La Cour des comptes européenne a publié le 8 octobre 2026 son rapport annuel sur l’exercice 2025. Pour la septième année consécutive, elle émet un avis défavorable sur les dépenses de l’Union : le niveau d’erreur estimé remonte à 3,8 %, soit près de 7 milliards d’euros sur les 176,3 milliards de paiements examinés. L’institution alerte surtout sur la dette commune, qui a dépassé 738,9 milliards d’euros fin 2025 et pourrait approcher 1 000 milliards d’ici à 2027. Son remboursement, étalé jusqu’en 2058, pèsera sur les budgets des États membres, donc sur les contribuables, au moment même où ceux-ci négocient le budget européen 2028-2034.
Septième avis défavorable d’affilée
Chaque année, la Cour des comptes européenne, institution de Luxembourg qui contrôle les comptes de l’Union, rend un double verdict : l’un sur la fiabilité des comptes, l’autre sur la régularité des opérations. Dans son rapport relatif à l’exercice 2025, rendu public le 8 octobre 2026, la fiabilité des comptes et la légalité des recettes sont jugées conformes. Sur les dépenses, en revanche, l’avis est de nouveau défavorable : c’est le septième exercice consécutif dans ce cas.
Le chiffre central est un taux d’erreur estimé à 3,8 % des dépenses budgétaires acceptées, contre 3,6 % pour 2024. La Cour précise qu’avec un degré de confiance de 95 %, ce taux se situe en réalité entre 2,7 % et 4,9 %. Les paiements de l’Union se sont élevés à 176,3 milliards d’euros en 2025 ; à ce taux, cela représente de l’ordre de 7 milliards d’euros dépensés de façon irrégulière.
Ces erreurs ne sont pas des fraudes : la Cour parle d’irrégularités dans l’attribution et l’usage des fonds, principalement des dépenses non admissibles, des infractions aux règles des marchés publics ou des pièces justificatives manquantes. Elles se concentrent sur deux postes qui pèsent les deux tiers du budget : les fonds de cohésion (6,6 %) et la rubrique « Ressources naturelles et environnement », qui englobe la politique agricole commune (3,9 %).
Une dette commune qui a bondi
Le second avertissement porte sur l’endettement. La valeur nominale de l’encours des emprunts de l’Union atteignait 738,9 milliards d’euros à la fin de 2025, contre 601,3 milliards un an plus tôt, soit une hausse de plus de 20 % en un an. Le rapport souligne que cette dette a triplé en cinq ans : elle était de 236 milliards d’euros en 2021. Si la trajectoire se poursuit, l’encours pourrait approcher 1 000 milliards d’euros dès la fin de 2027.
L’origine de ce basculement est identifiée : le plan de relance post-Covid NextGenerationEU, pour lequel la Commission a emprunté directement sur les marchés des capitaux. Le montant disponible du programme a été révisé à 637,7 milliards d’euros fin 2025, dont 421 milliards d’aide non remboursable et 216,7 milliards de prêts. Le remboursement de ces emprunts commencera en 2028 et pourrait s’étirer jusqu’en 2058.
Dans sa proposition pour le prochain budget pluriannuel 2028-2034, la Commission suggère de réserver une annuité fixe de 24 milliards d’euros par an, à la fois pour les intérêts et pour le principal. La Cour estime que la seule charge d’intérêts liée à l’aide non remboursable de NextGenerationEU sur cette période pourrait avoisiner 93 milliards d’euros, en supposant un décaissement intégral. Elle rappelle que les coûts d’emprunt se sont révélés deux fois supérieurs aux prévisions initiales de 2020, qui tablaient sur des taux compris entre 0,55 % et 1,15 %, là où le coût de financement réel a atteint 3,24 %. À cela s’ajoute l’instrument de réarmement européen SAFE, qui ouvre jusqu’à 150 milliards d’euros de capacité d’emprunt pour la défense.
Ce que la Cour reproche au futur budget
Le rapport intervient au mauvais moment pour la Commission. Celle-ci a proposé de calquer les dépenses du cadre financier pluriannuel 2028-2034 sur le modèle de la facilité pour la reprise et la résilience, en conditionnant les versements à l’atteinte de jalons et de cibles par les États membres. La Cour met en garde contre ce transfert de philosophie : selon elle, l’expérience de NextGenerationEU montre des objectifs insuffisamment définis, un suivi a posteriori limité et une responsabilité de contrôle largement déplacée vers les États, sans garantie que la Commission puisse vérifier l’usage des fonds.
« La dette réduit les marges de manœuvre et exerce une pression durable sur le budget européen », souligne le juge français à la Cour, Pierre Moscovici, cité par la presse économique. L’auditrice belge Annemie Turtelboom résume la difficulté : « Peut-on résoudre les problèmes d’un système avec un système qui pose d’autres problèmes ? » La Cour appelle les décideurs à renforcer l’évaluation de la performance, la transparence et la redevabilité, sans trancher elle-même le débat politique sur le niveau de dépense.
L’enjeu pour la France
Cette dette n’est pas une abstraction comptable. Les intérêts sont payés par le budget de l’Union, donc par les contributions des États membres, et la France figure parmi les principaux contributeurs nets. Selon un rapport de la commission des finances du Sénat, l’Union est même devenue le cinquième émetteur souverain d’obligations en euros. Le rapport est publié alors que la France débat elle-même de son budget 2027 et de sa propre trajectoire d’endettement : la question du coût futur de la dette commune se superpose ainsi au débat national sur les prélèvements et les dépenses.
Le sujet n’est pas propre à un camp. Les pays dits « frugaux » y voient un argument pour réduire le prochain budget, tandis que la Commission en tire un plaidoyer pour de nouvelles ressources propres, qui frapperaient aussi les budgets nationaux.
Ce que le rapport ne dit pas
Plusieurs limites doivent être maintenues. La Cour ne conclut ni à une fraude généralisée, ni à l’inefficacité de toutes les dépenses européennes : elle constate un niveau d’erreur significatif et des faiblesses de contrôle. L’horizon des 1 000 milliards d’euros est une projection conditionnelle, pas une certitude. Le montant des 93 milliards d’intérêts repose sur l’hypothèse d’un décaissement intégral de l’aide non remboursable. Enfin, la répartition exacte de la charge future entre les États membres n’est pas figée : elle dépendra de l’accord final sur le budget 2028-2034, dont les négociations sont en cours.
À retenir
- La Cour des comptes européenne a publié le 8 octobre 2026 son rapport annuel sur l’exercice 2025 ; c’est le septième avis défavorable consécutif sur les dépenses de l’Union.
- Le niveau d’erreur estimé remonte à 3,8 % des dépenses, contre 3,6 % en 2024, soit de l’ordre de 7 milliards d’euros sur 176,3 milliards de paiements. Il s’agit d’irrégularités, non de fraudes.
- L’encours des emprunts de l’Union atteignait 738,9 milliards d’euros fin 2025, en hausse de plus de 20 % en un an, et pourrait approcher 1 000 milliards fin 2027.
- Le remboursement de la dette liée à NextGenerationEU commence en 2028 et pourrait durer jusqu’en 2058 ; la seule charge d’intérêts 2028-2034 est estimée à environ 93 milliards d’euros.
- La Cour met en garde contre le projet de la Commission de calquer le budget 2028-2034 sur le modèle de la facilité pour la reprise et la résilience.
- Les intérêts sont payés par le budget de l’Union, donc par les contributions des États membres, dont la France.
À lire aussi
- Dette publique : qui détient vraiment les titres français, et ce que change le retrait des créanciers étrangers
- Caisse des dépôts : la Cour des comptes propose de céder des participations, sans dire lesquelles
- Commerce : Macron et Merz proposent une riposte européenne activable sans vote préalable des États
Question aux lecteurs
Dette et dépenses de l’Union européenne : que devrait privilégier la France dans la négociation du budget 2028-2034 ?
Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non celui de la population française.
Pour aller plus loin
- Cour des comptes européenne, rapports annuels relatifs à l’exercice 2025 (publiés le 8 octobre 2026)
- Les Echos, « 1 000 milliards de dettes en 2027 ? L’avertissement de la Cour des comptes européenne » (8 octobre 2026)
- La Libre Belgique, « La Cour des comptes craint la persistance des erreurs dans les dépenses européennes » (8 octobre 2026)
- Contexte, « La Cour des comptes européenne s’inquiète de l’augmentation de la charge de la dette de l’UE » (8 octobre 2026)
Méthode : le fait central, la publication du rapport annuel 2025 de la Cour des comptes européenne le 8 octobre 2026 avec un avis défavorable sur les dépenses et un avertissement sur la dette, est établi par la source primaire (le rapport lui-même) et par plusieurs origines réellement distinctes : Les Echos, La Libre Belgique et Contexte. Les reprises d’une même dépêche comptent pour une seule origine. Réserves : les « erreurs » relevées sont des irrégularités et non des fraudes ; la Cour émet un avis favorable sur la fiabilité des comptes et la légalité des recettes ; l’horizon de 1 000 milliards d’euros et la charge d’intérêts d’environ 93 milliards sont des projections conditionnelles ; la répartition exacte de la charge future entre États membres dépend de l’accord encore en négociation sur le budget 2028-2034.



