Les syndicats et le patronat ouvrent ce jeudi 29 octobre une négociation sur les arrêts de travail. Le même matin, sur France Inter, le ministre du Travail et des Solidarités a posé le cadre : « Le moment est venu de changer les paramètres profonds de l’Assurance maladie. » Jean-Pierre Farandou veut « une réforme structurelle ». Le gouvernement attend 1 milliard d’euros d’économies en 2027, et un accord avant le 19 décembre. Derrière ces mots, il y a votre paie des premiers jours d’arrêt.
- Que veut changer le gouvernement ?
- D’où viennent les 2 milliards ?
- Qui paie aujourd’hui, et combien ?
- Ce qui est déjà décidé
- Et maintenant ?
Que veut changer le gouvernement ?
Le ministre part d’un constat qu’il formule lui-même. « Quand on se compare aux autres pays européens, on protège mieux les arrêts courts, avec les risques d’abus qui vont avec », a-t-il dit sur France Inter. « Et pas si bien que ça les arrêts longs. » Il veut « rééquilibrer tout ça ». Le 15 octobre, l’Agence France-Presse rapportait déjà son objectif : « moins protéger les arrêts courts » et « mieux les longs ».
La lettre envoyée aux partenaires sociaux le 7 octobre fixe trois axes, que l’U2P, l’organisation des petites entreprises, a publiée. Renforcer la prévention et l’accompagnement des reprises. Réviser les niveaux de garanties selon le risque. Responsabiliser les prescripteurs, les employeurs et les assurés.
D’où viennent les 2 milliards ?
Les deux circulent, et les deux sont vrais. Ils ne mesurent pas la même chose.
La négociation ouverte aujourd’hui doit rendre 1 milliard d’euros en 2027. C’est le montant écrit dans la lettre du 7 octobre.
Le second milliard vient du budget. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale prévoit de fiscaliser une partie des indemnités journalières. Celles des affections de longue durée le seraient partiellement, celles des accidents du travail et des maladies professionnelles entièrement. Le gouvernement veut aligner la CSG, la contribution qui finance la protection sociale, sur celle des revenus d’activité. Il en attend 1 milliard, selon le dossier de presse du 1er octobre cité par LCP.
Ce texte a été rejeté le 23 octobre à l’Assemblée nationale. Il poursuit son examen, et ce levier n’est pas encore voté.
Qui paie aujourd’hui, et combien ?
Dans le privé, les indemnités commencent au 4e jour d’arrêt. Les 3 premiers jours forment le délai de carence : ils ne sont pas payés par l’Assurance maladie. Ensuite, l’indemnité vaut 50 % du salaire journalier de base, selon l’Assurance maladie.
Le calcul a un plafond. Le salaire retenu ne dépasse pas 1,4 fois le Smic mensuel, soit 2 613,83 euros bruts pour un arrêt commencé depuis juillet. L’indemnité ne peut donc pas dépasser 42,97 euros bruts par jour. Un ingénieur malade touche donc la même somme qu’un employé payé 2 600 euros.
Certaines conventions collectives ajoutent un complément d’employeur. Toutes ne le prévoient pas.
Moins protéger les arrêts courts, cela veut dire toucher à l’un de ces trois paramètres : le délai de carence, le taux de 50 %, ou le plafond. Le gouvernement n’a pas dit lequel.
Les indemnités journalières ont coûté 17,9 milliards d’euros en 2025, selon le document budgétaire du gouvernement. Elles approcheraient 19 milliards en 2026, et 20 milliards en 2027 sans mesure nouvelle.
La dépense d’indemnités journalières, en milliards d’euros
Un seul chiffre est constaté ; les deux suivants sont des projections du gouvernement, sans mesure nouvelle.
2025, constaté : 17,917,92026, estimation : 19192027, sans mesure : 2020
ConstatéProjection
Dossier de presse du gouvernement, 1er octobre 2026, cité par LCP ; lettre du 7 octobre 2026, publiée par l’U2P. Limite : ces montants couvrent les arrêts maladie et les accidents du travail, pas les seules indemnités des salariés du privé.
Ce n’est pas la première fois que la dépense change de main. En 2027, 200 millions d’euros de cures thermales passeront de l’Assurance maladie aux complémentaires santé.
Ce qui est déjà décidé
Une partie de la réforme ne dépend pas de la négociation. Le projet de budget de la Sécurité sociale crée des réunions entre le médecin traitant, le médecin du travail et le médecin conseil, pour les arrêts de plus de 30 jours qui menacent un retour à l’emploi. La mesure est prévue au 1er juillet 2027, selon Le Moniteur des pharmacies. Le gouvernement ajoute 700 000 contrôles et la lutte contre le nomadisme médical.
Sur les accidents du travail, un décret est déjà pris. À partir du 1er novembre, au-delà de 3 300 euros de salaire, l’indemnité tombe à 65 euros par jour.
Et maintenant ?
Syndicats et patronat doivent rendre leur copie avant le 19 décembre. Force ouvrière dénonce déjà l’objectif : son secrétaire général, Frédéric Souillot, a redit ce jeudi sur BFM Business que l’exécutif cherchait 2 milliards d’euros.
L’U2P, le patronat des petites entreprises, critique la méthode : le gouvernement fixe le montant et les trois axes, et « laisse entendre qu’il pourrait reprendre la main par voie réglementaire en l’absence d’accord ».
Les 2 milliards attendus sur les arrêts représentent environ un cinquième des 9,9 milliards d’efforts du budget de la Sécurité sociale pour 2027. La décision sur le délai de carence, elle, n’appartient plus au Parlement seul : elle se jouera dans une salle de négociation, avant le 19 décembre.
À regarder : l’audition de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (CNAM) au Sénat, sur le budget de la Sécurité sociale. C’est elle qui verse les indemnités visées par la réforme.
L’État fixe le montant, la date et les trois axes avant d’ouvrir la négociation. Les partenaires sociaux discutent la répartition, pas l’objectif. Une réforme qui part d’un chiffre d’économies finit par toucher les jours d’arrêt des salariés. Les prescripteurs, eux, n’ont encore rien payé.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Les arrêts courts passent en premier, l’accord est attendu le 19 décembre, et l’État garde la main s’il n’y en a pas.



