La fabrication des cuisines Arthur Bonnet et Comera s’arrête le 6 novembre 2026. Le tribunal de commerce de Poitiers a placé en liquidation judiciaire l’usine de Saint-Philbert-de-Bouaine, en Vendée. Les 122 salariés sont licenciés. Les deux marques, elles, sont reprises par un groupe allemand. Le nom reste. L’usine ferme.
- Que se passe-t-il le 6 novembre ?
- Qui reprend quoi ?
- Pourquoi l’usine n’a pas trouvé preneur
- Que devient le label « Origine France Garantie » ?
- Et si votre cuisine est en commande ?
Que se passe-t-il le 6 novembre ?
Le tribunal de commerce de Poitiers a prononcé la liquidation judiciaire de Cuisines Design Industries (CDI). Cette société fabriquait les meubles vendus sous les deux enseignes. Ouest-France a révélé la décision le 25 octobre.
La production continue quelques jours, le temps d’assurer les dernières livraisons. Elle s’arrête le 6 novembre, selon l’agence API d’Ouest-France.
122 salariés perdent leur emploi, toujours selon Ouest-France. La société en déclarait 138 au mandataire judiciaire, d’après la fiche de cession publiée par l’étude AJIRE. L’écart de 16 personnes n’est expliqué par aucune source publique à ce jour. Je le signale au lieu de le combler.
L’usine est à Saint-Philbert-de-Bouaine, au sud de Nantes. Elle fabriquait des cuisines sur mesure, vendues dans près de 130 concessions.
CDI était en redressement judiciaire depuis le 1er avril 2025. Le Bodacc fixe la cessation des paiements au 1er mars 2025. Un an et demi s’est écoulé entre l’ouverture de la procédure et la liquidation.
Qui reprend quoi ?
Ce n’est pas l’entreprise qui est reprise. C’est un ensemble de droits : les marques Arthur Bonnet et Comera, les contrats des réseaux de distribution et les licences associées.
Le repreneur est Finkemeier Holding, maison mère du fabricant allemand Häcker Küchen. Le groupe a annoncé l’opération le 21 octobre. Häcker devient le fournisseur des meubles des deux enseignes.
Les machines, le bâtiment et les salariés ne sont pas dans le lot. Deux sociétés s’étaient portées candidates à la reprise, selon Ouest-France. Aucune n’a repris l’usine.
Le schéma revient souvent dans l’industrie française. Un actif commercial trouve preneur, un outil de production ne trouve pas. À Viry-Châtillon, Renault a vendu les moteurs de Formule 1 en gardant 150 emplois, passés sous contrôle belge. À la Fonderie de Bretagne, 5 millions ont accompagné le départ de 244 salariés.
Pourquoi l’usine n’a pas trouvé preneur
Les comptes expliquent une partie du refus. En 2024, CDI a réalisé 29,7 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec une perte de 1,6 million. En 2025, le chiffre d’affaires est tombé à 22,7 millions, et la perte a atteint 3,9 millions.
Le premier semestre 2026 confirme la pente : 9,4 millions de chiffre d’affaires en 6 mois, 517 000 euros de perte d’exploitation, selon la fiche du mandataire.
Le chiffre d’affaires baisse de 24 %, la perte double
Millions d’euros, même échelle pour les deux séries. Survolez une barre.
Source : fiche de cession de Cuisines Design Industries publiée par la Selarl AJIRE, mandataire judiciaire, exercices 2024, 2025 et premier semestre 2026.
La direction invoquait en 2025 la baisse des volumes dans l’ameublement et la chute des transactions immobilières. La perte de 3,9 millions dit la même chose en chiffres.
Le capital a bougé aussi. CDI appartenait au groupe italien Snaidero. Selon Les Échos, Snaidero a été cédée au groupe Colombini au début du mois d’août 2026. La décision de vendre s’est prise loin de la Vendée. Ce n’est pas une preuve d’intention : c’est la chaîne de décision, et elle se lit dans les documents.
Que devient le label « Origine France Garantie » ?
Arthur Bonnet revendique ce label depuis 2012. Le site de la marque l’écrit noir sur blanc : « Les cuisines Arthur Bonnet sont toutes fabriquées en Vendée dans l’usine de Saint-Philbert-de-Bouaine ». Le même texte précise que les composants sont fabriqués pour plus de la moitié en France, « comme l’exige le label ».
La certification est délivrée par Bureau Veritas. Elle repose sur une part déterminante de valeur ajoutée française.
Que devient-elle quand le fournisseur des meubles s’appelle Häcker Küchen ? Personne ne l’a dit publiquement. Finkemeier annonce que le positionnement des deux marques sera préservé. Le communiqué ne dit rien de l’origine des meubles. Ce silence n’est pas une réponse, et je ne la devine pas.
Une chose est acquise. Le 6 novembre, la phrase du site ne décrira plus la fabrication. La marque pourra rester française. Les meubles, non.
Et si votre cuisine est en commande ?
Le premier interlocuteur reste le magasin. Le réseau fonctionne par concessions. Mais votre vente a été signée avec le point de vente : c’est lui qui doit livrer ou rembourser.
Le transfert des commandes en cours vers Häcker est engagé, selon le communiqué du repreneur. Demandez un calendrier écrit.
Si une somme vous est due directement par CDI, il faut déclarer la créance au liquidateur. Le délai court à partir de la publication du jugement au Bodacc, et il est de 2 mois. Ce mercredi 28 octobre, le jugement de liquidation n’y figurait pas encore. Le délai n’a donc pas commencé.
D’autres sites suivent le même chemin. Fibre Excellence attend sa liquidation à Saint-Gaudens avec 270 salariés. À Perpignan, 250 emplois de la fibre sont menacés.
- L’usine de Saint-Philbert-de-Bouaine (Vendée) est en liquidation judiciaire. La fabrication s’arrête le 6 novembre 2026.
- 122 salariés sont licenciés. La société en déclarait 138 au mandataire, et l’écart n’est pas expliqué publiquement.
- Les marques Arthur Bonnet et Comera et les contrats de leurs 130 concessions sont repris par Finkemeier Holding, maison mère de Häcker Küchen. L’usine n’est pas reprise.
- Le label « Origine France Garantie » de la marque reposait sur cette usine. Le repreneur n’a rien dit de l’origine future des meubles.
Une marque est un actif. Une usine en est un autre. Le droit des procédures collectives permet de vendre le premier sans le second, et c’est ce qui vient d’arriver. Le label « Origine France Garantie » a été construit sur une usine précise. Le jour où la fabrication s’en va, il reste une étiquette posée sur des meubles venus d’ailleurs, à moins que le certificateur ne vérifie ce qu’il certifie. Je ne crois pas que la France perde son savoir-faire parce qu’une usine ferme. Je constate qu’elle a gardé le nom et laissé partir l’atelier.
Opinion de la maison, pas un fait.



