Depuis 7 h ce mardi 27 octobre, une quarantaine de salariés de Solutions 30 tiennent le trottoir devant leurs locaux de Perpignan : des plots devant la porte, un brasier pour se tenir chaud. Un plan social menace 250 emplois dans trois agences, la mutuelle est prélevée mais résiliée depuis juillet. Le réseau de fibre, lui, est posé, et c’est là que le compte ne tombe pas juste.
- Un brasier devant les locaux
- Deux entreprises, deux procédures
- Ce que les salariés décrivent
- La maison mère a déjà tourné la page
- Qui paie quand la filiale tombe
- Ce que cela change pour vous
- Mon avis
- Ce qui n’est pas établi
Un brasier devant les locaux
La société s’appelle Solutions 30 Grand Sud Ouest. Née en 1974 à Perpignan sous le nom de Sotranasa, elle installait les réseaux de télécoms, de gaz et d’électricité de la région. Le groupe Solutions 30 l’a rachetée en 2018 selon L’Indépendant, en 2020 selon France 3. Le siège du groupe est au Luxembourg.
Deux entreprises, deux procédures
Depuis le rachat, la société a été coupée en deux. La branche téléphonie, Solutions 30 GSO, a été liquidée par le tribunal de commerce de Toulouse le 31 août 2026 : 370 emplois perdus au niveau national, selon un salarié cité par L’Indépendant.
La branche énergie, Solutions 30 Énergies, est en redressement judiciaire depuis le 28 juillet 2026, avec 193 salariés à Perpignan. Le plan social annoncé porterait sur 250 à 280 postes sur 321 au niveau national. France 3 compte 250 emplois menacés dans trois agences : Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault.
Ce que les salariés décrivent
« On a plus de mutuelle depuis juillet alors qu’on nous la prélève », dit Bernard, salarié, à France 3. « On va sur les chantiers, on n’a pas de matériel. On n’a pas les EPI nécessaires. »
Pierre Asselin, autre salarié, avance les chiffres du dossier : plus de 30 millions d’euros de crédits, 5 millions de dettes fiscales, 12 millions de dettes fournisseurs, soit environ 50 millions de passif. Ces montants viennent des salariés ; le tribunal a constaté la cessation de paiements, pas ce détail.
La maison mère a déjà tourné la page
Solutions30 SE est cotée à Paris, avec plus de 16 000 techniciens dans 9 pays.
Le 3 août 2026, le groupe a annoncé la fin progressive, au second semestre, des activités liées à un grand contrat de déploiement de fibre en France. Ce contrat, dont la marge opérationnelle était devenue négative, pesait environ 38 % du chiffre d’affaires français et 13 % du consolidé de 2025 (communiqué du 3 août 2026). La part de la connectivité dans le chiffre d’affaires français est passée de 72 % en 2022 à 45 % en 2025.
Les comptes suivent. En 2025, le chiffre d’affaires atteint 892,4 millions d’euros, en baisse de 5,4 %, pour une perte nette de 60,7 millions (résultats 2025). Au 30 juin 2026, la perte semestrielle est de 24,5 millions, la dette bancaire nette de 67,1 millions, la trésorerie brute de 46,3 millions (résultats du 1er semestre 2026).
Qui paie quand la filiale tombe
Un salaire et des indemnités ne s’évaporent pas : ils changent de caisse. Quand l’entreprise ne peut plus payer, c’est l’AGS, le régime de garantie des salaires, qui règle à sa place, avec plus de 250 000 salariés indemnisés en 2025 (AGS). Ce n’est pas la maison mère qui signe ce chèque : une stratégie décidée par un groupe coté se termine dans un fonds de garantie, pendant que le groupe garde 46,3 millions de trésorerie.
J’ai décrit ici la même mécanique pour les vitrines cassées du 17 octobre : le dommage n’entre dans aucun compte, la réparation entre dans le PIB (la perte et la réparation). À Fumay, l’usine de câbles aidée par l’État en 2021 cherchait encore un repreneur pour 230 emplois (230 emplois en sursis). Celui qui décide n’est pas celui qui paie.
Ce que cela change pour vous
Ce dossier dit aussi ce que devient un réseau une fois construit. Dans le Var, des foyers sont privés de fibre depuis 9 mois : au Beausset, deux poteaux sont tombés le 20 janvier 2026, et une habitante décrit un raccordement provisoire « à même le sol » (Var-matin, 27 octobre 2026).
Quand les équipes qui réparent les câbles disparaissent, le délai ne dépend plus de la demande du client mais de la santé financière du sous-traitant. À Mayotte, l’Autorité de la concurrence a suspendu le déploiement d’Orange sur 5 communes sur 17 (5 communes sur 17) : opérateur trop rapide, raccordements mal tenus.
Si votre fibre tombe demain, la question utile n’est pas « quand ? » mais « qui intervient, avec quel contrat, et qui paie si l’entreprise lâche ? ».
Mon avis
Pendant le déploiement, le volume était garanti, les sous-traitants embauchaient, les marges suivaient. Une fois le réseau posé, le volume s’arrête, le contrat devient négatif, et le groupe fait ce qu’une entreprise cotée doit faire : il coupe. Ce n’est pas une faute comptable, c’est un choix.
Ce que je trouve insupportable, c’est l’endroit où ce choix se paie : à Perpignan, par des salariés qui ont tiré le câble, et par un régime de garantie qui n’a rien décidé. La souveraineté d’un réseau ne se mesure pas aux prises posées mais à la capacité de le réparer. Une filière qui licencie ses techniciens dès que le marché mûrit ne garde pas de maintenance : elle garde un guichet.
Ce qui n’est pas établi
Le périmètre et le calendrier du plan social ne sont pas publiés. Aucune décision de justice n’établit une faute de la maison mère : les salariés parlent de mauvaise gestion, c’est leur lecture, pas un fait jugé.
Le lien direct entre la sortie du contrat-cadre annoncée en août et les procédures de Perpignan n’est documenté par aucune pièce du groupe. La coïncidence est frappante, elle ne prouve pas la causalité.
Ce que montre la vidéo
Vidéo publiée le 15 janvier 2018 par la Commission européenne sur le déploiement de la fibre en Bretagne. Elle montre le métier tel qu’il a été organisé pendant la construction. Elle précède de 8 ans le conflit de Perpignan et ne dit rien de la situation actuelle.
Vous avez attendu un raccordement, ou une réparation : combien de temps, et qui vous a répondu ? Dites-le dans les commentaires.



