Dans un data center enterré du fort du Mont-Valérien, dans les Hauts-de-Seine, les armées françaises développent Arcadia, un système de commandement et de contrôle dopé à l’intelligence artificielle. Présenté à la presse le 29 septembre 2026, il doit fusionner les données de la Marine, de l’armée de l’air et de l’armée de terre pour accélérer la décision opérationnelle. L’enjeu dépasse la technique : depuis 2025, l’OTAN s’appuie sur le Maven Smart System de l’américain Palantir, et Paris cherche à ne plus en dépendre.
Un socle numérique pour commander
Le Commissariat au numérique de défense (CND), créé en septembre 2025 et dirigé par le général Erwan Rolland, a reçu l’Association des journalistes de défense le mardi 29 septembre 2026, à l’occasion de son premier anniversaire. Dans l’enceinte du fort du Mont-Valérien, il a présenté Arcadia, décrit par le ministère des Armées comme « une infrastructure numérique de commandement et de contrôle » hébergée dans un data center enterré. L’objectif affiché : doter les états-majors d’un outil de commandement, ou « C2 » (pour command and control), entièrement numérisé et fondé sur la donnée.
Le programme ne se limite pas à une salle d’état-major. L’ingénieur général de l’armement Jean-Baptiste Paing, qui pilote Arcadia, parle d’un « socle numérique » destiné à être « déployé le plus possible dans tous nos programmes de capacité », jusqu’à être embarqué dans des véhicules ou des bâtiments, afin que l’échange de données cesse de dépendre de systèmes séparés.
Décloisonner la donnée, accélérer la décision
Le principe consiste à relier entre eux les renseignements détenus par la Marine, l’armée de l’air et l’armée de terre, puis à les croiser avec les données d’une multitude de capteurs. L’amiral Frédéric Décup, membre de la task force, cite la situation tactique, le renseignement, la guerre du champ électromagnétique et le ciblage, qu’il présente comme « un module parmi d’autres ». Auparavant, rappelle Jean-Baptiste Paing, passer d’un réseau à un autre pouvait exiger « des extractions de disques durs, des échanges de données par clé USB », avec la perte de temps correspondante.
L’architecture revendique une sécurité dite « zero trust », où chaque utilisateur n’accède qu’aux données qui le concernent, et une approche « data-centric » qui relie systèmes d’armes et centres de données sur des réseaux communs. Le Figaro rapporte que le projet s’inspire du système ukrainien Delta, qui a permis à Kiev de compenser une infériorité de moyens par l’agilité tactique et la coordination des frappes.
La dépendance américaine en question
La portée du sujet tient surtout au contexte de l’Alliance atlantique. Le 25 mars 2025, l’Agence OTAN de communication et d’information a finalisé l’acquisition du Maven Smart System (MSS) du groupe américain Palantir pour le commandement allié des opérations, présenté comme la première brique d’intelligence artificielle de l’Alliance. C’est à ce système que les armées françaises entendent apporter une alternative.
« Arcadia est notre réponse à Maven », résume le général Patrick Justel, numéro deux de l’armée de terre, qui posait en juin 2026 la question de savoir s’il fallait « adopter Maven les yeux fermés ou chercher d’autres solutions ». Le général Rolland rattache la démarche au « déni d’accès numérique », qui va du brouillage satellitaire aux cyberattaques en passant par les frappes contre des centres de données, et aux « règles d’extraterritorialité que veulent nous imposer certains partenaires », sans nommer les États-Unis.
Des exercices, un cap fixé à 2027
Arcadia n’en est pas à ses débuts. L’armée de terre l’a éprouvé lors des exercices Dacian Fall en Roumanie et Orion 26 en France, puis pendant l’exercice d’interopérabilité CWIX de l’OTAN, en Pologne, du 8 au 26 juin 2026, avant l’exercice Bold Quest aux États-Unis fin août. Le ministère vise de « premières capacités opérationnelles » en 2027. La France met en avant la conformité d’Arcadia aux normes d’interopérabilité de l’Alliance, le Federated Mission Networking (FMN), et laisse entendre que le Maven ne les aurait pas intégrées.
Une filière française mobilisée
Le projet associe plusieurs administrations : la Direction générale de l’armement, l’Agence de l’innovation de défense, l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (Amiad, créée en 2024) et le CND. Côté industriel, Thales, Safran et Airbus figurent parmi les contributeurs, aux côtés de la société française d’intelligence artificielle Mistral AI, mais aussi de structures plus petites (Comand AI, Impact) et d’Atos. Un consortium français, Athea, concourt par ailleurs pour de futurs systèmes de commandement de l’OTAN.
Ce que Palantir et l’OTAN répondent
L’ambition ne doit pas être confondue avec un résultat. Arcadia n’est pas un système en service : l’objectif de premières capacités est fixé à 2027, et le principal défi technique reste le décloisonnement des données internes. Palantir conteste la présentation française : la société affirme que son Maven Smart System est « conforme aux principes » du FMN, déjà intégré à plus de dix systèmes de l’Alliance et engagé dans un processus de certification. Un porte-parole du grand quartier général allié rappelle que « les nations sont libres de choisir les systèmes qu’elles utilisent ». En mai 2026, l’amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié Transformation, jugeait qu’« il n’existe aujourd’hui aucun véritable concurrent à Palantir ».
À retenir
- Arcadia est un système de commandement et de contrôle (C2) assisté par intelligence artificielle, développé par les armées françaises et présenté à la presse le 29 septembre 2026 au fort du Mont-Valérien.
- Il vise à fusionner les données de la Marine, de l’armée de l’air et de l’armée de terre, pour accélérer la compréhension du terrain et le ciblage.
- En mars 2025, l’OTAN a acquis le Maven Smart System de l’américain Palantir pour son commandement des opérations ; la France présente Arcadia comme sa réponse.
- Arcadia a été testé lors des exercices CWIX (Pologne, juin 2026) et Bold Quest (États-Unis, août 2026) ; les premières capacités opérationnelles sont visées pour 2027.
- Palantir conteste la présentation française et l’OTAN rappelle que chaque nation choisit ses systèmes ; Arcadia n’est pas encore en service.
Question aux lecteurs
Les armées françaises développent Arcadia pour ne pas dépendre d’un système américain de commandement. Comment la France doit-elle s’y prendre ?
Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non celui de la population française.
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Pour aller plus loin
- Ministère des Armées, Commissariat au numérique de défense, « Le CND fête sa première bougie », 1er octobre 2026 (compte rendu de la présentation du 29 septembre)
- Le Monde, « IA militaire : la France à l’assaut de la domination américaine sur les réseaux classifiés de l’OTAN », 1er octobre 2026
- Le Figaro, « Avec Arcadia, l’armée veut gagner la bataille du commandement », 1er octobre 2026
- Defense News, « France to test its own AI-powered battlefield command in June NATO exercise », 6 juin 2026
- OTAN (SHAPE), « NATO acquires AI-enabled Warfighting System » (acquisition du Maven Smart System de Palantir), 25 mars 2025
Méthode : le fait central, le développement par les armées françaises d’Arcadia comme alternative au système de commandement Maven de Palantir adopté par l’OTAN, est établi à partir d’origines distinctes : la présentation officielle du Commissariat au numérique de défense du 29 septembre 2026 (ministère des Armées), Le Monde et Le Figaro du 1er octobre 2026, les précisions du général Justel rapportées par Les Echos et Defense News, et le communiqué de l’OTAN du 25 mars 2025. Réserves : Arcadia n’est pas en service et ses premières capacités opérationnelles sont annoncées pour 2027 ; le décloisonnement des données internes reste un défi technique ; Palantir conteste la présentation française en affirmant que son Maven est conforme aux normes d’interopérabilité alliées et déjà intégré à plus de dix systèmes de l’OTAN ; l’amiral Pierre Vandier jugeait en mai 2026 qu’il n’existait alors « aucun véritable concurrent à Palantir ». La propriété d’un média peut signaler un intérêt ; elle ne valide ni n’invalide une information.



