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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Carburants : une station sur six en rupture, neuf sur dix chez TotalEnergies

Carburants : une station sur six en rupture, neuf sur dix chez TotalEnergies
Carburants : une station sur six en rupture, neuf sur dix chez TotalEnergies

Le gazole n’a jamais été aussi cher. Le litre se vend en moyenne 2,41 euros, un record, pendant qu’une station-service sur six est en rupture d’au moins un carburant. Mais derrière ces files d’attente, il y a un mécanisme moins visible : neuf stations en difficulté sur dix appartiennent à TotalEnergies, l’enseigne qui plafonne ses prix depuis juillet. Le gouvernement annonce mardi de nouvelles aides « ciblées » sans toucher aux taxes.

Un record et une station sur six à sec

Le prix du gazole a atteint 2,39 euros le litre le 18 septembre, puis 2,41 euros en moyenne lundi 21, selon une analyse de l’AFP des données publiques. Le sans-plomb 98 s’échange autour de 2,28 euros, le SP95 à 2,22 euros. Depuis les frappes américano-israéliennes en Iran fin février, le baril de Brent est repassé au-dessus des 100 dollars.

L’approvisionnement, lui, se tend. Au 20 septembre, 15 % des stations-service étaient en rupture d’au moins un carburant, contre 11 % le 18 et 13 % le 19, selon les données du ministère de l’Économie. Le Grand Est est le plus touché (20 %), devant les Pays de la Loire (17 %) ; la Corse est la seule région épargnée (0 %). L’exécutif, lui, écarte le mot de « pénurie ».

Pourquoi les ruptures se concentrent chez TotalEnergies

Le chiffre le plus frappant n’est pas 15 %, mais 90,8 % : selon le gouvernement, près de neuf stations en difficulté sur dix appartiennent à TotalEnergies. La cause tient à un choix commercial : depuis le 22 juillet, l’enseigne plafonne ses tarifs à 1,99 euro le litre d’essence et 2,25 euros le gazole, nettement sous les prix du marché.

Résultat : les automobilistes s’y pressent, les cuves se vident plus vite que les camions ne les remplissent. Ce mécanisme — l’afflux de clients attirés par un prix bas qui assèche les stocks — est l’explication avancée par l’exécutif. Les distributeurs indépendants, eux, dénoncent une distorsion de concurrence et ont saisi l’Autorité de la concurrence : vendre à perte ou presque, disent-ils, fausse le jeu au détriment de ceux qui ne peuvent pas s’aligner.

Il faut lire ces chiffres avec précaution. Le ministère ne compte une station « en rupture » que si le SP95, le SP95-E10 et le SP98 sont indisponibles en même temps ; le E85 et le GPL sont exclus, et les données sont déclarées par les exploitants eux-mêmes. L’indicateur mesure la capacité à servir un automobiliste, pas la disponibilité d’un carburant précis.

Ce que le gouvernement annonce — et ce qu’il refuse

Mardi en fin d’après-midi, six ministres présenteront à Bercy de nouvelles aides destinées « aux ménages, aux entreprises et aux secteurs les plus exposés ». Le gouvernement a déjà prolongé jusqu’à la fin de l’année les aides aux secteurs les plus touchés (agriculture, BTP, pêche), et travaille à un dispositif qui succédera le 1er octobre à l’aide de 100 euros aux « grands rouleurs ».

Mais deux limites ressortent. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a fermé la porte à une baisse des taxes sur les carburants, le levier le plus direct sur le prix ; il plaide pour une aide « supplémentaire » versée « automatiquement » aux grands rouleurs. Et l’exécutif avance aussi un levier réglementaire modeste : un arrêté publié mardi au Journal officiel autorise les distributeurs à vendre du gazole d’été — moins résistant au froid — jusqu’au 15 novembre, en transférant aux distributeurs « l’entière responsabilité » des éventuels problèmes de figeage. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, encourage de son côté le télétravail : deux jours par semaine représenteraient, dit-il, 40 % de déplacements en moins.

La facture va s’alourdir par un autre canal : le prix de référence du gaz augmentera de 6,3 % le 1er octobre, après +5,6 % en août.

À retenir

  • Le gazole atteint un record autour de 2,41 €/L, et 15 % des stations sont en rupture d’au moins un carburant.
  • 90,8 % des stations en difficulté appartiennent à TotalEnergies, qui plafonne ses prix depuis le 22 juillet (1,99 €/2,25 €).
  • Le gouvernement annonce mardi des aides « ciblées » mais refuse une baisse des taxes ; un arrêté autorise le gazole d’été jusqu’au 15 novembre.
  • Les distributeurs indépendants dénoncent une distorsion de concurrence et ont saisi l’Autorité de la concurrence.

Question aux lecteurs

Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.

Pour aller plus loin

Les faits (prix record du gazole autour de 2,39-2,41 €/L, 15 % des stations en rupture au 20 septembre selon le ministère de l’Économie, 90,8 % des stations en difficulté appartenant à TotalEnergies, plafonnement des prix depuis le 22 juillet, arrêté publié au Journal officiel autorisant le gazole d’été jusqu’au 15 novembre, annonce d’aides mardi à Bercy, hausse de 6,3 % du prix de référence du gaz au 1er octobre) reposent sur des sources distinctes (données du ministère de l’Économie, Journal officiel, TF1/Bouygues, Actu.fr/AFP, 20 Minutes, Le Figaro). Le lien de causalité entre le plafonnement de TotalEnergies et la concentration des ruptures est l’explication avancée par l’exécutif, pas une étude indépendante ; les distributeurs indépendants contestent ce plafonnement (distorsion de concurrence, saisine de l’Autorité de la concurrence) — il s’agit d’une réclamation, non d’un jugement rendu. Le terme « pénurie » est contesté par l’exécutif et la méthode de comptage du ministère (rupture comptée seulement si les trois essences sont simultanément indisponibles, E85 et GPL exclus, données auto-déclarées) tend à minorer la situation. Les chiffres de prix varient légèrement selon les sources et les jours. Les déclarations (Lescure, Farandou) sont attribuées à leurs auteurs.

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