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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Vie chère en Martinique : 11,3 % de baisse sur 12 % du magasin, le RPPRAC reprend le combat lundi

Intérieur d'un supermarché en Martinique : une femme tient sa liste de courses devant un chariot rempli de produits, balance dorée sur le comptoir de caisse, homme en costume visible derrière la baie vitrée.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Le Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens (RPPRAC) a écrit, vendredi 16 octobre, aux plus hautes autorités de l’État. Sa lettre s’adresse au président de la République, au Premier ministre et à la ministre chargée des Outre-mer. Elle pose deux conditions pour reprendre les discussions sur les prix. Le départ du préfet de Martinique, et la démission du président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM). Le même soir, devant près de 200 personnes réunies au stade de Dillon, à Fort-de-France, son président a annoncé une « guerre d’usure » à partir du lundi 19 octobre. Deux ans après l’accord signé pour faire baisser les prix, le dernier bilan de l’État, publié le 24 juillet 2026, mesure une baisse de 11,3 % sur les produits couverts. Ces produits pèsent environ 12 % des références des quatre grands distributeurs de l’île. Le reste du caddie est hors accord.

  1. Deux ans après, la baisse s’arrête à mi-chemin.
  2. 11,3 % sur quoi, exactement ?
  3. Les 88 % qui restent dehors.
  4. Ce que le régulateur dit de l’accord.
  5. Qui décide, et depuis où.
  6. Ce qui change lundi, et ce qui ne change pas.

Deux ans après, la baisse s’arrête à mi-chemin

Le protocole d’objectifs et de moyens de lutte contre la vie chère a été signé le 16 octobre 2024. Il engage l’État, la CTM, les élus locaux, les distributeurs, les grossistes, le grand port maritime et l’armateur CMA CGM. Il s’applique depuis le 2 janvier 2025, pour 36 mois. Son objectif affiché était une baisse moyenne de 20 % sur 69 familles de produits, soit environ 6 000 références vendues en grande surface.

Deux taxes ont été retirées sur ces produits. L’octroi de mer, un impôt local perçu sur les marchandises importées, a été mis à zéro au 1er janvier 2025. La TVA a été mise à zéro au 1er mars 2025. Les distributeurs se sont engagés, de leur côté, à geler leurs taux de marge.

La préfecture publie un point de contrôle environ tous les trois mois, établi par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). À la fin janvier 2025, la baisse atteignait 8,4 % en moyenne, sur trois distributeurs seulement. À la fin juillet, elle montait à 10,7 %. À la fin octobre, elle redescendait à 10,5 %. À la fin avril 2026, elle remonte à 11,3 %, toujours sur les 54 familles dites « CTM-État ».

Le cinquième bilan s’arrête aux prix d’avril 2026. Après dix-huit mois d’application, la baisse vaut un peu plus de la moitié de la promesse. Elle progresse de 0,8 point en six mois, après avoir reculé de 0,2 point entre juillet et octobre 2025.

La baisse des prix du protocole, et l’objectif promis

Baisse moyenne des prix des références suivies, en pourcentage, du 31 janvier 2025 au 30 avril 2026. La ligne haute est l’objectif de 20 % annoncé à la signature.

0 5 10 15 20 objectif promis : 20 % 8,4 10,7 10,5 11,3 4,7 31 janv. 2025 31 juil. 2025 31 oct. 2025 30 avr. 2026 Bleu : familles « CTM-État ». Brun : familles « État+ ».

Source : préfecture de la Martinique, bilans du protocole du 16 octobre 2024, établis par la DGCCRF. Le premier point porte sur trois des sept distributeurs signataires, soit environ 60 % du marché. Les suivants portent sur les quatre principaux groupes, près de 80 % du marché.

11,3 % sur quoi, exactement ?

Les 6 000 références du protocole ne sont pas le magasin. Le cinquième bilan les chiffre à environ 12 % des références vendues par les quatre principaux groupes de l’île. Ces groupes sont CréO (Pli Bel Price et Caraïbe Price), GBH (Carrefour), Parfait (Leclerc) et SAFO (Carrefour Market). Ensemble, ils représentent près de 80 % du marché de la grande distribution alimentaire.

Sur ces 6 000 références, la baisse est massive : 89,2 % des références « CTM-État » et 74,6 % des références « État+ » coûtent moins cher qu’avant la signature.

Le protocole ne fixe aucun prix. Il retire deux taxes et gèle des taux de marge. Le prix affiché reste décidé par le distributeur. Un accord signé par un préfet ne fait pas baisser un ticket de caisse par décret.

Les 88 % qui restent dehors

Si les produits du protocole représentent 12 % des références, alors 88 % de ce que propose le magasin n’est pas couvert. C’est le point que le RPPRAC martèle depuis deux ans. L’administration ne le conteste pas : elle mesure une baisse sur son champ, pas sur le caddie.

Le cinquième bilan apporte un chiffre que les précédents ne donnaient pas. À la fin avril 2026, l’écart de prix entre les produits du protocole et les produits hors protocole atteint 13,7 points de pourcentage. Cet écart se creuse depuis mars 2025. Autrement dit, les produits couverts baissent, et les autres montent plus vite qu’eux.

Mon jugement, après cinq bilans : la baisse est réelle, et elle ne suffit pas à faire un prix. Elle creuse même l’écart entre les deux caddies.

Dans un avis rendu le 10 février 2026, elle estime que le dispositif est de nature à renchérir le prix des produits qu’il ne couvre pas. Elle ajoute que ces mécanismes pèsent plus fortement sur les petites surfaces que sur les hypermarchés, parce qu’elles proposent peu de références du protocole. Le gel des taux de marge ne s’applique pas aux supérettes.

Ce que le régulateur dit de l’accord

L’Autorité de la concurrence a été saisie par le gouvernement le 29 janvier 2025. Son avis est sévère pour tous les outils publics. Selon l’Insee, l’écart de prix moyen entre la Martinique et l’Hexagone était de 13,8 % en 2022, et de 40,2 % pour l’alimentation. Cet écart s’est accru de quatre points entre 2010 et 2022.

Sur les marges, l’Autorité ne trouve rien de choquant : celles des distributeurs ne dépassent pas ce qui se pratique ailleurs. Elle constate en revanche que l’observatoire des prix, le bouclier qualité prix et le protocole sont utiles, et insuffisants. Elle reproche à l’observatoire son manque de moyens. Elle formule neuf recommandations, dont la mise à disposition des données de prix et de marges.

Ce n’est pas un tract militant, mais l’institution qui juge la concurrence. Sa conclusion : le compte n’y est pas.

Qui décide, et depuis où

La chaîne de décision est courte, et c’est ce qui la rend lisible. Deux taxes relèvent de la puissance publique : l’octroi de mer, perçu au bénéfice des communes et de la collectivité, et la TVA, perçue par l’État. Les marges relèvent des distributeurs. Le fret relève de l’armateur. Aucun de ces acteurs ne peut, seul, faire baisser l’ensemble des prix.

Cette chaîne a un coût : l’octroi de mer est une des recettes de la collectivité. La CTM, elle, est sous tension : son encours frôle le milliard d’euros, avec un plan de redressement sur 2027 et 2028. La collectivité qui a co-signé la baisse des taxes est celle dont le budget se resserre.

Du côté de l’État, la TVA à zéro a été compensée. Le préfet l’explique dans un entretien à France-Antilles le 14 septembre 2026. La baisse a été financée par la fin d’exonérations sur du matériel informatique et sur certains téléphones portables. Ce qui est retiré aux 6 000 références est repris ailleurs, sur d’autres achats. La main qui donne reprend de l’autre côté du rayon.

La demande du RPPRAC déplace le conflit. Le collectif ne veut plus négocier avec le préfet ni avec le président de la CTM. Il réclame un émissaire de Paris, avec un mandat de décision. C’est un retournement : un mouvement qui conteste l’État local demande à l’État central de passer par-dessus ses représentants. Une question reste ouverte : qui doit porter le prix politique de deux ans de promesse non tenue ?

Ce qui change lundi, et ce qui ne change pas

Le plan d’action n’est pas connu. Le collectif refuse de le détailler et annonce un mouvement de plus d’une journée. Le 2 septembre 2026, il avait donné aux autorités et aux acteurs économiques jusqu’au 19 octobre pour obtenir des « résultats concrets ». À l’automne 2024, les blocages avaient coupé les routes et fermé des commerces pendant des semaines.

Ouest-France, 13 octobre 2024. La vidéo montre les blocages routiers qui ont précédé la signature du protocole. Elle ne dit rien de la situation de 2026.

Pour un habitant de l’île, aucun prix ne baissera lundi. Aucune taxe ne sera retirée ce jour-là. Le protocole court jusqu’au 2 janvier 2028, et le prochain point de contrôle sera le seul chiffre disponible. Ce qui peut changer, c’est le fonctionnement des routes et des magasins, si des blocages reprennent.

Pour un salarié de la distribution ou d’une supérette, le risque est plus direct. Les blocages de 2024 ont fermé des commerces et supprimé des emplois, dans une économie étroite. Ce n’est pas un argument contre la colère. C’est le rappel qu’elle a un lieu habité.

Reste la question de fond. Un écart de 40,2 % sur l’alimentation ne vient ni d’une taxe ni d’une marge. Il vient d’une île qui importe l’essentiel de ce qu’elle mange, d’une distribution concentrée et de frais de transport qui pèsent lourd. Le protocole a traité la partie visible : le prix de 6 000 références. Il n’a pas touché la structure. Tant qu’elle reste intacte, chaque baisse négociée sera une exception, et chaque exception laissera dehors la majorité du magasin.

Une question, maintenant. Une baisse de 11,3 % sur 12 % des références : est-ce un progrès pour votre caddie, ou la preuve que cet accord ne pouvait pas tenir sa promesse ?

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