249 000 emplois d’Auvergne-Rhône-Alpes dépendaient d’une multinationale étrangère en 2023, soit 14 % de l’emploi salarié marchand de la région, contre 13 % au niveau national. L’Insee a publié ces chiffres ce vendredi 23 octobre, avec la CCI régionale et Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises. Un emploi sur sept, dans la deuxième région de France pour ce type d’emplois, se décide donc dans un conseil d’administration qui ne siège pas ici.
Le plan
- Ce que compte l’étude, et où
- La dépendance a augmenté, elle n’a pas reculé
- L’industrie d’abord, les machines ensuite
- Ce que l’État peut filtrer, et ce qu’il ne peut pas
- Ce que cela change pour vous
Ce que compte l’étude, et où
Le chiffre porte sur l’emploi salarié marchand : fonction publique, intérim et micro-entrepreneurs en sortent. Il compte les postes d’établissements implantés dans la région et rattachés à un groupe dont le centre de décision est hors de France. Lyon Capitale en donne le détail ce vendredi : 94 000 emplois dans le Rhône, soit 16 % de l’emploi du département, et 47 000 en Isère, soit 17 %.
La dépendance a augmenté, elle n’a pas reculé
En 2017, la même administration comptait 226 100 emplois sous contrôle étranger, soit 13,6 % de l’emploi salarié régional, dans une étude publiée en février 2021. De 226 100 à 249 000, la progression est de 10,1 % en six ans, et la part gagne 0,4 point. L’emploi dépendant de l’étranger a donc crû un peu plus vite que l’emploi régional.
Les deux publications ne portent pas forcément sur un champ identique, et l’Insee annonce de son côté une hausse de 11 % entre 2017 et 2023. Je n’ai pas pu ouvrir l’étude elle-même : elle paraît sur insee.fr dans la collection Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes, et les chiffres cités ici sont ceux que relaie la presse régionale.
Emplois dont le centre de décision est à l’étranger
Auvergne-Rhône-Alpes, 2017 et 2023, en nombre de salariés.
L’industrie d’abord, les machines ensuite
44 % de ces emplois sont industriels, 24 % dans le commerce, 24 % dans les autres services, 8 % dans les transports et la construction. La pointe est ailleurs : dans la fabrication de machines et équipements, 19 000 emplois dépendent d’un groupe étranger, soit 54 % des emplois du secteur dans la région, contre 48 % dans le reste de la France.
L’origine des capitaux est majoritairement européenne : Allemagne 15 % des emplois concernés, Suisse 10 %, Pays-Bas 7 %, Royaume-Uni 6 %, Suède 6 %. Les États-Unis arrivent en tête des pays non européens. Un siège à Munich ou à Amsterdam décide aussi loin de Lyon qu’un siège à Seattle.
Ce que l’État peut filtrer, et ce qu’il ne peut pas
Le contrôle des investissements étrangers autorise le gouvernement à refuser ou à conditionner une prise de contrôle dans une activité sensible. Un projet détaillé ce matin dans cet article ferait descendre ce seuil à 10 % du capital, y compris pour un acheteur européen. C’est un filtre à l’entrée.
Il ne dit rien de la suite. Une fois l’entreprise installée, la fermeture d’un atelier ou l’arrêt d’un programme se décident dans le groupe, et n’ont d’autre cadre français que l’information du comité social et économique et, en cas de licenciements, le plan de sauvegarde de l’emploi. L’État peut aider ou menacer de ne plus aider ; il ne décide pas à la place du conseil d’administration. La vente de l’usine de moteurs de Formule 1 de Renault à un industriel belge, racontée ici, montre le même déplacement : 150 emplois sauvés, et un savoir-faire dont le centre de décision change de pays.
Ce qu’il faut y observer : ce débat d’Europe 1 date du 2 janvier 2025, avant les chiffres d’aujourd’hui : la désindustrialisation y est posée du côté des coûts, rarement de qui décide.
Ce que cela change pour vous
Si vous travaillez dans un établissement contrôlé de l’étranger, votre emploi ne dépend pas d’abord de la conjoncture française mais d’un arbitrage de portefeuille : une usine rentable peut fermer parce qu’elle rapporte moins qu’un autre actif du groupe. Le seul moment où le droit français vous donne une prise, c’est la consultation de votre comité social et économique.
Si vous êtes fournisseur, la logique s’applique en cascade : le donneur d’ordre qui décide est aussi celui qui paie à 60 jours et qui peut changer d’usine. Ce qui reste incertain : la part de ces emplois réellement exposée à une décision rapide. La nationalité du capital ne dit pas la fragilité, elle dit où se prend la décision.
Notre lecture
La France a organisé son contrôle là où il ne sert presque à rien : on filtre les entrées, et l’on n’a aucun levier sur ce qui se décide ensuite. Un emploi sur sept dans cette région se joue dans une salle que personne ici ne peut ouvrir. Ce n’est pas un scandale, c’est une architecture, celle d’un pays qui a préféré attirer des capitaux plutôt que garder la main sur ses outils. Opinion de la maison, pas un fait.
À retenir
- 249 000 emplois d’Auvergne-Rhône-Alpes, soit 14 %, dépendent d’un groupe étranger, contre 13 % en France.
- Hausse de 11 % entre 2017 et 2023 selon l’Insee, de 10,1 % si l’on rapporte les deux publications l’une à l’autre.
- Le contrôle des investissements étrangers filtre les rachats, pas les fermetures décidées ensuite par le groupe.
Pour prolonger : qui détient vraiment la dette française, et les 8 400 salariés de Stellantis en chômage partiel.



