Emmanuel Macron a été interrogé le 28 octobre par le youtubeur Hugo Travers, sur HugoDécrypte. Sur le pouvoir d’achat, il a désigné un coupable : les branches professionnelles qui paient sous le SMIC. « Je pense que la clé, elle est plus aujourd’hui sur certaines branches qui ont un niveau de rémunération qui est en dessous du Smic », a-t-il dit, selon franceinfo. Il n’a pas répondu sur un coup de pouce au salaire minimum. Le même jour, Le Parisien publiait un décompte de la CGT : 122 branches ont une grille qui démarre sous le SMIC.
- Ce que Macron a dit, et ce qu’il a évité.
- Une grille sous le SMIC, c’est autorisé ?
- Combien de branches, combien de salariés ?
- Ce que cela change sur une fiche de paie.
- Et maintenant ?
Ce que Macron a dit, et ce qu’il a évité
La question portait sur le pouvoir d’achat, après un mois de mobilisation lycéenne et de manifestations contre la vie chère. Le président a répondu par une piste : rouvrir les négociations dans ces branches, « relancer, là à court terme, des dialogues sociaux ».
Il n’a rien annoncé sur le montant du SMIC. Interrogé sur un nouveau coup de pouce, il a renvoyé la décision au Premier ministre, Sébastien Lecornu. La hausse du salaire minimum n’est donc plus la réponse principale, mais un arbitrage parmi d’autres.
Le gouvernement, lui, étudie bien une hausse. Selon Le Figaro, qui cite Les Échos, l’exécutif envisage d’avancer la revalorisation du 1er janvier et d’y ajouter 0,5 à 0,6 point. Au total, environ 1,5 %, soit une vingtaine d’euros net par mois pour un temps plein. Le 25 octobre, le scénario discuté portait sur 0,8 %, environ 15 euros brut. Ni le montant ni la date ne sont arrêtés.
Une grille sous le SMIC, c’est autorisé ?
Personne ne peut être payé sous le SMIC. Depuis le 1er juin, le salaire minimum est de 12,31 euros brut de l’heure, soit 1 867,02 euros brut et 1 477,93 euros net par mois pour 35 heures, selon le gouvernement.
Mais une branche n’est pas obligée de fixer ses propres minima au-dessus de ce plancher. Depuis la loi du 16 août 2022, si un seul coefficient de la grille passe sous le SMIC, les partenaires sociaux doivent ouvrir des négociations dans les 45 jours (article L. 2241-10 du code du travail). Ils doivent négocier, pas aboutir.
Le gouvernement l’écrit noir sur blanc. Dans une réponse publiée au Journal officiel le 20 janvier 2026 : « Si la branche n’a pas une obligation de fixer un minimum conventionnel au moins égal au SMIC », elle a celle d’ouvrir les discussions. Et le même texte rappelle que l’exécutif « demeure attaché à la liberté de négociation conventionnelle ».
Sans accord, la grille reste en place. Le salarié est payé au SMIC, mais son échelon ne lui rapporte plus rien. L’agence France-Presse le résume : dans ces branches, « les salariés peuvent voir leur rémunération stagner des années au salaire minimum, malgré leur avancée en ancienneté ou qualification ».
Combien de branches, combien de salariés ?
La part des branches dont la grille commence sous le SMIC
Trois décomptes, trois périmètres. La barre rouge donne la part concernée.
Ministère du Travail, au 1er juin 2026 : 126 sur 179 (70 %)70 %CGT, au 28 octobre 2026 : 122 sur 230 (53 %)53 %CGT, en avril 2026 : 76 sur 230 (33 %)33 %
Sous le SMICAu-dessus
AFP, 27 mai 2026 ; Le Parisien, 28 octobre 2026 ; CGT, avril 2026.
Le ministère du Travail suit 179 branches. Au 1er juin, après la hausse de 2,41 %, 126 d’entre elles avaient une grille qui démarre sous le SMIC, contre 30 avant la revalorisation. Soit 70 %.
La CGT ne compte pas de la même façon. Elle recense 230 branches, agriculture et bâtiment compris, et retient celles qui ont au moins un niveau sous le SMIC. En avril, elle en trouvait 76 ; le 28 octobre, 122, selon Le Parisien.
L’écart entre 70 % et 53 % ne vient pas d’un désaccord sur les faits. Les deux comptages ne couvrent pas les mêmes branches, et ne comptent pas la même chose. Un chiffre manque dans les deux cas : combien de salariés sont réellement bloqués au plancher. La CGT avance 6,14 millions de salariés dans une branche dont un minima est sous le SMIC. Cela ne veut pas dire qu’ils sont tous payés au SMIC.
Ce que cela change sur une fiche de paie
Un salarié payé au SMIC touche bien chaque hausse. Ce qu’il perd, c’est l’écart. Passer d’un échelon au suivant ne change plus sa paie, puisque le plancher légal a déjà dépassé le minima de sa branche. L’ancienneté ne se traduit plus en euros.
Le Parisien donne l’exemple de l’habillement. Dix ans que la grille a, au mieux, un niveau sous le SMIC. En septembre, le patronat a proposé de repasser les premiers échelons au plancher, en arrondissant « au-dessus de 0,98 centime », et d’augmenter les agents de maîtrise de 5 euros brut. Élodie Ferrier, de la CGT Commerces et Services : « On a cru à une blague. »
Chaque revalorisation produit le même effet. Le plancher monte, les premiers coefficients passent dessous, les 45 jours repartent, et les négociations peuvent encore échouer. La hausse suivante efface le peu qui avait été accordé.
À regarder : l’entretien du 28 octobre, où le président répond sur le pouvoir d’achat. La séquence sur les branches sous le SMIC se situe après les questions sur les lycées.
Et maintenant ?
La décision sur le SMIC appartient au Premier ministre. Aucune annonce n’a été faite, et le calendrier reste ouvert : Le Figaro évoque le 1er novembre, d’autres titres décembre. Sur les branches, le levier existe : conditionner les aides publiques, ou fixer un minima au moins égal au SMIC.
Le gouvernement préfère la négociation. La CGT et la CFDT demandent l’inverse, une obligation de mise en conformité. La mobilisation du 5 novembre portera cette demande, avec 100 euros réclamés par la CFDT. Le coût de la hausse automatique, lui, est déjà chiffré : 0,9 milliard pour l’État, 11,5 milliards selon le Medef.
Le président a raison sur un point : le blocage est dans les grilles. Mais la règle qui laisse une branche sous le SMIC, c’est l’État qui l’a écrite. Une obligation de négocier sans obligation de conclure, c’est un droit de parler, pas une politique de salaires.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Une branche peut garder une grille sous le SMIC : les salariés sont payés au plancher légal, et l’ancienneté ne paie plus.



