Révélée le 18 septembre par Le Canard Enchaîné, l’homélie d’un aumônier du 3e RPIMa de Carcassonne, qui appelait « les gauchistes » à se calmer et reprenait des thèses proches du « grand remplacement », connaît une suite institutionnelle. Le chef d’état-major des armées (CEMA) a ouvert une enquête de commandement visant l’ancien chef de corps du régiment, le colonel Colomban de Poncharra. L’objet n’est plus la parole du prêtre, mais le fait que la hiérarchie n’aurait pas signalé l’affaire à temps.
L’homélie du 7 octobre 2025
Le 7 octobre 2025, à l’occasion de la Saint-Michel, patron des parachutistes, l’aumônier militaire du 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (3e RPIMa) prononce une homélie dans la cathédrale Saint-Michel de Carcassonne, devant des militaires du régiment. Une vidéo, exhumée par Le Canard Enchaîné et diffusée à partir du 17-18 septembre 2026, montre le prêtre lancer « Calmez-vous les gauchistes ! Chut ! Respirez par le nez ! », critiquer « les menteurs, les incompétents » et « ceux qui mangent de la graine », avant d’évoquer « d’autres [qui] prendront la place de nos valeurs, de cette culture, de cette société ». Plusieurs médias rapprochent ces derniers mots de la théorie raciste du « grand remplacement ».
En vidéo : des extraits de l’homélie
La procédure disciplinaire, puis l’enquête contre la hiérarchie
Le 18 septembre, le ministère des Armées juge les propos « inappropriés » et rappelle que « les obligations de réserve et de neutralité politique s’imposant à tous les membres de l’institution, y compris aux aumôniers militaires ». L’aumônier avait été rappelé à l’ordre « dès les faits » par le commandement du régiment et avait présenté des excuses, publiques et écrites. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, demande l’engagement d’une procédure disciplinaire.
Cinq jours plus tard, le 23 septembre, l’affaire change d’échelle. Le Canard Enchaîné assure que « l’ancien patron de son régiment se retrouve dans le collimateur des autorités ». Sollicitée par L’Indépendant, la Délégation à l’information et à la communication de la Défense (DICoD) confirme : « Il y a en effet une enquête de commandement, en cours, demandée par le chef d’état-major des armées (CEMA) à l’officier général de zone de défense et de sécurité sud. Cette enquête devra dégager les responsabilités, caractériser les fautes et manquements, et proposer des mesures jugées nécessaires au CEMA. »
Pourquoi l’ancien chef de corps est visé
Le colonel Colomban de Poncharra a commandé le 3e RPIMa d’août 2024 à juin 2026. Selon L’Indépendant, l’état-major « aurait peu apprécié que la gestion de l’affaire, après la messe, n’ait visiblement pas fait l’objet d’un signalement ». Autrement dit : l’aumônier a bien été rappelé à l’ordre sur le moment, mais l’incident ne serait pas remonté jusqu’à l’état-major des armées, qui n’en aurait eu connaissance que par la diffusion de la vidéo, onze mois plus tard.
Cette enquête de commandement, distincte de la procédure disciplinaire visant l’aumônier, illustre la règle de neutralité politique que l’armée s’applique à elle-même. L’obligation de réserve ne pèse pas seulement sur celui qui parle, mais aussi sur la chaîne qui encadre la parole. Le diocèse aux armées françaises a, de son côté, ouvert sa propre enquête sur l’aumônier.
Le maire de Carcassonne, Christophe Barthès (RN), présent au premier rang lors de la messe et qui avait alors félicité l’aumônier, doit s’exprimer lors du conseil municipal de ce jeudi 24 septembre.
À retenir
- L’homélie politique d’un aumônier du 3e RPIMa (7 octobre 2025), révélée le 18 septembre, a déclenché une procédure disciplinaire contre le prêtre.
- Le 23 septembre, le CEMA a ouvert une enquête de commandement visant l’ancien chef de corps, le colonel de Poncharra, confirmée par la DICoD.
- L’enjeu n’est plus les seuls propos de l’aumônier, mais le défaut de signalement de l’affaire par la hiérarchie.
- Aucune sanction n’est prononcée à ce stade : l’enquête est en cours, tout comme celle du diocèse aux armées.
Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
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Pour aller plus loin
- L’Indépendant — l’enquête de commandement contre l’ancien chef de corps
- Diocèse aux armées — communiqué du ministère sur l’homélie
- BFMTV — la procédure disciplinaire annoncée le 18 septembre
- Le Canard Enchaîné — l’enquête contre le colonel
L’homélie du 7 octobre 2025, la vidéo diffusée à partir du 17-18 septembre, le rappel à l’ordre et la procédure disciplinaire proviennent du communiqué du ministère des Armées et des articles du Canard Enchaîné, du Monde, de BFMTV, de L’Indépendant, de La Dépêche du Midi, de franceinfo et de La Croix. L’ouverture de l’enquête de commandement contre le colonel de Poncharra, datée du 23 septembre, est établie par Le Canard Enchaîné et confirmée par la DICoD à L’Indépendant — deux origines distinctes pour ce développement le plus récent, dont la citation officielle est reproduite. Le rapprochement avec la théorie du « grand remplacement » est une interprétation des médias, non un propos attribué mot à mot à l’aumônier. Le défaut de signalement allégué demeure une hypothèse de l’état-major rapportée par la presse ; l’enquête n’a pas rendu ses conclusions.



