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L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

Manifester samedi sera autorisé, mais pas au centre-ville

Foule de manifestants vue de dos, casseroles et gilet jaune au premier plan, face à une ligne de policiers casqués derrière un cordon rouge, devant un centre-ville haussmannien enfermé derrière une paroi de verre surmontée d'un plan cadastral aux lignes rouges.
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En bref. Le 31 octobre 2026, lycéens, étudiants, syndicats et gilets jaunes appellent à un 3e samedi de mobilisation contre la vie chère. Le ministère de l’Intérieur déploie 70 000 policiers et gendarmes, comme le 24 octobre, et interdit les manifestations dans les centres-villes : les cortèges autorisés passeront en périphérie. Plus de 550 mobilisations sont recensées. Attendez-vous à des contrôles et à des transports perturbés.

  1. Que préparent les organisateurs pour samedi ?
  2. Interdit au centre, autorisé en périphérie
  3. 70 000 policiers pour une foule annoncée identique
  4. Le parcours se décide au tribunal
  5. Ce que j’en retiens

Que préparent les organisateurs pour samedi ?

Troisième samedi de suite. Le 17 octobre a viré aux saccages et aux pillages, et un manifestant y est mort. Le 24 octobre a été plus calme, avec des heurts en fin de cortège. Cette fois, lycéens, étudiants, syndicats et gilets jaunes appellent à défiler contre la vie chère et pour des conditions d’études dignes. Le site des gilets jaunes recense plus de 550 mobilisations, dont des sit-in devant l’Assemblée nationale et devant les mairies.

Le rendez-vous tombe un samedi d’Halloween. Des appels à se réunir sur les places à partir de 20 heures circulent. Le ministère de l’Intérieur les rattache à « la mouvance d’ultragauche, de l’extrême gauche radicalisée et des gilets jaunes radicalisés ». Laurent Nuñez a prévenu jeudi : ces rassemblements du soir « seront bien entendu interdits ». Les forces de l’ordre resteront mobilisées tard dans la nuit, selon Le Progrès.

Interdit au centre, autorisé en périphérie

La décision qui compte n’interdit pas de manifester. Elle interdit de manifester à un endroit précis. Le ministre a annoncé « les mêmes règles que le 24 octobre » : manifestations interdites dans les centres-villes, cortèges autorisés en périphérie, couvre-feux locaux possibles, contrôles dans les gares et sur les axes. Un arrêté préfectoral, c’est-à-dire une décision écrite du préfet, fixe ainsi le trajet autorisé. Le centre-ville est traité comme un espace à protéger, pas comme un espace public où l’on proteste.

Le précédent du 17 octobre sert de méthode. Les dégradations ont eu lieu là où les cortèges passaient. Depuis, les préfectures déplacent les parcours vers les boulevards extérieurs et le périphérique. Cela protège les vitrines, et cela rend la manifestation moins visible, moins audible, moins centrale. La protection du commerce est devenue un motif d’arrêté à part entière : les cortèges de fin d’année sont déjà pensés pour contourner les centres. Le droit de manifester existe toujours ; sa géographie a changé.

70 000 policiers pour une foule annoncée identique

Jeudi, Laurent Nuñez a annoncé 70 000 policiers et gendarmes. C’est le même volume que le 24 octobre, contre 60 000 le 17 octobre. Les repos sont suspendus là où il le faut, et la disponibilité est portée à 75 %. Raid, BRI, GIGN, hélicoptères, brigades équestres et 26 Centaures sont engagés. Consigne est donnée de saisir cagoules, masques, feux d’artifice et mortiers avant les rassemblements, d’après le compte rendu de sa conférence de presse.

Forces de l’ordre mobilisées lors des trois samedis de mobilisation. Chiffres annoncés par le ministère de l’Intérieur et rapportés par Le Progrès : 60 000 le 17 octobre, environ 70 000 le 24 octobre, 70 000 pour le 31 octobre. Les comptages de manifestants relèvent de deux méthodes distinctes, présentées plus bas.



Le dispositif est dimensionné sur une prévision : autant de monde que le 24 octobre. Ce jour-là, les autorités ont compté 410 000 personnes en France, et la CGT a annoncé le double. Deux chiffres, deux méthodes : les préfectures comptent des colonnes à un instant donné, les syndicats des passages et des points fixes. Le chiffre officiel est partiel ; le chiffre syndical est militant. Aucun des deux ne mesure le mouvement : tous deux le qualifient.

Le parcours se décide au tribunal

À Paris, la bataille porte sur quelques kilomètres. La CGT a déclaré un parcours Bastille-Nation, le même que celui validé la semaine dernière. La préfecture avait tenté d’imposer un trajet le long du périphérique, entre les portes de Bagnolet et de Charenton. Le tribunal administratif avait finalement autorisé Bastille-Nation. Les gilets jaunes ont déclaré Bastille-Concorde, par République et Opéra. Ce tracé ne devrait pas être validé, et ils parlent de porter plainte pour « entrave au droit de manifester ».

Ce détail dit l’essentiel. Le préfet choisit l’itinéraire. Le juge tranche en urgence, souvent la veille au soir. Le droit de manifester ne se règle plus devant le Parlement, mais dans des ordonnances de référé, sur un plan de circulation. Et le manifestant apprend la veille où il a le droit d’être.

Les lycéens sont sortis de leur rencontre jeudi place Beauvau en parlant de « dialogue de sourd » et d’infantilisation. Ils reprochent au ministre de refuser de reconnaître les violences policières. La rentrée du 2 novembre approche, avec 87 établissements dégradés et la facture laissée aux collectivités. Un responsable syndical de police résume l’objectif des plus radicaux : « épuiser les forces de l’ordre ».

Ce que j’en retiens

Opinion de la maison, pas un fait. 70 000 hommes, des hélicoptères, des Centaures, des couvre-feux possibles, pour une manifestation. Je ne crois pas que ce soit seulement l’histoire d’un désordre à contenir. C’est aussi l’histoire d’un État qui ne cherche plus à convaincre et qui administre l’espace. On ne discute pas avec 410 000 personnes : on découpe une ville en zones, on autorise ici, on interdit là, et l’on appelle cela l’ordre public.

Le précédent du 17 octobre sert de justification, et il sert aussi de méthode. Quelques casseurs suffisent à déplacer durablement le droit de tous. Chaque saccage élargit le périmètre interdit, et chaque élargissement se justifie par le saccage précédent. À ce rythme, le droit de manifester existera partout, sauf là où l’on peut être vu.

La vraie question n’est pas d’aimer ce mouvement. C’est de savoir qui décide de l’endroit où la parole publique a le droit de se tenir. Ce n’est plus la rue, ce n’est plus le Parlement : c’est une préfecture, et derrière elle un juge des référés saisi en fin de semaine.

À retenir

  • Le 31 octobre, 3e samedi de mobilisation contre la vie chère ; plus de 550 rassemblements recensés.
  • 70 000 policiers et gendarmes annoncés, comme le 24 octobre ; 60 000 le 17 octobre.
  • Manifestations interdites dans les centres-villes, cortèges autorisés en périphérie ; rassemblements du soir à partir de 20 heures interdits.
  • À Paris, la CGT a déclaré Bastille-Nation ; les gilets jaunes Bastille-Concorde, tracé qui ne devrait pas être validé.

Et chez vous ? Si votre ville interdit les centres-villes et déplace les cortèges en périphérie, savez-vous encore où la manifestation de samedi a le droit de passer, et qui en a décidé ?

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Jacques Bigote

L’auteur

Jacques Bigote

Jacques Bigote est le podcateur de Goliard, le podcast de L’Esprit Français.

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