La France est « prête à travailler avec ses partenaires européens » sur une taxe visant les superprofits des groupes pétroliers. La porte-parole du gouvernement et ministre chargée de l’Énergie, Maud Bregeon, l’a affirmé mercredi 23 septembre sur franceinfo, en assurant que Paris « ne bloque en aucun cas cette initiative ». Mais la France n’a pas rejoint l’appel lancé par l’Allemagne et cinq autres pays de l’Union européenne, et la Commission européenne continue de temporiser.
Ce que dit le gouvernement français
Interrogée sur les bénéfices de TotalEnergies gonflés par la guerre au Moyen-Orient, Maud Bregeon a réaffirmé une position déjà tenue au printemps : « si une taxation devait se faire, ce serait à l’échelle européenne ». Elle précise que « s’il y avait des superprofits avérés et une manière d’y répondre à l’échelle européenne, évidemment nous serions prêts à y travailler ».
La ministre répondait au candidat à l’élection présidentielle Raphaël Glucksmann, qui avait affirmé que le gouvernement « ne veut pas heurter TotalEnergies ». « Ce qu’a dit Raphaël Glucksmann sur votre plateau est un mensonge », a-t-elle répliqué. À ceux qui redoutent une pression du géant pétrolier, elle oppose : « On ne rentre pas dans un jeu de chantage ni avec M. Pouyanné ni avec personne d’autre ».
L’appel de l’Allemagne et de cinq pays
L’idée d’une taxe européenne sur les superprofits n’est pas nouvelle. Les ministres des Finances de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Autriche, de la Pologne et du Portugal, rejoints par la ministre espagnole de l’Économie, l’avaient déjà réclamée au mois d’août. Ils l’ont relancée vendredi 18 septembre à Dublin, lors de la réunion informelle des ministres des Finances de l’UE.
Le ministre allemand Lars Klingbeil a reproché à Bruxelles sa « réticence » et demandé « que la Commission européenne présente enfin des propositions » sur une telle taxe. Le Portugal a proposé un modèle « simple » : taxer à 33 % les profits dépassant de plus de 20 % la moyenne des bénéfices 2024-2025 des entreprises du pétrole brut et du raffinage.
Bruxelles temporise, la France n’a pas signé
La Commission a de nouveau botté en touche. Le commissaire à l’Économie, Valdis Dombrovskis, a indiqué qu’il n’y aurait « pas, à ce stade, d’initiative paneuropéenne », rappelant que « les États membres peuvent déjà instaurer une taxe sur les bénéfices exceptionnels » s’ils le souhaitent. La présidence irlandaise de l’UE demandera toutefois à la Commission de présenter de « nouvelles réflexions » d’ici le Conseil Ecofin du 9 octobre.
La France, elle, ne figure pas parmi les six signataires. À Dublin, le ministre français de l’Économie, Roland Lescure, a prévenu que toute mesure prise au niveau européen ne pourrait être « uniforme » et devrait « tenir compte des spécificités de chaque pays » — une formulation qui nuance le « prête à travailler » de la porte-parole.
Le précédent de 2022 et la menace du plafonnement
Une telle taxe a déjà existé : le règlement européen adopté en 2022, après l’invasion de l’Ukraine, avait instauré une « contribution temporaire de solidarité » sur les bénéfices excédentaires des producteurs de pétrole, de gaz et de charbon.
Cette fois, le débat se heurte à l’avertissement de TotalEnergies. Son PDG, Patrick Pouyanné, a menacé de lever le plafonnement des prix pratiqué dans ses stations françaises (1,99 euro le litre d’essence, 2,25 euros le gazole) si une taxe sur les superprofits était instaurée. Le groupe a dégagé 4,96 milliards d’euros de bénéfice net au premier trimestre 2026, en hausse de 51 % sur un an.
À retenir
- Le 23 septembre, Maud Bregeon a affirmé que la France est « prête à travailler avec ses partenaires européens » sur une taxe européenne sur les superprofits pétroliers et qu’elle « ne bloque en aucun cas » l’initiative.
- L’initiative est portée par l’Allemagne et cinq pays (Italie, Autriche, Pologne, Portugal, Espagne), relancée le 18 septembre à Dublin ; la Commission européenne temporise et ne propose pas de mesure paneuropéenne « à ce stade ».
- La France n’a pas rejoint le groupe des six signataires, et son ministre de l’Économie a prévenu qu’une mesure européenne ne pourrait être « uniforme ».
- TotalEnergies menace de lever son plafonnement des prix si une telle taxe était instaurée, après 4,96 milliards d’euros de bénéfice net au premier trimestre.
Question aux lecteurs
L’idée d’une taxe européenne sur les superprofits pétroliers progresse, portée par l’Allemagne et cinq autres pays, tandis que la Commission temporise et que TotalEnergies menace de lever son plafonnement des prix. Qu’en pensez-vous ?
Sondage à visée indicative, non représentatif de la population française.




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