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L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

15 millions pour protéger les vitrines, 500 commerces : le compte ne tombe pas juste

Rideau métallique à demi baissé sur une vitrine de bijouterie, cadenas, verre brisé au sol ; un commerçant vu de dos tient une clé près d'une machine à brouillard ; dans la rue froide, barrières et silhouettes dans la brume, et au fond une façade institutionnelle monumentale avec un drapeau tricolore.

Cinq cents commerces touchés en Auvergne-Rhône-Alpes, 15 millions d’euros débloqués par la région, une règle simple : la moitié des dépenses remboursées, 5 000 euros au maximum par établissement. Le dispositif est ouvert depuis vendredi. J’ai fait l’addition : à ce plafond, 500 boutiques n’absorbent que 2,5 millions. Les 12,5 millions restants sont annoncés, pas dépensés.

Le plan

  1. Ce que la région rembourse, et à qui
  2. Le calcul ne tombe pas juste
  3. De 60 000 à 80 000, le pourcentage officiel ne suit pas
  4. L’ordre se décide ailleurs, et ne se conteste pas
  5. Ce que cela change pour vous

Ce que la région rembourse, et à qui

La région a annoncé mercredi 21 octobre 15 millions d’euros pour protéger les commerces, rapporte 20 Minutes. Le dispositif prend en charge 50 % des dépenses éligibles, dans la limite de 5 000 euros par établissement, pour les achats réalisés depuis lundi 19 octobre. Le versement est annoncé sous quelques jours.

La liste dit le reste : rideaux métalliques, vitrages de sécurité, brouillard opacifiant, vidéoprotection dite intelligente, ADN synthétique, sirènes de 100 dB. Le brouillard aveugle en 2 à 20 secondes, selon la région.

Qui paie ? Le budget régional, donc l’impôt régional. Qui reçoit ? Les commerces des zones touchées. Combien ? 500 établissements selon la région elle-même, qui fixe donc le besoin, le montant et la règle de répartition. Le chiffre ne vient pas d’un recensement indépendant.

Le calcul ne tombe pas juste

500 commerces, 5 000 euros chacun au maximum : 2,5 millions. L’enveloppe en fait 15. Pour l’absorber à ce plafond, il faudrait 3 000 établissements, six fois plus que les 500 recensés.

Deux hypothèses. Soit le dispositif couvre des commerces que personne n’a encore comptés. Soit l’enveloppe est calibrée sur autre chose que le besoin, et le chiffre sert d’abord à être annoncé. Je penche pour la seconde : une subvention se mesure à son plafond, pas à son communiqué.

Pour l’ordre de grandeur, le président de Carrefour a estimé sur France Inter les pertes de son groupe entre 80 et 200 millions, rapporte franceinfo. 15 millions, c’est une fraction de cette fourchette, dans une seule région.

Ce que l’argent couvre, et ce qu’il ne couvre pas

Enveloppe annoncée, plafond par commerce, pertes estimées. Millions d’euros.

Aide maximale que 500 commerces peuvent absorber 2,5 M€ Enveloppe annoncée par la région 15 M€ Pertes estimées par le groupe Carrefour, bas de fourchette 80 M€ Pertes estimées, haut de fourchette 200 M€ Millions d’euros. Survolez une barre pour la source et le calcul.

Montants en millions d’euros. La première barre est un calcul : 500 commerces multipliés par 5 000 euros de plafond. Sources : région Auvergne-Rhône-Alpes via 20 Minutes (enveloppe, plafond, nombre de commerces), franceinfo (fourchette de pertes annoncée par le président de Carrefour).

De 60 000 à 80 000, le pourcentage officiel ne suit pas

La Dépêche du Midi annonce près de 80 000 policiers et gendarmes samedi, contre 60 000 le 17 octobre, soit 33 % de plus. Le ministère de l’Intérieur parle de 20 %. Les deux ne peuvent pas être exacts ensemble : si la base est 60 000, 20 % donnent 72 000 ; si la hausse est de 20 %, la base était 66 667.

Le chiffre de la mobilisation dit la gravité de la menace et justifie les moyens. Personne ne demande la base de calcul. S’y ajoutent le RAID, le GIGN, la BRI, des blindés Centaure et des militaires de Sentinelle. 400 actions sont recensées samedi. Le coût de la journée dépassera les 15 millions des vitrines, et ne sera pas publié avant des semaines.

L’ordre se décide ailleurs, et ne se conteste pas

Le 22 octobre, à l’issue d’un conseil de sécurité, Emmanuel Macron a fixé la ligne : « la recommandation générale, c’est qu’il n’y ait pas de manifestation », et les demandes de « gens qui n’ont aucune légitimité » seront refusées, selon La Croix. Il a annoncé d’autres décisions lors d’un conseil de défense, réuni vendredi à 9 heures. L’après-midi, il reçoit les organisations lycéennes.

Ce conseil a un statut précis. Le code de la défense lui confie les orientations en matière de programmation militaire, de renseignement, de réponses aux crises majeures et de sécurité intérieure concourant à la sécurité nationale. Le président en fixe l’ordre du jour et la composition. Aucun débat contradictoire, aucun compte rendu public, aucun recours contre ses délibérations.

Voilà pourquoi le conseil ne signe aucun arrêté. Les interdictions sont signées par les préfets, et ce sont elles qu’un juge peut suspendre, comme le montrent notre article sur le conseil de sécurité et celui sur les arrêtés de samedi. Ce qui échappe au juge, c’est la doctrine.

Ce qu’il faut y observer : cette déclaration du président de la République a été enregistrée à l’issue du conseil de sécurité du 22 octobre, la veille du conseil de défense. Elle est antérieure aux décisions dont il est question ici.

Je ne prête pas d’intention : un intérêt n’est pas un dessein. Je constate qu’un cadre conçu pour les crises majeures sert à traiter une colère sur les prix.

Ce que cela change pour vous

Commerçant d’une zone touchée : 50 % des dépenses, 5 000 euros au maximum, achats depuis le 19 octobre, demande à déposer auprès de la région.

Riverain : brouillards opacifiants et sirènes de 100 dB dans les boutiques, vidéoprotection dite intelligente dans les rues commerçantes.

Manifestant : seuls les défilés appelés par des syndicats sont autorisés samedi. Le parcours et le recours sont détaillés dans notre article de ce matin ; la façon dont un préfet rend un organisateur responsable des dégradations est ici.

Contribuable : 15 millions d’impôt régional, plus une journée de mobilisation policière dont la facture n’est pas connue. La même logique apparaît quand une commune réclame 415 000 euros aux parents après un incendie.

Je ne reproche pas à une région de vouloir protéger ses commerces. Je constate qu’on répond à une colère sur le coût de la vie par des rideaux métalliques, un brouillard à 20 secondes et 80 000 uniformes. La question des prix n’est traitée nulle part dans ce dispositif.

Une société qui équipe ses vitrines au lieu d’agir sur ce qui les fait brûler a choisi son camp. Ce n’est pas celui de l’ordre. C’est celui de la facture, présentée à ceux qui ne peuvent pas la payer.

Et vous : commerçant, riverain, manifestant ou contribuable, que retenez-vous de cette addition ?

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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