Trois jours après la course meurtrière de Trappes et de La Verrière, le parquet national antiterroriste a tenu une conférence de presse, lundi 26 octobre. Le procureur Olivier Christen a annoncé la reprise de la garde à vue du suspect à 14 h 46, laissé voir la défense qui se prépare, et démenti une information publiée le matin même. Ce triple mouvement vaut mieux qu’un point d’étape : il montre comment se fabrique la preuve.
- Ce que le procureur a établi, et ce qu’il a démenti
- Reconnaître les tirs, nier le racisme
- Apte à être entendu n’est pas responsable
- 12 km et 128 munitions
- Ce que j’en pense
Ce que le procureur a établi, et ce qu’il a démenti
Vendredi 23 octobre, un homme de 39 ans a tiré depuis sa voiture à Trappes puis à La Verrière. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, a été tué ; 5 personnes ont été blessées, dont une adolescente, « tirée d’affaire » selon le maire de La Verrière. Le parquet retient l’assassinat et les tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante raciste. J’ai raconté la journée du 23 octobre avant que le mobile soit connu, puis ce que le suspect avait dit aux policiers.
Lundi, Olivier Christen a d’abord corrigé la presse : « Je tiens à préciser qu’aucun tract d’un parti politique n’a été découvert dans son véhicule » (AFP). Le Monde avait écrit le matin que des « tracts du RN » étaient dans la voiture ; le journal a ensuite précisé, sur une seconde source, que les documents étaient ailleurs et que ce n’étaient pas à proprement parler des tracts (Sud-Ouest, AFP). Ce démenti n’innocente personne : le mobile raciste est instruit, pas abandonné. Mais une pièce annoncée puis retirée n’est pas un détail, quand elle a servi toute la matinée à expliquer le crime par un parti.
Reconnaître les tirs, nier le racisme
Le suspect « ne conteste pas la matérialité des faits », a dit le procureur, mais « le caractère raciste de ses crimes » (Le Parisien). C’est la défense la plus rationnelle qui soit : les faits sont filmés, les douilles comptées, les victimes identifiées ; le seul terrain encore ouvert est celui de l’intention.
Or contester le racisme, ce n’est pas contester les faits, c’est contester la qualification. La circonstance aggravante raciste n’est pas un commentaire : elle change la peine encourue, comme l’entreprise terroriste. Un tribunal dira si les propos, les cibles et le contexte suffisent à l’établir. Le critère n’est pas l’opinion du suspect sur lui-même, mais ce que l’enquête démontre.
Apte à être entendu n’est pas responsable
La séquence psychiatrique se lit lentement. La garde à vue avait été levée à minuit, dans la nuit du 24 au 25 octobre, et le suspect transféré à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police. Nouvel examen lundi : il « ne présentait pas de symptômes de décompensation aiguë, ni de signe direct ou indirect en faveur d’une activité hallucinatoire ou délirante », ni « de signes cliniques d’une pathologie aliénante, décompensée, justifiant une hospitalisation sous contrainte ». La garde à vue a donc repris à 14 h 46, et peut courir jusqu’au 29 octobre à 0 h 36.
Il faut tenir les deux bouts : un examen qui conclut à l’aptitude à l’audition ne dit pas que l’homme est pénalement responsable, il dit qu’il peut être interrogé. La responsabilité relève de l’article 122-1 du code pénal, qui efface la peine quand un trouble psychique a aboli le discernement au moment des faits. Cette question sera tranchée par une expertise, puis par la juridiction. La presse rapporte un traitement pour schizophrénie depuis des années : suivi, interrompu ou mal dosé, c’est un fait du dossier, pas encore une réponse. J’ai décrit hier ce que « levée » et « suspendue » voulaient dire ; le week-end l’a vérifié.
12 km et 128 munitions
Le parquet a précisé le parcours : 12 km entre Trappes et La Verrière, et 128 munitions tirées. Samedi, la même source disait « un peu plus de 9 kilomètres » : le périmètre s’allonge à mesure que les lieux sont recoupés. 128 cartouches, ce n’est pas un geste de colère, c’est un chargeur après l’autre sur une douzaine de kilomètres. Les 4 proches placés en garde à vue, famille et amis, ont été remis en liberté dans la soirée du 25 octobre, « sans suite à ce stade » : l’enquête ne tient aujourd’hui son récit que du suspect et de la vidéo.
96 heures de garde à vue, dont 38 déjà consommées
Heures décomptées, suspension exclue.
Ce qui s’est joué lundi n’est pas un feuilleton judiciaire, c’est la fabrication de la preuve : un fait publié le matin, démenti à 18 heures, une qualification contestée, une expertise qui décidera peut-être qu’il n’y aura pas de procès.
Opinion de la maison, pas un fait.
Ce que j’en pense
Le démenti du procureur compte plus que le crime supposé d’un tract : une source unique, même sérieuse, peut installer une causalité politique en quelques heures, et seule la pièce la déloge. Ensuite, la vraie bataille sera psychiatrique. Si l’expertise conclut à l’abolition du discernement, il n’y aura pas de procès, et 128 munitions ne pèseront plus rien devant l’article 122-1. Ce n’est pas un scandale, c’est le droit. Mais il faudra le dire aux victimes avec la clarté mise à décrire le parcours meurtrier, et ne pas laisser croire que l’irresponsabilité pénale est une innocuité.
- La garde à vue a repris lundi 26 octobre à 14 h 46 ; elle peut courir jusqu’au 29 octobre à 0 h 36.
- Le suspect reconnaît les faits et conteste le caractère raciste, qui est une circonstance aggravante, pas un commentaire.
- Le procureur a démenti la présence de tracts d’un parti politique dans son véhicule.
- L’examen de lundi juge l’aptitude à être entendu, pas la responsabilité pénale, qui relève de l’article 122-1.
- Le parquet compte 12 km de parcours et 128 munitions tirées.
À prolonger : « La première fois », dit Macron : 7 attentats avaient déjà visé des Français pour leur religion.



