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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Centres de données : un moratoire réclamé au Parlement, une accélération prévue par la loi

Champ labouré, pylônes à haute tension et bâtiments industriels au coucher du soleil
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

À Étrechet, petite commune de l’Indre, Google prépare ce qui serait son premier centre de données détenu en propre en France : huit à dix bâtiments sur environ 195 hectares de terres agricoles, raccordés par de nouvelles lignes à très haute tension. Le dossier, classé projet industriel stratégique au printemps 2026, a provoqué la démission de la maire et de quatre élus locaux. Il illustre une tension que le Parlement commence à prendre en main : la France accélère l’implantation des centres de données au nom de la souveraineté numérique, alors que l’essentiel de la puissance annoncée est porté par des acteurs non européens. Selon Libération, des députés de plusieurs groupes ont annoncé le 8 octobre une proposition de résolution réclamant un moratoire sur les projets « non souverains ».

Un projet hors norme dans l’Indre

Le projet porte sur la zone d’aménagement concerté d’Ozans, à Étrechet, commune d’un millier d’habitants située à une dizaine de kilomètres de Châteauroux. Les maîtres d’ouvrage sont Google France et deux filiales, Tricolore Computing et Violet Computing, auxquels s’ajoute RTE pour le raccordement électrique. Saisie le 24 mars 2026, la Commission nationale du débat public (CNDP) a décidé le 1er avril 2026 d’organiser une concertation préalable et désigné trois garants.

Le dossier de saisine décrit « environ 195 hectares », « huit à dix bâtiments de data centers », deux postes électriques et plusieurs ouvrages de raccordement, dont des liaisons souterraines à 225 000 volts et des lignes aériennes à 400 000 volts de plus de dix kilomètres. La réalisation est prévue en deux temps : mise en service d’un premier bâtiment et d’un raccordement à 225 000 volts en 2028 ou 2029, puis de sept à neuf bâtiments supplémentaires et d’un raccordement à 400 000 volts à partir de 2031.

Le foncier a avancé plus vite que le débat. Selon la presse, la communauté d’agglomération a voté dès juin 2025 un compromis de vente de 195 hectares pour 58,5 millions d’euros, la signature définitive pouvant intervenir jusqu’en juillet 2030. Le site a par ailleurs été classé, en avril 2026, parmi les projets industriels jugés stratégiques pour la nation.

La puissance électrique, elle, reste discutée. Le dossier adressé à la CNDP ne la chiffre pas. Les élus démissionnaires avancent une valeur de l’ordre de 500 mégawatts ; d’autres estimations évoquent de 880 mégawatts à environ 1,1 gigawatt en pleine capacité, soit l’ordre de grandeur d’un réacteur nucléaire. Pour situer le rapport, les centres de données mis en service en France en 2024 affichaient une puissance moyenne d’une vingtaine de mégawatts, selon l’enquête annuelle du régulateur des télécoms. Sur un réseau haute tension déjà chargé, l’écart entre ces estimations n’est pas anecdotique.

Une accélération voulue par l’État

Le cadre a été modifié en amont. La loi de simplification de la vie économique, promulguée le 26 mai 2026, étend aux projets de centres de données de grande envergure le statut de « projet d’intérêt national majeur » (PINM), jusque-là réservé à des installations jugées importantes pour la transition numérique, la transition écologique ou la souveraineté nationale. Ce statut ouvre des procédures accélérées : dérogation possible à la protection des espèces protégées, mise en conformité du plan local d’urbanisme par l’État, exemption possible de quotas de « zéro artificialisation nette » et priorité d’accès aux raccordements.

Le Sénat avait pourtant jugé ce cadre suffisant. Le 25 février 2026, sa commission des affaires économiques a rejeté une proposition de loi visant à encadrer l’implantation des centres de données, estimant que les textes en cours couvraient déjà la planification, la consommation d’eau, la valorisation de la chaleur fatale et la recherche. Son rapport relève que 52 projets sont en développement et pourraient porter la puissance installée en France à 2,3 gigawatts en 2035.

Un point de vigilance subsiste : le Conseil constitutionnel a été saisi de ces dispositions sur les centres de données et sur la « zéro artificialisation nette », et le régime applicable n’est donc pas encore stabilisé.

Une crise municipale à Étrechet

Le projet a provoqué une crise politique locale. Le 10 septembre 2026, trois adjoints et une conseillère municipale ont annoncé leur démission ; cinq jours plus tard, la maire, Florence Laurent (sans étiquette), a rendu son écharpe. Les partants ont expliqué que la commune n’avait plus de pouvoir décisionnel depuis le transfert de la compétence d’urbanisme à l’agglomération, et réclamaient des engagements précis sur les nuisances visuelles, les polluants éternels (PFAS), l’eau, la dévalorisation immobilière et le trafic routier.

Un collectif local, « Ozans dire non », revendique plus de 18 000 signatures contre le projet. Le président de l’agglomération et maire de Châteauroux, Gil Avérous, met en avant « a minima 1 500 emplois pérennes directs » à terme. La filiale française de Google n’a pas publié de chiffres confirmant cette estimation. La concertation préalable doit s’ouvrir à l’automne sous l’égide des garants nommés par la CNDP : les habitants pourront y donner un avis, sans pouvoir décisionnel sur la réalisation.

Ce que les pièces disent de la souveraineté

Le dossier illustre un écart entre l’objectif affiché et le contenu des pièces. Le dossier de saisine décrit l’objectif comme « répondre aux besoins propres de Google en France », tout en invoquant une convergence entre transition énergétique, souveraineté numérique et investissement industriel. La capacité de stockage et de calcul serait donc d’abord dimensionnée pour un opérateur américain, alors que les défenseurs d’un cloud européen rappellent qu’une société soumise au droit des États-Unis reste exposée, pour les données qu’elle contrôle, aux réquisitions de ce droit.

Une commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les dépendances et vulnérabilités du numérique, présidée par Philippe Latombe (MoDem) et rapportée par Cyrielle Chatelain (Écologistes), a remis son rapport le 16 juillet 2026. En s’appuyant sur les demandes de raccordement adressées à RTE, elle chiffre à environ 15 gigawatts les projets annoncés, soit près d’un quart de la puissance du parc nucléaire français, et estime qu’un peu plus d’un gigawatt seulement serait porté par des acteurs européens. Elle recommande un moratoire pour les projets portés directement par de grandes plateformes américaines, comme celui de Châteauroux, ainsi qu’un contrôle public du déploiement.

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’initiative du 8 octobre. Selon Libération, le député de la Somme François Ruffin, la présidente du groupe écologiste Cyrielle Chatelain et d’autres députés déposent une proposition de résolution non contraignante appelant à un moratoire sur les centres de données « non souverains », c’est-à-dire extra-européens. Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, avait réclamé une mesure comparable en septembre. Une proposition de résolution n’a pas de portée normative : elle exprime une position politique.

À retenir

  • À Étrechet (Indre), Google et ses filiales Tricolore Computing et Violet Computing projettent, avec RTE, un centre de données sur environ 195 hectares : huit à dix bâtiments, deux postes électriques et de nouvelles lignes à 225 000 et 400 000 volts, en service à partir de 2028-2029 puis 2031 (dossier de saisine, décision de la CNDP du 1er avril 2026).
  • La loi de simplification de la vie économique, promulguée le 26 mai 2026, étend à ces projets le statut de projet d’intérêt national majeur, qui ouvre des procédures accélérées, notamment une exemption possible de quotas de zéro artificialisation nette. Le Conseil constitutionnel a été saisi de ces dispositions.
  • Le projet a entraîné la démission de la maire d’Étrechet et de quatre élus ; la concertation ouverte sous l’égide de la CNDP ne donnera pas de pouvoir décisionnel aux habitants.
  • Une commission d’enquête de l’Assemblée nationale chiffrait, en juillet 2026, à environ 15 gigawatts les demandes de raccordement, dont un peu plus d’un gigawatt porté par des acteurs européens, et recommandait un moratoire sur les projets des grandes plateformes américaines.
  • Selon Libération, des députés de plusieurs groupes ont annoncé le 8 octobre le dépôt d’une proposition de résolution, non contraignante, pour un moratoire sur les centres de données « non souverains ».

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Face aux centres de données géants, que faudrait-il faire ?

Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non celui de la population française.

Pour aller plus loin

Méthode : le fait central, le projet de centre de données de Google à Étrechet et son encadrement public, est établi par la source primaire (décision n° 2026/37 et dossier de saisine de la CNDP, 1er avril 2026) et par plusieurs origines réellement distinctes : La Nouvelle République, franceinfo et France 3 Centre-Val de Loire, Libération, Mediapart et 01net. Les éléments de calendrier (compromis de vente de juin 2025, classement du site en avril 2026) proviennent de la reprise qu’en fait la presse, faute d’accès direct à l’acte de vente. Réserves : la puissance électrique n’est pas chiffrée dans le dossier de saisine, les estimations publiées varient de 500 mégawatts à environ 1,1 gigawatt ; le nombre de bâtiments (huit à dix) et la surface (environ 195 hectares) peuvent évoluer au fil des études ; le régime du statut de projet d’intérêt national majeur pour les centres de données dépend encore de la décision du Conseil constitutionnel ; les chiffres de la commission d’enquête portent sur l’ensemble des demandes de raccordement, pas sur le seul projet d’Étrechet ; l’annonce d’une proposition de résolution le 8 octobre repose sur une seule source, Libération, et une résolution n’a pas de portée normative.

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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