
Organiser une manifestation interdite : six mois de prison et 7 500 euros d’amende. Y participer : une contravention de 4e classe, 135 euros.
Celui-ci a été pris, selon la préfecture de police, à la demande du ministre de l’Intérieur. Le motif : « au regard des risques de troubles à l’ordre public, notamment à la suite de l’attentat de Trappes ». La préfecture le dit au Monde et à Ouest-France. Cette demande ne figure pas dans le document, qui ne parle que d’ordre public.
Pourquoi le préfet invoque l’ordre public
L’arrêté ne juge pas les idées. Il décrit un risque d’affrontement.
Le préfet attend 1 000 à 1 500 militants, dont des groupes identitaires britanniques, allemands, espagnols et italiens.
Il rappelle l’attentat du 23 octobre à Trappes et La Verrière. Un homme y a tué une personne en visant des gens selon leur origine. Le ministère public enquête pour assassinat en lien avec une entreprise terroriste.
Puis viennent les chiffres des 17 et 18 octobre à Paris. Le 17, 855 interpellations, 297 blessés chez les forces de l’ordre, 111 parmi les riverains et les manifestants. Le 18, 351 interpellations et 17 blessés. Trente-six magasins dégradés, dont 33 pillés.
Les chiffres cités par l’arrêté, pour Paris
Personnes concernées les 17 et 18 octobre 2026, selon l’arrêté 2026-01474 du 29 octobre.
Interpellations, 17 octobre : 855.855
Interpellations, 18 octobre : 351.351
Forces de l’ordre blessées, 17 octobre : 297.297
Riverains et manifestants blessés, 17 octobre : 111.111
Forces de l’ordre blessées, 18 octobre : 17.
InterpellationsBlessés
Source : arrêté n° 2026-01474 du 29 octobre 2026, pages 4 et 5, publié sur le site de la préfecture de police. Ces chiffres portent sur Paris, pas sur le pays.
Il cite Halloween : des images de films d’horreur circulent sur les réseaux sociaux et invitent à s’en inspirer, écrit-il.
Le rassemblement devait se tenir devant l’Assemblée nationale, sous Vigipirate « vigilance renforcée ».
Enfin, il rappelle la règle qu’il s’impose. Une interdiction n’est possible que si elle est « la seule de nature à prévenir un trouble grave à l’ordre public ». La formule vient de l’arrêt Benjamin, en 1933.
À regarder : la carte des interdictions avant le 24 octobre, publiée par franceinfo. Elle est antérieure aux arrêtés du 29 octobre. Elle ne dit rien du week-end à venir.
Le même jour, trois cortèges déviés
Trois autres manifestations ont été traitées autrement, le même jeudi. Elles ne sont pas interdites. Elles sont amputées.
La Coordination nationale étudiante devait défiler jeudi des Grands Moulins au centre pénitentiaire de Paris-La Santé. La partie mobile est interdite. Un rassemblement statique reste possible au point de départ.
Les gilets jaunes voulaient se réunir vendredi près de l’Élysée. La préfecture propose la place Edmond-Michelet.
Le Syndicat du commerce indépendant démocratique voulait défiler sur les Champs-Élysées. La préfecture propose un parcours de la place de Clichy à la place Stalingrad.
Ces décisions sont rapportées par La Croix, citant l’AFP.
Deux outils pour un même risque. L’interdiction totale quand la présence est dangereuse. Le détour quand c’est le lieu qui pose problème. Le choix entre les deux est la vraie décision.
Le 24 octobre, un cortège accepté le jeudi a été interdit le vendredi et déplacé 3 km plus loin (notre article du 25 octobre).
Ce que vous risquez, et ce qui peut annuler l’arrêté
Un arrêté s’applique tout de suite. Les recours écrits ne le suspendent pas, précise son annexe.
Un seul recours va vite : le référé-liberté. Le juge administratif statue en 48 heures. Il suspend l’arrêté en cas d’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Il a fonctionné deux fois ce mois-ci. Le 22 octobre, le juge a autorisé le jour même une manifestation étudiante interdite à Paris. Le 24 octobre, 5 communes sur 31 interdites ont été rouvertes.
Le 28 octobre, le tribunal administratif de Paris a aussi suspendu le couvre-feu des mineurs non accompagnés, faute de preuves du danger (notre article du 29 octobre).
Polémia a annoncé un référé-liberté contre l’interdiction du colloque, selon France 3.
La règle vaut pour toutes les manifestations du mois (notre article du 23 octobre).
Et maintenant ?
Vendredi, une séance de dédicace d’un militant identitaire autrichien est annoncée dans une librairie parisienne, selon France 3. Sa tenue restait incertaine.
Une vingtaine d’organisations, dont Plessis Insoumis, NousToutes92 et Utopia56, appellent à un rassemblement samedi à 9 h 30 devant la Maison des Arts.
Une nouvelle journée de mobilisation est annoncée le 31 octobre. Les tracés sont déjà un point de tension.
Le préfet peut interdire. Le juge peut annuler en 48 heures. Entre les deux, il y a une rue et des gens qui marchent.
Je retiens ceci : l’État n’interdit pas une idée, il interdit une heure, un lieu, un parcours. Deux rendez-vous sont supprimés, trois défilés déplacés. La liberté se règle rue par rue, et celui qui tient le stylo choisit entre l’interdiction et le détour.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Deux arrêtés signés le 29 octobre interdisent le colloque du 31 octobre au Plessis-Robinson et la marche du 1er novembre à Paris.
- Le même jour, trois manifestations ont été interdites sur une partie de leur parcours, avec un itinéraire de remplacement.
- Organisateur d’une manifestation interdite : 6 mois et 7 500 euros. Participant : 135 euros. Un référé-liberté peut suspendre l’arrêté en 48 heures.



