La Cour des comptes a rendu public le 27 octobre 2026 son bilan à mi-parcours de France 2030. Fin 2025, 7 377 projets étaient contractualisés pour 33,4 milliards d’euros, et 14 milliards avaient été versés. Les 19,4 milliards restants sont une dette de l’État envers des porteurs de projets, sans calendrier connu. Et la moitié des engagements tient dans 1 % des dossiers.
Plan
- Ce qui a été promis, signé, payé
- 74 projets prennent 16,4 milliards
- La subvention représente 82 % des aides
- Ineos et Heidelberg, l’effet d’aubaine nommé
- Le résultat n’est pas encore mesurable
Ce qui a été promis, signé, payé
Le plan naît en novembre 2021 avec 34 milliards d’euros d’autorisations d’engagement, complétés par 20 milliards recyclés : 54 milliards au total. Quatre ans plus tard, la Cour constate un déploiement rapide, puis bute sur trois chiffres qui ne mesurent pas la même chose. 33,4 milliards contractualisés fin 2025, 14 milliards versés. Entre les deux, 19,4 milliards, soit 36 % de l’enveloppe, que l’État doit encore sortir.
La Cour parle d’un « besoin de financement élevé à moyen terme » et ajoute un aveu plus gênant : le « manque de visibilité sur les échéances des décaissements à venir ». L’argent part quand les projets industriels avancent, pas quand l’État le décide. Le budget ne pilote plus le calendrier, il le subit (chiffres du bilan relayés par l’AFP le 27 octobre 2026).
74 projets prennent 16,4 milliards
Les aides vont de 2 340 euros à plus de 3 milliards par projet, et la moyenne ne dit rien : 1 % des projets concentre 49 % des montants contractualisés. Sur 7 377 dossiers, cela fait environ 74 projets portant 16,4 milliards, quand les 7 303 autres se partagent 17 milliards. Un porteur sur cent pèse autant que les quatre-vingt-dix-neuf autres réunis.
59 % des montants tiennent dans quatre domaines : l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation, les composants électroniques et les véhicules, principalement pour les batteries. C’est là que se joue la partie industrielle, et là que les mêmes usines reviennent dans l’actualité : 8 400 salariés de Stellantis au chômage partiel alors que deux de ses usines ne manquent pas de batteries, financements publics compris.
La subvention représente 82 % des aides
La forme de l’aide compte autant que son montant : 82 % des aides aux entreprises sont des subventions, ce que la Cour juge « nettement plus coûteux pour les finances publiques » que des prises de participation ou des avances remboursables. Une subvention ne revient pas ; une prise de participation rapporte, une avance se rembourse. L’État a choisi la dépense définitive.
Faute de réflexion préalable, écrit la Cour, « les autres leviers disponibles, notamment l’achat public, la réglementation et l’accompagnement des entreprises, n’ont pas été mobilisés, ou de manière marginale ». Sa recommandation est explicite : la subvention « qu’en dernier recours ». Le même réflexe produit ailleurs des chiffres inverses : 10 milliards de niches fiscales effacés du coût sans qu’aucune soit supprimée.
Ineos et Heidelberg, l’effet d’aubaine nommé
Le recours massif à la subvention « a pu constituer un effet d’aubaine pour certains bénéficiaires », qui utiliseraient de l’argent public à la place d’argent privé. Le risque est « particulièrement marqué pour les projets industriels portés par les multinationales, comme Ineos et Heidelberg », capables de faire jouer la concurrence entre États avant de choisir où investir.
La nuance est décisive et je la garde : « a pu constituer ». C’est un risque documenté par la forme des aides, pas une fraude établie ni une intention prouvée. Ce que la Cour établit, c’est le mécanisme : une subvention versée à un groupe qui compare plusieurs États n’achète pas un investissement, elle paie une localisation que le groupe aurait pu choisir ailleurs. Le même circuit apparaît dans le fonds de souveraineté où 8 entreprises paient et l’État siège au conseil.
Le résultat n’est pas encore mesurable
642 projets, moins de 10 % des dossiers financés, étaient terminés fin 2025. Les premières évaluations suggèrent un effet déclencheur déterminant pour environ la moitié des projets seulement ; les autres auraient bénéficié d’un simple effet d’accélération.
Le gouvernement tient un autre compte : la Direction générale des entreprises estimait mi-octobre que 44 milliards étaient engagés à mi-2026 et que France 2030 « remplit son objectif » ; le Secrétariat général pour l’investissement annonçait le 8 juillet un effet de levier de 2,3 et un multiplicateur de 3,8 à 5,4 par euro public. Ces chiffres ne se contredisent pas, ils ne parlent pas de la même chose : engagements juridiques, contractualisations, versements. Aucun ne dit ce qui sera payé, ni quand. Le levier de 2,3 se calcule sur des promesses ; la dette de 19,4 milliards, elle, est certaine.
France 2030 : 54 milliards promis, 33,4 signés, 14 versés
Montants en milliards d’euros, fin 2025 sauf mention
À observer : la présentation du plan à son lancement, en octobre 2021, et les promesses qui l’accompagnaient. Vidéo antérieure de quatre ans au bilan de la Cour : elle montre l’annonce, pas le résultat.
Un plan d’investissement public n’est pas un chèque en blanc, c’est un contrat. Or l’État s’engage sur 33,4 milliards, en verse 14, et découvre qu’il ne choisit pas la date des 19,4 restants : la main qui donne devrait commander, ici elle attend l’avancement de chantiers privés. J’y vois la mécanique du don. Celui qui distribue s’installe en bienfaiteur, mais quand 82 % de ce qu’il distribue ne revient jamais, il n’achète pas une décision, il achète une localisation. Et quand 74 dossiers prennent la moitié de l’argent, la sélection n’est plus un filtre, c’est un choix politique qu’il faudrait assumer comme tel. La vraie question n’est pas de savoir si France 2030 est bon, mais qui décide de la répartition, sur quels critères, et ce que l’État ne pourra plus financer quand les 19,4 milliards tomberont.
Opinion de la maison, pas un fait.
- 54 milliards annoncés, 33,4 contractualisés fin 2025, 14 versés : 19,4 milliards restent à payer, sans calendrier connu.
- 1 % des 7 377 projets concentre 49 % des montants, soit environ 74 dossiers pour 16,4 milliards.
- 82 % des aides aux entreprises sont des subventions non remboursables ; la Cour recommande d’y recourir « qu’en dernier recours ».
- Effet d’aubaine possible pour les multinationales (Ineos, Heidelberg) : un risque documenté, pas une fraude établie.
- 642 projets terminés fin 2025 : l’efficacité du plan reste, à ce jour, non mesurable.



