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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Budget de l’UE : l’Irlande propose 8 % d’économies, la France défend un budget ambitieux

Table de réunion institutionnelle avec dossiers et microphones, sièges vides et lumière naturelle
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

La présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne a publié samedi 10 octobre sa « boîte de négociation » pour le budget 2028-2034. Ce document, présenté après trois mois de consultations, propose de réduire l’enveloppe d’environ 8 % par rapport aux près de 2 000 milliards d’euros que la Commission européenne avait proposés le 16 juillet 2025. La présidence chiffre elle-même ces économies à 141 milliards d’euros. L’essentiel de l’effort porte sur la compétitivité et l’action extérieure ; les enveloppes nationales de la politique agricole commune (PAC) et de la cohésion, elles, sont largement préservées.

Le texte, rendu public sur le site du gouvernement irlandais, doit servir de base aux discussions des Vingt-Sept. Dublin y voit « un budget ambitieux, moderne et flexible » qui protège « les politiques fondées sur les traités », à commencer par la PAC et la cohésion.

Où l’Irlande fait porter l’effort

Selon la lecture qu’en fait la presse économique, la rubrique « Global Europe », qui finance l’aide au développement, la politique de voisinage et l’élargissement, perdrait environ 17 %, soit près de 38 milliards d’euros. Le futur Fonds européen pour la compétitivité, qui regroupe recherche, numérique, technologies propres, défense et espace, reculerait d’environ 13 %, soit 75 milliards, à 362 milliards contre 409 milliards prévus par la Commission. Les dépenses de fonctionnement des institutions passeraient à 95 milliards, en baisse d’environ 9 % sur la copie de Bruxelles.

À l’inverse, les plans nationaux et régionaux, qui portent désormais la PAC et la cohésion, ne sont rabotés que d’environ 3 %, soit 28 milliards d’euros, pour rester autour de 837 milliards. Cette architecture concentre donc les coupes sur les dépenses jugées les plus « nouvelles » et préserve les deux politiques que réclament le plus grand nombre d’États membres.

La bataille des ressources propres

Le financement reste la pièce la plus disputée. La présidence maintient un paquet de nouvelles « ressources propres », ces recettes affectées directement au budget de l’Union, que Dublin chiffre à environ 55 milliards d’euros par an. Il comprend notamment une contribution sur les entreprises, une piste de taxation du numérique et un volet sur le tabac. Plusieurs États, dont les Pays-Bas et le Danemark, refusent la taxe dite « CORE » assise sur le chiffre d’affaires des grandes entreprises.

La France attache une importance particulière à ce volet. Sans nouvelles recettes, sa contribution annuelle passerait d’environ 26 milliards d’euros à 36, voire 42 milliards, selon les estimations relayées par la presse. Paris a donc plaidé pour de nouvelles ressources, jusqu’à proposer de financer le budget européen avec les amendes infligées aux grandes plateformes numériques. Le Sénat juge pour sa part l’équation « intenable » en l’état et appelle à adopter enfin ces ressources propres, le budget de l’Union reposant encore à plus de 70 % sur les contributions des États.

Ce que la France a en jeu

La France est le deuxième contributeur net au budget européen, derrière l’Allemagne : son solde était estimé à environ 9,3 milliards d’euros négatifs en 2023 dans le jaune budgétaire annexé au projet de loi de finances 2025. Elle est surtout le premier bénéficiaire de la PAC, avec environ 9,4 milliards d’euros d’aides agricoles versées en 2024, selon les données de la Commission. Le ministre chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, avait résumé la position française : « Nous nous battrons pour chaque centime de la politique agricole commune. »

Deux camps s’affrontent. D’un côté, six contributeurs nets, l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et la Suède, qui réclament « plusieurs centaines de milliards » d’économies et rappellent qu’ils financent à eux seuls près de 40 % des contributions des États membres. De l’autre, un groupe de dix-sept pays, surtout du Sud et de l’Est, qui demandent la sanctuarisation de la PAC et de la cohésion. Paris ne s’est joint à aucune des deux lettres : l’Élysée se décrit « plutôt au centre et à l’équilibre » de la négociation, refusant à la fois les « coupes massives » et un budget de « régression ».

Un calendrier dicté par 2027

Les chefs d’État et de gouvernement se retrouvent à Bruxelles jeudi 15 et vendredi 16 octobre. L’objectif affiché est un accord avant la fin de 2026, afin que les textes soient adoptés en 2027 et que les financements parviennent aux bénéficiaires sans interruption à partir de janvier 2028. Le calendrier politique pèse lourd : les Européens veulent boucler le dossier avant une année 2027 chargée d’échéances électorales, dont la présidentielle française.

La réserve est sérieuse. Une boîte de négociation n’est pas contraignante : « rien n’est convenu tant que tout n’est pas convenu », rappelle le Conseil. Les chiffres varient selon la base retenue, entre les 141 milliards annoncés par la présidence et les décomptes de presse qui évoquent environ 159 milliards rapportés aux 1 985 milliards proposés par la Commission. Les montants par rubrique relèvent de lectures de la presse et seront âprement renégociés. Enfin, la proposition initiale de Bruxelles prévoyait déjà un recul en termes réels de la PAC et de la cohésion. L’ex-commissaire Pierre Moscovici, aujourd’hui à la Cour des comptes européenne, doutait cette semaine publiquement d’un atterrissage rapide.

La présentation de la proposition initiale de la Commission pour le budget 2028-2034 par sa présidente, Ursula von der Leyen, le 16 juillet 2025 (en anglais). Source : chaîne officielle de la Commission européenne.

À retenir

  • La présidence irlandaise du Conseil propose environ 8 % d’économies, soit 141 milliards d’euros, sur le budget 2028-2034.
  • Les enveloppes nationales de la PAC et de la cohésion ne sont réduites que d’environ 3 %, contre 17 % pour l’action extérieure.
  • La France est le deuxième contributeur net et le premier bénéficiaire de la PAC, avec environ 9,4 milliards d’euros par an.
  • Six États « frugaux » réclament des coupes « de plusieurs centaines de milliards », dix-sept pays défendent la PAC et la cohésion.
  • Un accord est visé avant la fin 2026, avant les échéances électorales de 2027, dont la présidentielle française.

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Question aux lecteurs

La présidence irlandaise propose de réduire d’environ 8 % le budget européen 2028-2034 tout en préservant largement la PAC et la cohésion. Quelle appréciation vous paraît la plus juste ?

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