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Gazole : sous la menace d’un embargo américain, l’Europe refuse de puiser seule dans ses réserves

Gazole : sous la menace d'un embargo américain, l'Europe refuse de puiser seule dans ses réserves
Gazole : sous la menace d'un embargo américain, l'Europe refuse de puiser seule dans ses réserves

Washington a demandé à la France et à l’Allemagne de puiser dans leurs réserves d’urgence de gazole, sous la menace d’interdire ses propres exportations de diesel. Vendredi 2 octobre, les Vingt-Sept réunis à Bruxelles ont « catégoriquement » rejeté cette interdiction et examiné une proposition française : libérer 50 millions de barils de gazole européens et 50 millions de barils de brut, dans le cadre de l’Agence internationale de l’énergie. Emmanuel Macron a appelé les dirigeants du G7 à agir « de manière concertée, sans restriction aux exportations ».

Ce que Washington réclame, et ce qu’il menace

Selon Reuters, qui cite trois personnes proches des discussions, l’administration Trump a demandé à la France et à l’Allemagne de faire baisser leurs stocks d’urgence de gazole, faute de quoi les États-Unis pourraient interdire leurs propres exportations de diesel. Une source européenne citée par la même agence évoque une demande portant sur 120 millions de barils sur six mois. Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, défend cette piste comme une alternative à l’embargo, et POLITICO, qui cite quatre responsables européens et américains, précise le détail : 120 millions de barils sur 180 jours, soit « bien plus d’un tiers » des quelque 315 millions de barils de gazole que les pays de l’Union détenaient en réserve en juin, selon les chiffres Eurostat cités par le média.

Les pressions ont redoublé cette semaine. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a exhorté jeudi les partenaires européens à « accélérer la livraison » de leurs engagements antérieurs, en estimant que « les agriculteurs, les routiers et les entreprises américains ne devraient pas porter le poids d’une pénurie mondiale de diesel ». Chris Wright s’est dit « très confiant » dans la capacité de l’Europe à faire baisser les prix en puisant dans ses stocks. Donald Trump a laissé planer la menace d’un embargo sur les exportations américaines de gazole : « J’y pense », a-t-il déclaré, tout en rappelant que ses conseillers y sont partagés. Aucune interdiction n’était décidée vendredi.

Le calendrier éclaire la demande : les prix américains du gazole ont progressé de plus de 70 % depuis le début de la guerre contre l’Iran, à 6,39 dollars le gallon selon l’AAA, à cinq semaines des élections de mi-mandat du 3 novembre. Les difficultés d’approvisionnement ont trois causes distinctes : le conflit avec l’Iran, qui a perturbé les flux du Moyen-Orient ; l’arrêt des exportations russes après les frappes ukrainiennes sur les raffineries ; et la suspension, en octobre, des exportations de carburants par les raffineurs chinois pour reconstituer leurs stocks nationaux.

L’Europe refuse l’embargo et renvoie la décision à l’AIE

Réunis vendredi à Bruxelles, les Vingt-Sept ont repoussé l’idée d’un embargo américain. Celui-ci « porterait atteinte à notre confiance dans les États-Unis en tant que partenaire fiable », a averti la porte-parole de la Commission, Anna-Kaisa Itkonen. L’Union s’est dite en revanche « prête à une action collective » avec l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour décider, ou non, de puiser dans les stocks stratégiques. Cette exigence d’un cadre multilatéral était déjà ressortie d’une réunion d’urgence tenue jeudi entre la Commission, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Irlande et le Royaume-Uni : répondre d’une « voix coordonnée », élever toute décision de déstockage au niveau de l’AIE et chercher à « diminuer la tension » dans le dialogue avec Washington, selon POLITICO.

La proposition examinée vendredi est française. Selon Reuters, Paris a suggéré que les pays européens libèrent 50 millions de barils de gazole et que les membres de l’AIE libèrent 50 millions de barils de brut. POLITICO précise le contexte : cette offre de compromis répond à une demande américaine adressée à Emmanuel Macron de libérer 100 millions de barils de carburant, dont l’essentiel sous forme de gazole. Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, n’avait pas commenté la proposition dans l’immédiat, le ministère de l’Énergie n’ayant pas répondu aux sollicitations.

Côté français, la ligne officielle passe par le G7. L’Élysée a indiqué qu’Emmanuel Macron avait échangé jeudi soir avec Donald Trump sur la situation énergétique, puis appelé les dirigeants du G7 à « agir de manière concertée, sans restriction aux exportations ». La présidence a annoncé qu’il convoquerait « dès que possible » une visioconférence des chefs d’État et de gouvernement du groupe, afin de coordonner les mesures avec l’AIE. Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a résumé la position européenne : un embargo serait « inattendu pour les Européens » et « aurait des conséquences très dramatiques pour notre performance économique ».

Des réserves déjà largement sollicitées depuis mars

L’épisode ne part pas de zéro. En mars, les 32 membres de l’AIE avaient libéré 400 millions de barils, la plus importante mise sur le marché de leur histoire, pour amortir les effets de la fermeture du détroit d’Ormuz : environ 14,5 millions de barils pour la France. Fatih Birol, directeur de l’Agence, a reconnu mardi qu’un tiers de cette libération n’était pas encore arrivé sur le marché, tout en rappelant que 80 % des stocks de l’AIE restaient disponibles. Pour saisir l’enjeu, un ordre de grandeur aide : 400 millions de barils représentent environ vingt jours de pétrole exportés par le détroit d’Ormuz avant sa paralysie.

La hausse des prix reste, elle, très concrète. Le prix moyen du gazole à la pompe dans l’Union a atteint la semaine dernière un sommet historique, à 2,24 euros le litre en moyenne hebdomadaire, selon la compilation de la Commission européenne. En France, la hausse des carburants pèse sur les ménages et sur les secteurs les plus dépendants du gazole, transports routiers et agriculture en tête, alors que l’État a déjà prolongé des aides ciblées et que le budget 2027 prévoit une « règle d’or zéro profit » sur la TVA des carburants.

Ce qu’est une réserve stratégique, et ce qu’on y puise

Les stocks que Washington veut voir baisser ne sont pas des stocks commerciaux. Depuis son adhésion à l’AIE, la France est tenue de détenir l’équivalent d’au moins 90 jours d’importations nettes de pétrole ; selon Bercy, elle se situe au-dessus de ce seuil, autour de 118 jours, soit environ 16 millions de tonnes d’hydrocarbures. Ces réserves servent à éviter une pénurie et à stabiliser les prix en cas de crise, sur décision de l’État. Leur gestion est largement déléguée à des structures ad hoc : la SAGESS, société créée en 1988 par les opérateurs pétroliers, qui exploitait en 2024 environ 81 sites de stockage, dont la part principale repose sur les cavités salines souterraines de Manosque ; le CPSSP, comité professionnel créé par la loi de 1992, finance et encadre cette gestion.

La composition de ces réserves est un point souvent négligé : contrairement à une idée reçue, le pétrole brut n’en représente qu’environ un tiers, le reste étant des produits finis, pour moitié du gazole. C’est précisément cette fraction qui intéresse Washington. Or un stock stratégique n’est pas un stock inépuisable : ce qui en est sorti pour calmer un marché ne protège plus en cas de nouvelle rupture. La question posée à Bruxelles n’est donc pas seulement celle du prix de l’essence aujourd’hui, mais celle de la marge de sécurité de l’Europe à l’entrée de l’hiver, dans un contexte où elle dépend davantage du gazole américain depuis qu’elle a renoncé aux importations russes.

À retenir

  • Selon Reuters et POLITICO, les États-Unis ont demandé à la France et à l’Allemagne de puiser dans leurs réserves d’urgence de gazole, sous la menace d’un embargo sur les exportations américaines de diesel : 120 millions de barils sur six mois dans la version la plus détaillée, soit plus d’un tiers des réserves de gazole de l’Union.
  • Vendredi 2 octobre à Bruxelles, les Vingt-Sept ont « catégoriquement » rejeté l’embargo et exigé que toute décision de déstockage passe par l’Agence internationale de l’énergie.
  • La proposition examinée est française : libérer 50 millions de barils de gazole européens et 50 millions de barils de brut au sein de l’AIE. Elle répond à une demande américaine adressée à Emmanuel Macron de libérer 100 millions de barils de carburant.
  • L’Élysée annonce une visioconférence des chefs d’État et de gouvernement du G7 « dès que possible », après un échange entre Emmanuel Macron et Donald Trump.
  • Les réserves dites stratégiques (90 jours d’importations nettes exigés par l’AIE ; environ 118 jours et 16 millions de tonnes pour la France selon Bercy) ne sont pas des stocks commerciaux : ce qui en est retiré réduit la protection en cas de rupture, avant l’hiver.

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Question aux lecteurs

Washington presse l’Europe de puiser dans ses réserves d’urgence de gazole pour faire baisser les prix, sous la menace d’un embargo ; Paris propose une libération coordonnée par l’Agence internationale de l’énergie, sans renoncer à sa marge de sécurité. Selon vous, quelle devrait être la priorité ?

Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non l’opinion de la population française.

Pour aller plus loin

Méthode : faits établis à partir de trois origines éditoriales distinctes au minimum (Reuters, POLITICO, dépêche AFP, Les Échos), complétées par les déclarations publiques de l’Élysée, du Trésor et de l’Énergie américains, de la Commission européenne et de l’Agence internationale de l’énergie. Réserves et limites : la proposition française et le chiffre de 120 millions de barils proviennent de sources anonymes citées par Reuters et POLITICO, non confirmés officiellement par Paris ; le ministère français de l’Énergie n’a pas commenté ; l’embargo américain n’est à ce stade qu’une menace évoquée par Donald Trump ; les séries Eurostat retenues par les différents titres ne concordent pas (POLITICO cite environ 315 millions de barils de gazole détenus en juin, Les Échos une autre série) et la répartition exacte entre la France et l’Allemagne varie selon la source ; certains sites de presse cités en liens bloquent la vérification automatisée de leur page, leur contenu ayant été consulté le 2 octobre 2026.

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