Le tribunal de commerce de Toulouse examine le 2 novembre le sort de l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens. Le repreneur portugais avait jusqu’au jeudi 22 octobre pour déposer une offre consolidée. Il a envoyé une lettre, la Région et l’État aussi. Trois courriers, aucune offre, 270 salariés, et la dernière usine française de pâte à papier marchande.
Le plan
- Ce que le tribunal avait accordé
- Trois lettres ne font pas une offre
- 150 millions annoncés, 5,5 millions versés
- Ce que l’État avait refusé de garantir
- Ce qui disparaît avec Saint-Gaudens
- Ce qui reste ouvert
Ce que le tribunal avait accordé
Mi-septembre, les juges avaient donné 90 jours de plus pour boucler le dossier. Ce délai avait été payé : 2 millions d’euros de l’État pour septembre, 3,5 millions de la Région d’octobre à début décembre, sur une enveloppe régionale de 13 millions votée le 7 septembre (communiqué de la Région). Le 22 octobre, le dossier n’était toujours pas complet. La CGT, seul syndicat du site, écrit que « les délais judiciaires qui nous sont imposés ne permettent plus aujourd’hui de finaliser une offre de reprise dans les temps » et prévoit « le licenciement de l’ensemble des salariés » (La Dépêche).
Trois lettres ne font pas une offre
Ce qui est arrivé au tribunal n’est pas un dossier : trois lettres d’intention, de la Région, de l’État et du papetier portugais, qui réaffirme son intérêt « particulièrement fort » (ICI Occitanie). Une lettre dit un intérêt, pas un capital, pas une garantie. Le projet du groupe Ghost est chiffré à 200 millions d’euros : relance de la pâte et lignes d’hygiène (La Dépêche). « On n’a pas précisément de dates », dit Nicolas Bruel, délégué CGT.
150 millions annoncés, 5,5 millions versés
Le 15 avril, l’entreprise s’est déclarée en cessation de paiement. Son actionnaire, Domtar, contrôlé par l’Indonésien Jackson Wijaya, a refusé de remettre d’argent : son directeur général Peter Wardhana n’y voyait pas de « trajectoire crédible vers une rentabilité durable » (L’Opinion). L’État avait alors proposé jusqu’à 150 millions d’euros, aménagement de dettes et avances sur investissements, plus 20 % de hausse du prix de rachat de l’électricité. Douze jours plus tard, Tarascon passait en redressement judiciaire.
150 millions annoncés, 5,5 millions versés pour faire tourner l’usine : 3,7 %. Par salarié, 20 370 euros pour environ 3 mois. Le reste est resté une promesse.
Ce qui a été annoncé, ce qui a été payé
Montants en millions d’euros, à la même échelle. Le soutien annoncé est un aménagement de dettes, pas un chèque.
Ce que l’État avait refusé de garantir
Le 2 septembre, Carole Delga a demandé une nationalisation temporaire de 3 à 4 mois : 5 millions de participation de l’État, 10 millions de prêt, 13 millions de la Région (communiqué de la Région). Sébastien Martin, ministre de l’Industrie, a écarté l’option le lendemain : « pas la solution la plus pertinente » (France 3 Occitanie). Cinq jours plus tard, l’État finançait un mois d’activité, 2 millions.
Je ne prête aucune intention. La séquence se lit : en juillet, l’offre de Matthieu Pigasse sur tout le groupe a été rejetée faute de garanties supplémentaires de l’État, et Tarascon liquidé le 29 juillet, 270 salariés, 105 millions de passif (TF1 Info, Le Nouvel Économiste). En septembre, l’État et la Région paient les 90 jours. En octobre, des lettres remplacent l’offre. Chaque fois, la puissance publique donne de quoi tenir un mois de plus, jamais de quoi aboutir.
Ce qu’il faut y observer : cet extrait de l’AFP date de septembre, avant l’échec du 22 octobre. On y voit le sursis, pas la décision qui vient.
Ce qui disparaît avec Saint-Gaudens
Fibre Excellence est le seul producteur français de pâte à papier marchande : 550 000 tonnes de capacité, environ 670 salariés, 10 000 emplois induits revendiqués (chiffres de l’entreprise, question écrite au Sénat). Saint-Gaudens produit 280 000 tonnes par an et emploie 270 personnes. Après Tarascon, il ne restera plus de producteur français de pâte à papier marchande.
Le pays a déjà connu ce mouvement : Renault a vendu l’usine de ses moteurs de Formule 1, le savoir-faire passe sous contrôle belge, la seule forge d’obus de France demande son redressement judiciaire, et le seuil de contrôle des investissements étrangers pourrait descendre à 10 %.
Ce qui reste ouvert
Le 2 novembre, le tribunal peut liquider. Le projet portugais « demeure », dit la Région, sans date, et suppose un outil intact : à Tarascon, la crainte est le démontage. Ce que devient le prêt public dans une liquidation n’est documenté nulle part. Les salariés entrent dans un dispositif de transition à quelques semaines des fêtes.
Notre lecture
Dans ce dossier, l’État n’a jamais été absent. Il a été chaque fois la condition de l’offre, jamais son auteur : il a refusé d’entrer au capital, financé la survie, écrit au tribunal, et n’a pas fait la seule chose qui aurait permis à une offre d’exister, garantir. Une puissance publique qui se rend indispensable sans s’engager ne sauve rien, elle gère l’attente. Opinion de la maison, pas un fait.
À retenir
- Aucune offre consolidée déposée le 22 octobre : trois lettres, pas de dossier. Audience le 2 novembre.
- 150 millions annoncés en avril, 5,5 millions versés pour poursuivre l’activité, soit 3,7 %.
- 270 salariés, dernier site français de pâte à papier marchande après la liquidation de Tarascon.
Pour prolonger : la Fonderie de Bretagne a touché 5 millions pour 244 salariés, et la fiducie de 11,5 millions s’est éteinte.



