Le tribunal correctionnel d’Orléans a condamné vendredi 23 octobre Olivier Bouygues à 2 ans de prison avec sursis et à 750 000 euros d’amende, le maximum encouru, pour destruction d’espèces protégées en bande organisée sur son domaine de chasse de Fontenaille, 650 hectares à La Ferté-Saint-Aubin, dans le Loiret. Cinq de ses employés ont été condamnés le même jour. La défense a fait appel.
Le plan
- Ce que le tribunal a retenu
- Le système de primes
- Qui paie quoi
- Ce que cela change pour un chasseur
- Ce qui n’est pas encore jugé
Ce que le tribunal a retenu
Olivier Bouygues, 76 ans, était jugé depuis début septembre avec cinq employés du domaine, le régisseur et des gardes-chasse. Lui : 2 ans de prison avec sursis, 750 000 euros d’amende et 3 ans de retrait du permis de chasse. Eux : de 6 mois à 2 ans avec sursis, des amendes de 3 000 à 10 000 euros et des retraits temporaires du permis.
Le parquet avait demandé plus : 5 ans avec sursis, l’amende maximale et 5 ans d’interdiction d’exercer une activité liée à la chasse, selon ICI. Le tribunal a suivi le parquet sur l’argent et divisé la peine de prison. Les poursuites visaient aussi l’élevage illégal d’animaux non domestiques et la chasse avec engin prohibé.
Le système de primes
Ce qui a fait basculer l’affaire, c’est la qualification. La « bande organisée » ne vise pas seulement le grand banditisme : elle décrit un groupe structuré, avec des rôles et une organisation. Le tribunal a retenu une « hiérarchie entre propriétaire, donneurs d’ordre, gardes-chasses », un « système de prime », des « listes de suivi » des espèces détruites et du matériel « fourni ». Voilà ce que le juge a vu : une organisation, pas des bavures isolées.
Le motif, la procureure Emmanuelle Bochenek-Puren l’a dit à l’audience : préserver les parties de chasse en supprimant les prédateurs du petit gibier. Elle a parlé de méthodes « interdites » et « barbares », d’une atteinte « majeure » à la biodiversité, et d’une « organisation qui perdure » avec, à sa tête, « le même propriétaire ». Des rapaces et des chats ont été tués, rapporte Nice-Matin.
La défense a contesté les faits et invoqué des pratiques ancestrales ; le tribunal a écarté l’argument. La condamnation n’est pas définitive.
Qui paie quoi
Le tribunal a retenu un « préjudice écologique » et condamné les six prévenus à verser solidairement 360 000 euros à neuf associations, soit 40 000 euros chacune. Environ 70 % de cette somme reste à la charge d’Olivier Bouygues, selon Nice-Matin, soit à peu près 252 000 euros.
Les sommes fixées par le tribunal correctionnel d’Orléans
Jugement du 23 octobre 2026, en euros.
Je retiens le rapport plus que les montants. Un garde paie entre 3 000 et 10 000 euros, le propriétaire 100 fois plus. Ce n’est pas une injustice : c’est la hiérarchie que le tribunal a décrite, et l’argent la traduit. Mais pour un homme dont la fortune se compte en milliards, 750 000 euros ne changent rien. Ce qui le frappe, c’est le permis : 3 ans sans chasser.
Ce que cela change pour un chasseur
Le délit est ancien et le texte public : l’article L415-3 du code de l’environnement punit la destruction d’espèces animales protégées et prévoit une forme aggravée en bande organisée. C’est elle qui a été retenue ici, et elle qui porte l’amende à 750 000 euros. Un chasseur isolé qui tue un rapace ne relève pas de la même échelle, mais du même texte.
Deux leçons pratiques. Le permis est la vraie sanction du chasseur : une amende se paie, un permis retiré se subit. Et l’exécution ne protège personne : les cinq employés ont été condamnés comme le propriétaire. Obéir à des ordres n’a pas effacé leur responsabilité pénale. Le contentieux reste vif : le Conseil d’État a validé la chasse à l’alouette aux filets, la LPO a annoncé un recours européen, sans rien régler ; un juge peut arrêter un chantier autorisé par un préfet, comme sur l’A412 ; sur les pneus hiver, l’amende de 135 euros ne peut pas être infligée. Ici, elle l’a été, au maximum.
Ce qui n’est pas encore jugé
L’appel peut tout rediscuter : la qualification, les dommages, les peines. Trois points restent hors de ma portée : le nombre exact d’animaux détruits, absent des comptes rendus consultés ; la question de savoir si c’est une première pour un domaine privé ; la répartition définitive du préjudice, qui dépendra de l’arrêt.
Ce qu’il faut y observer : ce reportage de France 3 Centre-Val de Loire, diffusé à l’ouverture du procès en septembre, montre le domaine et les pratiques reprochées. Antérieur au jugement, il sert à voir les lieux, pas à établir la culpabilité.
Notre lecture
Le tribunal n’a pas jugé un accident de chasse. Il a jugé une organisation : une hiérarchie, des primes, des listes, du matériel. Et il a fixé un prix : 750 000 euros d’amende, 360 000 euros de préjudice écologique. C’est le seul langage que la nature obtient devant un tribunal. La question n’est pas de savoir si ce prix est assez élevé, mais si les juges appliqueront le même raisonnement à un domaine plus modeste, sans milliardaire pour payer. Opinion de la maison, pas un fait.
À retenir
- Olivier Bouygues est condamné à 2 ans de prison avec sursis, 750 000 euros d’amende et 3 ans de retrait du permis de chasse.
- Le tribunal a retenu la « bande organisée » : hiérarchie, primes, listes de suivi et matériel fourni.
- Préjudice écologique : 360 000 euros pour 9 associations, dont environ 70 % à sa charge. La défense a fait appel.



