Un rapport adopté à l’unanimité. La commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat a adopté le 16 septembre — et publié lundi 21 septembre — un rapport qui veut faire de l’IA frugale un levier de compétitivité pour la France et l’Europe. Son argument central : plutôt que de subir l’appétit électrique de l’intelligence artificielle, s’appuyer sur un atout méconnu, une électricité décarbonée à 95 %, pour attirer les centres de données et peser sur les standards européens.
Un rapport unanime, dans la lignée de la loi Reen
La commission a lancé le 10 décembre 2025 une mission d’information sur l’empreinte environnementale de l’IA, dans le prolongement de ses travaux de 2020, concrétisés par la loi Reen du 15 novembre 2021 qui fait de la France un précurseur mondial sur le sujet. Le rapport — signé des rapporteurs Guillaume Chevrollier (Les Républicains), Damien Michallet (LR) et Simon Uzenat (Parti socialiste) — formule 16 recommandations regroupées en trois axes : faire de l’excellence environnementale un facteur d’attractivité pour les centres de données ; mesurer, informer et sensibiliser ; et assurer, notamment au niveau européen, le développement d’une intelligence artificielle frugale.
Le constat de départ est net : sous l’effet de l’IA, les centres de données ont pris le dessus sur les terminaux en matière d’empreinte, et leur consommation électrique va « fortement augmenter » dans les prochaines années, quand bien même les données restent lacunaires.
L’atout électrique français
Le rapport fait d’un point souvent ignoré son cœur stratégique. Le mix électrique français est décarboné à 95 %, contre 47 % aux États-Unis et 39 % en Chine. En 2024, la France a émis 21,7 grammes de CO₂ par kilowattheure, contre 171 au Royaume-Uni et 363 en Allemagne.
« Grâce à notre énergie décarbonée et à nos techniques de refroidissement, la France est dotée d’atouts environnementaux », résume Damien Michallet. La conclusion est contre-intuitive : plutôt que de freiner l’installation de centres de données, les rapporteurs proposent d’en faire un critère d’attractivité — la recommandation n° 5 invite à « renforcer l’acceptabilité territoriale et environnementale des centres de données en favorisant leur intégration dans les territoires ».
Le silence des géants de l’IA
Reste un obstacle de taille : on ne peut mesurer ce que l’on ne déclare pas. Le rapport relève que seules deux entreprises — la française Mistral AI et Google — ont publié un bilan environnemental de leur IA, avec des méthodes « très différentes, donc peu comparables ». « Ils ont fait un effort de transparence, mais ça ne permet pas vraiment de vérifier », constate Simon Uzenat, qui appelle à un standard européen commun donnant l’ordre de grandeur de la consommation des acteurs.
L’« Airbus de l’IA » comme horizon
Au-delà de la mesure, le rapport esquisse une politique industrielle. Sa recommandation n° 11 propose de « lancer une politique européenne ambitieuse en faveur de l’IA frugale, y compris industrielle, pouvant aboutir à la création d’un “Airbus de l’IA” ». La France dispose pour cela de deux documents « inédits au niveau mondial » : le référentiel général d’écoconception des services numériques (RGESN, Arcep-Arcom, 2024) et le référentiel d’IA frugale de l’Afnor (2023). Les rapporteurs veulent les convertir à l’échelon européen, et actionner le levier de la commande publique en intégrant un critère d’empreinte environnementale dans les achats publics d’IA.
« C’est un défi pour la planète, mais aussi un enjeu économique pour la France », résume Guillaume Chevrollier. Un positionnement que Paris voudrait porter au-delà de ses frontières : la coalition française pour une IA écologiquement durable, lancée en février 2025, regroupe déjà 260 membres — dont 68 entreprises, 28 instituts de recherche et 15 États.
À retenir
- Un rapport du Sénat adopté à l’unanimité le 16 septembre, publié le 21, propose de faire de l’IA frugale un levier de compétitivité pour la France et l’Europe.
- Son socle : une électricité décarbonée à 95 % (21,7 g de CO₂/kWh), contre 47 % aux États-Unis et 39 % en Chine.
- Les centres de données dépassent désormais les terminaux en empreinte, mais seules Mistral AI et Google publient un bilan environnemental.
- La recommandation n° 11 esquisse un « Airbus de l’IA » européen, adossé aux référentiels français et à la commande publique.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- La synthèse du rapport d’information du Sénat sur l’empreinte environnementale de l’IA
- Le décryptage de Public Sénat, avec les chiffres du mix électrique
- L’analyse d’Actu Environnement sur l’IA « frugale »
- Le compte rendu de L’Humanité
Les faits — l’adoption à l’unanimité du rapport le 16 septembre, sa publication le 21, les 16 recommandations et l’identité des trois rapporteurs — reposent sur le rapport du Sénat lui-même (source primaire) et sur plusieurs comptes rendus éditoriaux distincts (Public Sénat, Actu Environnement, L’Humanité, Le Monde). Les chiffres du mix électrique (95 %, 47 %, 39 % ; 21,7 g de CO₂/kWh contre 171 et 363) proviennent du rapport et de sa reprise par Public Sénat. Le rapport est un document d’orientation parlementaire, pas une loi ; ses recommandations n’ont pas de caractère contraignant. Les citations des rapporteurs expriment leurs positions, pas des faits établis ; l’« Airbus de l’IA » est une proposition, non un programme décidé.




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