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L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

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Le fichier du PCF exposé : 189 308 personnes, et leur opinion politique avec

Bureau de nuit : un classeur en bois ouvert, des chemises et des feuilles imprimées répandues sur le parquet, une main tenant une liasse au premier plan, un ordinateur portable allumé sur une table en chêne près d'une lampe de laiton, et derrière la baie vitrée la ville éclairée dans le bleu de la nuit.

Le Parti communiste français a appris vendredi 23 octobre que son fichier d’adhérents et de sympathisants circulait. Ce n’est pas son service informatique qui l’a vu : c’est l’ANSSI, l’agence de l’État, qui l’a prévenu, rapporte franceinfo. Un pirate revendique la base sur un forum. Le parti a saisi la CNIL et annoncé une plainte.

  1. Ce que le parti reconnaît, et ce qu’il ne dit pas
  2. 189 308 personnes, sans confirmation du parti
  3. Une opinion politique est une donnée sensible
  4. Quatre fichiers français en 48 heures
  5. Le parti qui réclamait un sursaut
  6. Ce que vous pouvez faire

Ce que le parti reconnaît, et ce qu’il ne dit pas

Le communiqué de 19 heures est court : alerte de l’ANSSI le jour même, sécurisation des systèmes et des bases, investigations en cours avec l’agence sur l’origine, l’ampleur et la nature des données. Aucune donnée bancaire n’est compromise, le fichier ne contient « ni coordonnées bancaires ni moyens de paiement », les personnes concernées seront prévenues par courriel.

Ce qu’il ne dit pas compte autant : combien de personnes, comment le fichier est sorti, dans quel état il était stocké. Une seule chose est établie : l’alerte est venue de l’extérieur.

189 308 personnes, sans confirmation du parti

Le chiffre vient de FrenchBreaches, contacté par l’individu qui revendique la base : 195 503 enregistrements, 194 641 fiches uniques, et 189 308 personnes distinctes après rapprochement. Champs observés : noms, prénoms, adresses postales, téléphones, courriels.

Le parti ne donne aucun chiffre. Une investigation prend des jours, et un chiffre trop tôt se corrige publiquement. Il en résulte que le nombre qui va s’installer sera celui du pirate, pas celui de la victime.

Une opinion politique est une donnée sensible

Le fichier ne dit pas seulement où joindre des gens : il dit à quelle organisation ils ont choisi d’adhérer. Le RGPD, à son article 9, classe les opinions politiques parmi les données sensibles, dont le traitement est en principe interdit et n’est permis que par exception. Deux obligations comptent : notifier sous 72 heures, ce que le parti dit avoir fait, et informer les personnes quand le risque est élevé, comme le prévoit la procédure. Le PCF annonce un courriel à chacun. Or les courriels font partie des données volées : le message qui prévient passe par le canal du pirate, et un faux courriel « du PCF » devient le leurre naturel. Ce n’est pas une accusation, c’est la mécanique de l’hameçonnage.

La CNIL a enregistré 6 167 notifications de violations en 2025, un record, en hausse de 9,5 %, dont la moitié par piratage, selon son rapport annuel. Elle annonce consacrer en 2026 la moitié de ses contrôles aux manquements de cybersécurité.

Quatre fichiers français en 48 heures

La fuite du PCF n’arrive pas seule. Le 22 octobre, une base attribuée à l’Ircantec, retraite complémentaire des agents contractuels, était proposée à la vente pour 450 000 personnes, selon FrenchBreaches. Le même jour, un pirate revendiquait 587 000 dossiers de la Fédération française de tir, un an après une première attaque, que j’ai racontée ici. Le 23, un opérateur de bornes de recharge, Plenitude On The Road, confirmait une attaque sur des numéros fiscaux et des historiques de recharge.

Ces volumes sont des revendications, pas des bilans officiels. Leur accumulation dit pourtant ce qu’aucun incident isolé ne dit : ce ne sont pas des organisations négligentes qui tombent, c’est un niveau général de protection qui ne tient pas.

Les fuites revendiquées cette semaine, en nombre de personnes

Chiffres revendiqués par les pirates ou estimés par des sites spécialisés, non confirmés par les organismes

Fédération française de tir, 22 octobre 587 000 Ircantec, retraite des agents contractuels, 22 octobre 450 000 Parti communiste français, 23 octobre 189 308 Plenitude On The Road, bornes de recharge, 23 octobre volume non publié

Barres proportionnelles aux volumes revendiqués. Aucun n’a été confirmé par l’organisme concerné.

Le parti qui réclamait un sursaut

Le 1er septembre, après les fuites de la DGFiP et de l’Éducation nationale, le PCF publiait « Sécurité numérique : le PCF exige un sursaut, pas une communication de crise ». Il y dénonçait l’absence d’authentification à deux facteurs sur des infrastructures sensibles, le retard dans l’application de NIS2, une ANSSI sans moyens, et demandait 10 % des budgets consacrés à la sécurité.

Sept semaines plus tard, c’est l’ANSSI qui l’a prévenu. Je n’en tire aucune leçon sur sa vigilance : personne ne sait ce qui s’est passé. Je note que l’avertissement valait pour tout le monde, y compris pour qui le formulait, et que l’agence capable de détecter n’est pas celle qui peut contraindre. Je l’ai décrit pour les frigos de supermarchés : une recommandation de 2014 que l’ANSSI ne peut imposer à personne. Même mécanique sur la faille PHP corrigée trop tard, un site sur trois sans correctif officiel.

Ce que vous pouvez faire

Si vous avez laissé vos coordonnées au PCF, tenez pour probable que votre nom, votre adresse, votre téléphone et votre courriel soient dans la base. Attendez le courriel annoncé, mais n’ouvrez aucun lien qu’il contient : allez vous-même sur le site du parti. Aucun organisme légitime ne demande un mot de passe ou un code reçu par SMS après une fuite. Le risque immédiat n’est pas bancaire : un message qui connaît votre adresse et votre engagement convainc bien plus qu’un message anonyme. Vous pouvez demander au parti quelles données il traite sur vous, et saisir la CNIL.

Opinion de la maison, pas un fait

Un fichier d’opinions politiques ne vaut pas cher sur un forum. Il vaut cher ailleurs : pour qui veut trier, presser, intimider, ou savoir à qui il parle. C’est le seul dont la valeur se compte en pouvoir et non en euros. La loi lui donne la protection la plus haute, et elle n’a empêché ni le vol ni la vente. Ce qui protège un fichier, ce n’est pas le principe écrit dans un règlement : c’est le budget mis dans les serveurs et les gens qui les administrent.

À retenir
  • Le PCF a été prévenu le 23 octobre par l’ANSSI ; il a saisi la CNIL et annoncé une plainte.
  • Aucun chiffre officiel : 189 308 personnes distinctes est une estimation de FrenchBreaches.
  • Les opinions politiques sont une donnée sensible au sens du RGPD.
  • Quatre fuites revendiquées ou confirmées en 48 heures.

France 24, 18 août 2026. À regarder pour la mécanique : une administration découvre une fuite, en révèle une deuxième puis une troisième, et présente ses excuses. Vidéo antérieure de deux mois à la fuite du PCF ; c’est ce précédent qui a poussé le parti à réclamer un sursaut.

Et vous : qu’accepteriez-vous qu’un parti politique sache de vous, et pendant combien de temps le garde-t-il ?

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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