Le policier qui a tiré une grenade lacrymogène au visage d’Eden, 14 ans, à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise) le 28 septembre a été mis en examen le 6 octobre pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique suivie de mutilation ou d’infirmité permanente ». Il a été placé sous contrôle judiciaire et interdit d’exercer ses fonctions jusqu’à nouvel ordre. Selon le parquet de Pontoise, les conditions de la légitime défense invoquée ne sont pas réunies, faute de proportionnalité dans l’usage de l’arme.
Ce qui s’est passé le 28 septembre
Le lundi 28 septembre 2026, en marge du blocage du lycée professionnel Château d’Épluches à Saint-Ouen-l’Aumône, des heurts éclatent entre des lycéens et des policiers. Eden, un élève de 14 ans, est touché au visage par un tir de lanceur de grenade lacrymogène, de type « Cougar ». Le projectile lui brise la mâchoire : fracture de la mandibule, dents du haut cassées, dents du bas arrachées.
L’adolescent est transporté au centre hospitalier de Pontoise. Depuis, selon les témoignages de ses parents rapportés par plusieurs médias, sa mâchoire est scellée, il ne peut plus parler et s’alimente à la paille. Plusieurs interventions chirurgicales restent à prévoir. Le parquet de Pontoise ouvre le jour même deux enquêtes : l’une confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) sur les circonstances du tir, l’autre en flagrance au commissariat de Cergy, portant sur des violences commises à l’encontre d’une fonctionnaire de police.
La mise en examen et ce qu’elle déclenche
Le mardi 6 octobre, le procureur de la République de Pontoise, Guirec Le Bras, annonce que le fonctionnaire auteur du tir a été mis en examen pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique suivie de mutilation ou d’infirmité permanente ». La qualification retenue est criminelle : le parquet rappelle qu’elle est punie de quinze ans de réclusion criminelle.
Deux mesures accompagnent cette mise en examen. L’agent est placé sous contrôle judiciaire et interdit d’exercer ses fonctions jusqu’à nouvel ordre. La mise en examen n’est pas une condamnation : elle marque l’existence d’« indices graves ou concordants » retenus par le juge d’instruction, dans le respect de la présomption d’innocence. Elle ouvre en principe une information judiciaire, distincte de l’enquête préliminaire.
Ce que dit le parquet, ce que dit la défense
Selon le communiqué du parquet, le policier a expliqué avoir fait usage de son arme « face à la résistance du lycéen qui persistait à venir au contact de son groupe de policiers », après avoir constaté que l’adolescent « avait décroché un coup de pied sur le haut de la jambe de sa collègue et avait tendu le bras au niveau du casque de celle-ci ». Il indique avoir estimé n’avoir « qu’une fraction de seconde pour protéger l’intégrité » de sa collègue et de son groupe. Ces éléments sont les déclarations du mis en cause lors de ses auditions, rapportées par le parquet : ils ne valent pas établissement des faits.
Le procureur retient, dans le même communiqué, que « les conditions de la légitime défense invoquées ne sont pas réunies », en raison d’une « absence de proportionnalité dans l’usage » de l’arme. C’est une appréciation à ce stade de la procédure, pas un jugement définitif.
Me Elsa Marcel, avocate de la famille d’Eden, estime que l’ouverture d’une information judiciaire et la qualification criminelle constituent une « première satisfaction », et que cela « écarte, selon nous, la thèse de la légitime défense ». Elle annonce vouloir aller plus loin : une requalification en tentative d’homicide volontaire, au motif qu’« on ne peut pas écarter une intention de tuer lorsqu’on tire à 1,50 m d’un enfant », et une possible non-assistance à personne en danger, l’adolescent ayant été conduit à l’infirmerie par des élèves et des professeurs. Ces demandes expriment la position de la partie civile ; elles ne préjugent pas de la décision du juge.
Pourquoi la proportionnalité est le point décisif
La légitime défense, en droit français, suppose la riposte à une atteinte injustifiée, dans le même temps, et proportionnée aux moyens de l’agression. Le débat ne porte donc pas sur l’usage de la force en soi, mais sur trois conditions à réunir. C’est sur la troisième, la proportionnalité, que le parquet a fondé son appréciation : l’emploi d’un lanceur de grenade lacrymogène à très courte distance, à hauteur de visage, face à un adolescent de 14 ans.
Un autre élément nourrit le dossier : la doctrine d’emploi de ces armes. Le tir de grenade lacrymogène est prévu pour être effectué « en cloche », afin d’éviter un impact direct. Plusieurs observateurs, dont des syndicats de police et des spécialistes de l’ordre public, rappellent que ces conditions d’emploi sont encadrées et que tout écart engage la responsabilité personnelle de l’agent, mais aussi la chaîne de commandement qui autorise le déploiement et l’usage de ces munitions.
Une responsabilité en chaîne : dix enquêtes de l’IGPN
Le cas d’Eden n’est pas isolé. Selon le ministère de l’Intérieur, dix enquêtes ont été confiées à l’IGPN depuis le début du mouvement lycéen, le 17 septembre, contre cinq la semaine précédente. Des faits ont été signalés à Tours, Saint-Ouen-l’Aumône et Argenteuil, à Sevran, et à Lens, où un lycéen de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade ; le procureur de Béthune a saisi l’IGPN. À Tours, un élève de 16 ans a perdu l’usage d’un œil après des blessures compatibles, selon la procureure, avec un tir de lanceur de balles de défense (LBD).
Ces chiffres disent deux choses à la fois. D’un côté, la police des polices est saisie, et un agent est désormais mis en examen pour un fait grave : le mécanisme de responsabilité fonctionne. De l’autre, il a fallu plusieurs semaines, plusieurs blessés et une pression publique forte pour qu’un premier dossier aboutisse à une qualification criminelle. Le décompte ministériel ne renseigne pas sur l’issue des neuf autres enquêtes. C’est là qu’un enjeu démocratique se joue : non pas la force en elle-même, mais la capacité de l’État à rendre des comptes sur son usage, dans des délais raisonnables et selon une méthode égale pour tous.
À retenir
- Le policier qui a tiré la grenade lacrymogène ayant grièvement blessé Eden, 14 ans, à Saint-Ouen-l’Aumône le 28 septembre a été mis en examen le 6 octobre pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente.
- La qualification retenue est criminelle et punie de quinze ans de réclusion criminelle ; l’agent est placé sous contrôle judiciaire et interdit d’exercer, mais reste présumé innocent.
- Selon le parquet de Pontoise, les conditions de la légitime défense invoquée ne sont pas réunies, faute de proportionnalité de l’usage de l’arme : c’est une appréciation à ce stade, non un jugement définitif.
- L’avocate de la famille réclame une requalification en tentative d’homicide volontaire et évoque une possible non-assistance à personne en danger ; ces demandes sont des positions de partie civile.
- Le ministère de l’Intérieur indique que dix enquêtes ont été confiées à l’IGPN depuis le début du mouvement lycéen, le 17 septembre, contre cinq la semaine précédente.
À lire aussi
- Lycéen blessé à l’œil à Tours : ce que « compatible avec un tir de LBD » veut dire
- Blocus de lycées : ce que la circulaire du 26 septembre organise, et ce qu’elle laisse ouvert
- Faire payer les parents après les dégradations : ce que le droit prévoit, ce que le texte propose
Question aux lecteurs
Lycéen blessé au lance-grenade : comment garantir la responsabilité quand l’usage de la force est en cause ?
Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non celui de la population française.
Pour aller plus loin
- Lycéen blessé à Saint-Ouen-l’Aumône : le policier ayant tiré au lance-grenade mis en examen (Le Figaro, 6 octobre 2026)
- Eden, 14 ans, blessé au visage dans le Val-d’Oise : le policier mis en examen (RTL, 6 octobre 2026)
- Le policier auteur du tir de grenade qui a blessé Eden, 14 ans, mis en examen (Le Parisien, 6 octobre 2026)
- Blocage des lycées : dix enquêtes confiées à l’IGPN depuis le début du mouvement (ICI, Radio France, 5 octobre 2026)
- Code pénal : violences volontaires, légitime défense (Légifrance)
Méthode : le fait central, la mise en examen du policier auteur du tir de grenade qui a grièvement blessé Eden, 14 ans, pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique suivie de mutilation ou d’infirmité permanente, est établi par des origines réellement distinctes : le communiqué du parquet de Pontoise (procureur Guirec Le Bras), rapporté et vérifié par plusieurs rédactions, dont Le Figaro, RTL, Le Parisien et l’Agence France-Presse ; les déclarations de l’avocate de la famille, Me Elsa Marcel, et le compte rendu des auditions du mis en cause ; et la vidéo des faits largement diffusée. Les reprises d’une même dépêche ou d’un même communiqué comptent pour une seule origine. Réserves principales : la procédure ne fait que commencer et la présomption d’innocence s’applique ; l’appréciation du parquet sur la légitime défense est provisoire ; la requalification en tentative d’homicide volontaire est une demande de la partie civile, non une qualification retenue ; l’issue des autres enquêtes de l’IGPN n’est pas connue ; les comptages de blessés et d’enquêtes proviennent des autorités et peuvent évoluer. Les liens ci-dessus renvoient aux pièces publiques de référence.



