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De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

Chômage : +0,9 % annoncé, +0,3 % quand on retire les inscrits d’office

Salle d'accueil monumentale d'une administration de l'emploi : une file d'attente vue de dos devant un guichet surélevé en bois où un agent tamponne des formulaires, sous des rayonnages de dossiers montant jusqu'à la voûte.

Mercredi 28 octobre, France Travail et la Dares, le service statistique du ministère du Travail, ont publié les chiffres du troisième trimestre. 3 353 400 personnes sont inscrites sans aucune activité, 30 400 de plus qu’au trimestre précédent, soit 0,9 %. Sur un an, la hausse atteint 2,1 %. Le même document précise que la hausse tombe à 0,3 % si l’on retire les inscrits d’office. Les deux chiffres sont exacts. Ils ne comptent pas la même chose.

  1. Que disent les chiffres publiés mercredi ?
  2. Pourquoi le même chiffre donne 0,9 %, 0,3 % ou 0,6 % ?
  3. Qui entre dans le fichier sans avoir perdu d’emploi ?
  4. Pourquoi les jeunes restent le point noir
  5. Ce que j’en retiens

Que disent les chiffres publiés mercredi ?

La catégorie A compte les personnes sans activité. Elles sont 3 353 400, selon la page de statistiques des deux organismes. Soit 330 inscriptions de plus par jour.

Ajoutez les catégories B et C, celles qui travaillent un peu et cherchent un emploi complet. Le total atteint 5 847 500 personnes, en hausse de 0,8 % sur le trimestre et 2,4 % sur un an. Toutes catégories confondues, de A à E, 6 587 600 personnes sont inscrites : la catégorie A ne pèse que la moitié du fichier.

La Croix retient les 0,9 %, le chiffre qui circule.

Pourquoi le même chiffre donne 0,9 %, 0,3 % ou 0,6 % ?

Le fichier a changé de taille en cours de route, par la loi. La loi pour le plein emploi du 18 décembre 2023 a rendu l’inscription obligatoire pour des publics qui n’y étaient pas. Depuis janvier 2025, les allocataires du RSA, les jeunes suivis par les missions locales et les personnes handicapées suivies par Cap emploi sont inscrits d’office. Une personne qui touche le RSA entre dans le fichier même si elle ne cherche pas de travail.

La Dares le dit sans détour. Sur le champ non touché par cette inscription automatique, la hausse n’est que de 0,3 % sur le trimestre et de 0,9 % sur un an. Les deux tiers environ de la progression viennent donc de l’ouverture du fichier, pas du marché du travail.

Le service statistique propose une troisième lecture, qu’il juge la plus fidèle. Hors allocataires du RSA et corrigée du décret sur les sanctions, la hausse est de 0,6 % sur un an, soit 15 000 inscrits. Le chiffre publié en annonce 69 000. Près de quatre inscriptions sur cinq relèvent du périmètre. Ce rapport reste un ordre de grandeur : les deux séries n’ont pas la même base.

Ce décret ne pèse plus sur les variations mensuelles depuis avril 2026, précise la Dares, mais encore sur les comparaisons annuelles.

La hausse change de visage selon ce qu’on compte

Demandeurs d’emploi en catégorie A, France hors Mayotte, troisième trimestre 2026, en personnes.

SUR LE TRIMESTREChiffre publié+30 400Hors inscrits d’office+10 000 environSUR UN ANChiffre publié+69 000Série de tendance+15 000Stock catégorie A3 353 400La dernière barre est à une autre échelle : elle mesure un total, les trois premières une hausse. Survolez une barre.

Source : France Travail et Dares, troisième trimestre 2026. La valeur de 10 000 est un calcul de la rédaction (0,3 % du stock de la catégorie A).

Qui entre dans le fichier sans avoir perdu d’emploi ?

Deux catégories créées en janvier 2025 recensent ces personnes. La catégorie F, le parcours social, compte 597 000 personnes, 10,4 % de plus qu’au trimestre précédent. La catégorie G, les allocataires du RSA en attente d’orientation, en compte 386 100, 13,8 % de moins.

Ces séries ne sont pas corrigées des saisons. Ensemble, elles passent de 988 300 à 983 100 personnes, soit 5 200 de moins : la progression de F ressemble à un transfert depuis la file d’attente. Je le lis comme une observation, pas une preuve.

Une chose est sûre : 983 100 personnes y sont inscrites, et aucune n’entre dans le chiffre de 3,35 millions. Le Sénat a voté la veille la saisie du RSA et de la prime d’activité : les mêmes allocataires sont inscrits d’office et exposés à une retenue.

Pourquoi les jeunes restent le point noir

Chez les moins de 25 ans, la catégorie A augmente de 2,4 % sur le trimestre et de 2 % sur un an. Avec l’activité réduite, la hausse atteint 3,4 % sur un an. Le chômage des 15-24 ans au sens du Bureau international du travail était de 21,6 % au deuxième trimestre, contre 8,3 % pour l’ensemble de la population.

C’est ici que la réserve de la Dares pèse. La part des moins de 25 ans inscrits en mission locale est passée de 25 % à 30 % en un an. Les séries corrigées sous-estiment donc la tendance pour cette tranche d’âge : le 0,3 % est un plancher, pas un plafond. La prévision de 8,8 % fin 2027 n’a pas été révisée.

Les 50 ans et plus reculent, de 0,1 % sur le trimestre et de 0,8 % sur un an en catégorie A. France Travail contrôle par ailleurs 1,5 million de dossiers par an avec une intelligence artificielle : le tri porte sur les inscrits, pas sur les emplois.

À observer : cette vidéo de 2017 distingue le chômage au sens du Bureau international du travail, mesuré par enquête, du nombre d’inscrits à France Travail, tiré d’un fichier. C’est l’écart entre 8,3 % et 3,35 millions. Les chiffres ont changé, pas la méthode.

Ce que j’en retiens

Le chiffre de 0,9 % n’est pas faux. Il est administratif : il compte des personnes inscrites, pas des personnes sans travail. Un fichier grossit quand la loi y fait entrer du monde.

Je ne crois pas que la Dares cache quoi que ce soit : elle écrit que la hausse ne reflète pas la conjoncture. Je constate que les titres gardent le 0,9 %, et que le commentaire politique peut s’en servir dans les deux sens : la hausse pour inquiéter, le périmètre pour rassurer.

Ce qui me retient, c’est l’instrument. L’État tient le registre de ce qu’il administre ; l’Insee interroge des gens sur ce qu’ils vivent. Quand un seul chiffre sort, c’est celui du registre : il tombe tous les 3 mois et porte un nom simple, chômeurs.

Opinion de la maison, pas un fait.

À retenir
  • 3 353 400 demandeurs d’emploi sans activité, 30 400 de plus qu’au trimestre précédent (+0,9 %), 2,1 % de plus qu’il y a un an.
  • Hors inscrits d’office, la hausse n’est que de 0,3 % sur le trimestre et de 0,9 % sur un an.
  • 597 000 personnes en parcours social et 386 100 en attente d’orientation ne figurent pas dans les 3,35 millions.
  • Le chômage des 15-24 ans atteint 21,6 % contre 8,3 % pour tous.
Et vous : dans votre entourage, qui s’est retrouvé inscrit à France Travail sans avoir perdu son emploi ?

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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