En bref. Le 7 octobre 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a annoncé sur RTL la suspension des grenades assourdissantes face aux manifestations lycéennes, après la blessure grave d’un garçon de 15 ans à Lens. La mesure est temporaire et limitée aux lycéens. Une manifestation non déclarée reste punie de 6 mois de prison et de 7 500 euros d’amende.
- Ce qui a été suspendu, et ce qui ne l’est pas.
- Le 23 octobre, Amnesty met les mots sur ce qu’elle voit.
- Sept signes : une grille de lecture, pas une mesure.
- Déclarer revient à demander l’autorisation.
- Ce que cela donne ce 31 octobre.
- Ce que j’en retiens.
Ce qui a été suspendu, et ce qui ne l’est pas
La décision tient en une annonce de radio. Le 7 octobre, Laurent Nunez indique sur RTL que l’usage des grenades assourdissantes sera suspendu dans le maintien de l’ordre des manifestations lycéennes. La mesure vaut le temps d’une enquête sur le cas de Lens, où un lycéen de 15 ans a été grièvement blessé par un engin de ce type.
Anne Savinel-Barras, présidente d’Amnesty France, parle d’un « premier pas important et bienvenu », puis pose la réserve : l’interdiction doit être définitive et couvrir toutes les manifestations. L’organisation décrit des engins conçus pour semer la panique dans des foules denses, capables de causer une perte auditive permanente et des mutilations.
Ce qui n’est pas suspendu est plus long que ce qui l’est : arrêtés d’interdiction, couvre-feux, nasses, gaz lacrymogènes, lanceurs de balles de défense. Sur le LBD, Amnesty demande la suspension depuis des années, en rappelant les blessures des Gilets jaunes. Un engin est retiré, la doctrine reste.
Le 23 octobre, Amnesty met les mots sur ce qu’elle voit
Seize jours plus tard, veille d’une nouvelle journée de mobilisation, Nathalie Godard, directrice du plaidoyer, dénonce une « surenchère uniquement sécuritaire ». Elle affirme que « les interdictions de manifestations et couvre-feux sont annoncés en série à travers le pays », et que « des centaines de milliers de personnes sont empêchées de manifester pacifiquement ».
L’argument est celui du dernier recours : une interdiction n’est légitime que si elle est nécessaire, proportionnée et sans alternative moins restrictive. Le gouvernement tient un autre langage : ses préfets invoquent les risques de troubles à l’ordre public, et la suspension du 7 octobre a été présentée comme une sagesse provisoire. L’un parle de protection, l’autre de dissuasion.
Sept signes : une grille de lecture, pas une mesure
Le 30 octobre, Amnesty France publie une grille de 7 signes de pratiques autoritaires, l’applique à la France et la compare aux États-Unis. Attaquer la presse, désigner un groupe comme menace, faire durer des mesures présentées comme exceptionnelles : la mécanique décrite est celle d’une accoutumance. L’organisation écrit que l’État de droit français est « en état d’alerte ».
Il faut dire ce que ce document est. Amnesty est une organisation de plaidoyer, pas un institut de mesure : sa grille est une lecture, orientée par son mandat. Elle ne donne ni le nombre d’arrêtés pris cette année, ni la série par département, ni le nombre de personnes empêchées. Aucune administration ne publie ces chiffres de façon consolidée.
Déclarer revient à demander l’autorisation
Le cadre date de 1935. Une manifestation doit être déclarée en mairie ou à la préfecture de police entre 15 jours et 48 heures avant. La déclaration ne vaut pas autorisation en théorie, mais son absence est punie de 6 mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende, de même que le maintien d’une manifestation interdite. En pratique, elle fonctionne comme une autorisation : le préfet peut ensuite interdire, et l’interdiction rend le rassemblement illégal.
Le motif exigé est plus large qu’ailleurs : là où le droit international demande un trouble établi, le droit français se contente d’un trouble à l’ordre public que l’autorité apprécie. Les comptages disponibles sont anciens mais parlants : 6 condamnations pour manifestation non déclarée en 2018, 42 en 2019, 7 fois plus, et 244 pour attroupement la même année.
Condamnations liées aux manifestations, 2018 et 2019
Chiffres cités par Amnesty International : manifestation non déclarée (6 en 2018, 42 en 2019), attroupement (244 en 2019).
Ce que cela donne ce 31 octobre
La mobilisation de ce samedi, troisième acte contre la vie chère, arrive dans ce cadre. Les préfectures autorisent, mais hors des centres-villes : à Paris, le parcours a été déplacé, et Charenton a refusé le tracé de remplacement. La logique est assumée : les cortèges doivent contourner les centres-villes et les rues commerçantes avant Noël.
Le reste du dispositif tient à d’autres outils. À Paris, le couvre-feu des mineurs a été justifié avec des pièces que l’administration n’a pas produites : le préfet n’a pas su prouver. Et l’escalade n’est pas une hypothèse : un manifestant est mort le 17 octobre, l’autopsie ayant relevé un terrain cardiaque sans expliquer l’arrêt.
L’État ne refuse pas la rue : il l’administre. Il choisit le parcours, l’heure, l’âge, l’engin, la distance au commerce. La suspension des grenades suit la même logique : elle retire un instrument devenu visible, sans desserrer le cadre.
Ce que j’en retiens
La question n’est pas de savoir si l’on peut manifester, la réponse formelle est oui. Elle est de savoir qui décide de la forme, et contre quoi. Un préfet décide qu’un cortège passera derrière les vitrines, qu’un mineur rentre à 22 heures, qu’un engin reste au fourgon. Ces décisions ne sont pas des détails d’organisation : elles déterminent si une colère devient visible.
Amnesty a raison sur l’engin : une grenade qui rend sourd n’a pas sa place dans une foule, et une suspension limitée aux lycéens laisse intact le reste du calendrier. Je reste plus réservé sur le mot « autoritaire », qui est un jugement et non une mesure, et qui dispense parfois d’examiner chaque arrêté. Je préfère les pièces à la grille, parce que c’est là que se trouve ce qui est opposable.
Opinion de la maison, pas un fait.
À retenir
- Le 7 octobre 2026, les grenades assourdissantes sont suspendues pour les seules manifestations lycéennes, après un blessé grave de 15 ans à Lens.
- Le 23 octobre, Amnesty International dénonce des interdictions et couvre-feux « en série » et demande un changement de doctrine.
- Une manifestation non déclarée reste punie de 6 mois de prison et de 7 500 euros d’amende.



