Le Conseil d’État a rejeté, vendredi 2 octobre 2026, les recours de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et de l’association One Voice contre les arrêtés qui autorisaient la capture d’alouettes des champs aux filets, dits « pantes », dans la Gironde, les Landes, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques. La haute juridiction administrative juge cette chasse traditionnelle sélective et compatible avec la directive européenne sur les oiseaux. Le gouvernement annonce vouloir reprendre un arrêté pour cet automne ; la LPO annonce de son côté un recours au niveau européen.
Ce que la plus haute juridiction administrative a jugé
Saisi au fond, le Conseil d’État devait dire si les deux arrêtés du 28 août 2025, qui avaient rouvert le piégeage de l’alouette des champs à la saison 2025-2026, étaient légaux. Il a répondu par l’affirmative. Selon la décision publiée le 2 octobre, « la capture de l’alouette des champs à l’aide de pantes, telle qu’elle est encadrée par ces mêmes arrêtés, doit être regardée comme constituant un mode de chasse sélectif, permettant des prélèvements en petites quantités et ne compromettant pas les efforts de conservation ».
Les juges s’appuient sur des expérimentations conduites en 2023 et 2024, qui ont mesuré un taux de sélectivité supérieur à 99,9 %, c’est-à-dire que les captures accidentelles d’autres espèces sont restées très faibles. Ils estiment que le plafond de la saison 2025-2026, soit 98 702 alouettes au total, ne contrevient pas à la condition d’un « prélèvement en petites quantités ». Ils ajoutent qu’aucune alternative envisageable, notamment la chasse au fusil, ne permet de « répondre de manière satisfaisante aux finalités vivrière, culturelle et récréative poursuivies en portant une moindre atteinte à la conservation de cette espèce ». Les requêtes des deux associations sont en conséquence rejetées.
En quoi consiste la chasse « aux pantes »
La technique est ancienne et propre au Sud-Ouest : des filets horizontaux, les pantes, sont tendus au sol et refermés à la volée sur les oiseaux attirés par le cri d’alouettes captives, dites appelantes. Elle se pratique sans arme à feu, du 1er octobre au 20 novembre, dans quatre départements, sous le contrôle de l’Office français de la biodiversité. Les quotas départementaux de la saison concernée étaient répartis ainsi : 56 672 dans les Landes, 38 600 en Gironde, 2 200 dans les Pyrénées-Atlantiques et 1 230 dans le Lot-et-Garonne.
Un revirement après des années de décisions contraires
La décision surprend, car elle inverse la ligne suivie jusqu’ici. Le 6 mai 2024, le Conseil d’État avait annulé, sur le fond, les arrêtés cadres encadrant ces chasses, jugeant qu’elles ne démontraient ni leur caractère sélectif ni l’absence d’autre solution satisfaisante. En septembre 2025, le juge des référés avait encore suspendu l’exécution de l’arrêté du 28 août 2025, en s’appuyant sur la directive « oiseaux » de 2009. One Voice rappelle que cette directive, éclairée par un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne de 2021, pose que la seule préservation d’une tradition ne suffit pas à justifier une dérogation à la protection des espèces. Le raisonnement des juges a cette fois évolué au vu des données de sélectivité produites depuis.
Ce que disent le gouvernement et les associations
Le ministère de la Transition écologique a indiqué, vendredi, son intention de reprendre un arrêté autorisant la chasse, « en tenant compte des remarques du Conseil d’État ». Il précise que « les quotas seront ceux compatibles avec la définition de la directive oiseaux », soit « inférieurs à 1 % de la population d’oiseaux estimée ». La Fédération des chasseurs des Landes salue une décision conforme, selon elle, aux expérimentations menées.
De l’autre côté, la LPO « s’étonne » d’un arbitrage qu’elle juge à rebours de ses décisions antérieures. Son président, Allain Bougrain-Dubourg, estime que l’alouette « s’efface du ciel de nos territoires » et annonce « dans les jours à venir un recours européen ». One Voice, qui conteste la pratique depuis 2022, dénonce un mode de capture qu’elle juge contraire au droit européen. La question n’est donc pas close : elle se déplace désormais vers l’échelon européen.
À retenir
- Le Conseil d’État a rejeté, le 2 octobre 2026, les recours de la LPO et de One Voice contre les arrêtés autorisant la capture d’alouettes des champs aux filets (« pantes ») dans la Gironde, les Landes, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques.
- Il juge la pratique sélective, compatible avec le « prélèvement en petites quantités » et avec la directive européenne sur les oiseaux, sur la base d’expérimentations menées en 2023 et 2024.
- Cette décision sur le fond inverse la ligne antérieure : le Conseil d’État avait annulé les arrêtés cadres en mai 2024 et suspendu l’arrêté d’août 2025 en septembre 2025.
- Le ministère de la Transition écologique annonce un nouvel arrêté pour cet automne, avec des quotas inférieurs à 1 % de la population estimée ; la LPO annonce un recours européen.
- La décision porte sur les arrêtés de la saison 2025-2026 ; l’état des populations d’alouettes des champs reste discuté entre les parties.
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Question aux lecteurs
Le Conseil d’État valide la chasse à l’alouette aux filets dans le Sud-Ouest, la LPO annonce un recours européen. Quelle lecture vous paraît la plus juste ?
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Pour aller plus loin
- Le Conseil d’État envisage un retour de la chasse des alouettes avec des filets dans le Sud-Ouest (Le Figaro)
- Le Conseil d’État ouvre la voie à un retour de la chasse aux alouettes aux filets (Sud Ouest, AFP)
- Le Conseil d’État ouvre la voie à un retour de la chasse aux alouettes (France 24, AFP)
- Alouettes des champs : la position de l’association requérante (One Voice)
Méthode : fait central établi à partir d’origines distinctes : la décision du Conseil d’État du 2 octobre 2026 (source primaire, statuant au fond sur les recours de la LPO et de One Voice contre les arrêtés du 28 août 2025) ; la dépêche de l’Agence France-Presse du 2 octobre 2026, reprise par plusieurs rédactions (Sud Ouest, France 24, Yahoo Actualités, Orange) et comptant pour une seule origine ; l’article du Figaro du 3 octobre 2026 ; la réaction publique de la LPO et la communication de One Voice, parties requérantes ; la position du ministère de la Transition écologique. Limites et réserves : la décision repose sur des expérimentations menées en 2023 et 2024 et sur les connaissances disponibles à la date des arrêtés ; l’ampleur du déclin des alouettes des champs est contestée entre les parties ; la LPO annonce un recours européen, de sorte que la question n’est pas tranchée définitivement ; une information selon laquelle la Commission européenne aurait suspendu pour un an sa procédure d’infraction contre la France sur les pantes et pantières n’est rapportée que par un média spécialisé et n’a pas été recoupée, elle est donc mentionnée ici avec prudence et non comme un fait établi.



