Le mobile n’est plus une hypothèse. Selon Le Monde, qui cite plusieurs sources concordantes, l’homme de 39 ans arrêté vendredi 23 octobre après la course meurtrière de Trappes et de La Verrière a expliqué aux premiers policiers avoir voulu « venger les commerçants » pillés le 17 octobre, en s’en prenant « aux Noirs et aux Arabes ». Bilan : 1 mort, 5 blessés, dont une fille de 12 ans atteinte de 8 balles, toujours en urgence absolue.
Le plan
- Ce qu’il a dit, et devant qui
- Le parcours, kilomètre par kilomètre
- Ce que le 17 octobre laisse derrière lui
- Une garde à vue de 96 heures
- Ce que ce motif dit de nous
Ce qu’il a dit, et devant qui
Ces propos n’ont pas été tenus devant un juge, mais devant les policiers de l’interpellation, à Coignières, avant les auditions du parquet national antiterroriste (PNAT) : déclarations rapportées, non confirmées publiquement, et une qualification n’est pas un jugement. Le PNAT enquête pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante de l’appartenance vraie ou supposée des victimes à une race, une ethnie, une nation ou une religion (actu.fr, 24 octobre).
Sur le contenu, les médias concordent : des cibles noires et arabes, et un geste rattaché aux commerces pillés du 17 octobre (La Dépêche du Midi, 24 octobre). À son domicile de Plaisir, les enquêteurs ont trouvé un exemplaire de Mein Kampf et un dispositif de piégeage, 3 bouteilles de gaz reliées à un minuteur, qui a nécessité le RAID et des démineurs.
Le parcours, kilomètre par kilomètre
Le PNAT a retracé le trajet comme un arpentage : 6 lieux, un peu plus de 9 kilomètres, une vingtaine de minutes (CNews, 23 octobre). Vers 10 heures, avenue Hector Berlioz, il tire sur une voiture où se trouvent une mère et sa fille. À 1,1 km, la Maison de santé : la façade. À 1,8 km, square Louis Pergaud : un homme de 26 ans est tué. À 2,9 km, la station Esso : 2 blessés. À 5,9 km, la pharmacie du Bois de l’Étang, à La Verrière : 2 hommes de ménage touchés. À 9 km, Orly Parc : une fille de 12 ans, 8 balles (notre article du 23 octobre). Une cellule psychologique a été ouverte à Trappes.
Distance cumulée du parcours, étape par étape (km)
Images du 23 octobre, antérieures aux déclarations rapportées samedi. À observer : le maire annonce l’état de l’enfant, et la rue derrière lui. Elle ne montre pas le suspect.
Ce que le 17 octobre laisse derrière lui
Après la journée du 17 octobre, l’essentiel du débat public a porté sur les vitrines : 15 millions d’euros pour protéger 500 commerces, dont le compte ne tombait déjà pas juste (notre article du 23 octobre), et un préfet disant aux commerçants de payer leurs vigiles (même jour). Commerçant saccagé, vitrine cassée : voilà le récit resté.
Ce récit ne tue personne, et il ne désigne aucun coupable racial : aucune juridiction n’a attribué les pillages à des Noirs ou à des Arabes, et rien ne relie les victimes de vendredi aux commerces pillés. Mais un homme qui cherchait une justification à sa haine en a trouvé une déjà formulée. Je ne dis pas que quelqu’un l’a armé : aucune pièce ne l’établit. Je dis que ce motif circulait, et qu’une société qui explique une émeute uniquement par le pillage distribue une liste de responsables. La liste est toujours fausse, et ce sont toujours les mêmes qui la reçoivent.
Une garde à vue de 96 heures
Le PNAT a prolongé samedi la garde à vue après une première audition. Elle peut durer jusqu’à 96 heures, contre 48 heures en droit commun ; les analyses toxicologiques sont en cours. Trois proches, dont sa mère, sont en garde à vue.
Ce que ce motif dit de nous
Notre lecture
Un homme de 39 ans a tué parce qu’il haïssait des gens pour leur couleur de peau, et il a donné à sa haine la forme d’une dette commerciale. Devant la loi, il est seul responsable, et rien ne l’excuse. Mais le pays doit regarder ce qu’il a laissé disponible : pendant six jours, le 17 octobre s’est raconté par des vitrines, sans jamais dire que ceux qui avaient cassé n’étaient pas ceux qu’on allait tuer. Le racisme n’a pas besoin d’un ordre pour se servir d’un récit ; il lui suffit qu’on le laisse en place. L’État répond par 96 heures et une qualification. Ce n’est pas assez : on ne répare pas une fille de 12 ans avec une procédure.
Opinion de la maison, pas un fait.
À retenir
- Selon Le Monde, le suspect a dit aux policiers avoir voulu « venger les commerçants » pillés le 17 octobre, en ciblant les personnes noires et arabes.
- 1 mort, Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et 5 blessés, dont une fille de 12 ans atteinte de 8 balles.
- 6 lieux sur un peu plus de 9 kilomètres en une vingtaine de minutes ; garde à vue prolongée jusqu’à 96 heures.



